Éloge de la naïveté (version normale) Version abrégée et simplifiée Résumé

Éloge de la naïveté

Introduction

Nous voulons le bonheur des humains : élaborons collectivement un projet pour l’atteindre.

You never feel happy until you try
C2C

NB : J'encourage à commenter, critiquer, questionner ce texte. Mais plutôt que de m'envoyer un mail, il vaut mieux utiliser la section dévolue sur ce site, pour que chacun profite de la discussion, ou annoter n'importe quel paragraphe grâce à la barre latérale (en haut à droite).

Motivation

Nous voulons tous que l’humanité se prenne en main, s’organise dans la joie et la bonne humeur pour assurer à chacun ses besoins vitaux. En nous fondant sur cette volonté commune, travaillons ensemble et surpassons nos désaccords.

La politique peut être définie comme le choix de ses amis et de ses ennemis, ou du moins comme le choix du groupe d’êtres que nous désirons privilégier. Cette définition permet de caractériser l’orientation politique par ce groupe : d’aucuns choisissent de privilégier leur propre personne, d’autres leur famille et leurs amis, certains préfèrent leur nation ; nous, humanistes, privilégions les humains.

Vivre dans une société pacifiée, où chacun vit dignement, où les conditions nécessaires au bien-être sont garanties pour tous : voilà le monde dans lequel nous voulons vivre. Pourquoi du haut de mes 21 ans pensé-je qu’écrire un livre va aider l’humanité à évoluer dans ce sens ? Parce qu’en dépit de mon manque d’expérience, j’ai quelques idées pour améliorer notre société, ainsi qu’une motivation à diffuser. Notre motivation à agir pour l’humanité est souvent engluée dans la routine, les tracas personnels ou la rigidité des conventions sociales et des lois. Mais le fléau le plus insupportable qui nous empêche d’avancer, c’est le défaitisme. C’est l’argument sans cesse ressassé : « Moi, je suis d’accord avec toi, mais les gens sont trop indifférents/égoïstes/conservateurs/sceptiques/endoctrinés, ils n’accepteront jamais une telle réforme ». Cette réaction est la seule qui contredise durablement et sans relâche ma pensée. C’est donc pour la combattre que j’écris : pour pallier notre problème de communication qui fait que, malgré une interconnectivité époustouflante d’une grande partie des humains du point de vue technologique, beaucoup se sentent plus que jamais isolés affectivement et intellectuellement. Nous voulons tous que l’humanité se prenne en main, s’organise dans la joie et la bonne humeur pour assurer à chacun ses besoins vitaux. En nous fondant sur cette volonté commune, travaillons ensemble et surpassons nos désaccords.

J’ai l’impression que notre capacité à vivre est fortement conjointe à notre volonté de vivre – c’est une des leçons que j’ai tirées du cancer de ma mère. Si c’est valable pour un individu, je crois que c’est aussi valable pour l’humanité. Ainsi, comme j’aime l’humanité, je refuse que celle-ci meure d’une dépression, et j’ai horreur des manifestations de dépression à l’égard de l’humanité : c’est encore ce défaitisme. Le problème du défaitisme n’est pas qu’il est faux : on peut avoir de vraies raisons de croire que l’humanité est réticente, voire incapable, de procéder à certains changements indispensables à son bonheur ; le problème du défaitisme c’est qu’il est mauvais pour nous. Si on a trouvé un obstacle sur notre route vers le bonheur, il ne faut pas baisser les bras, mais trouver des mécanismes qui permettront de lever cet obstacle. Fort de sa persévérance, l’humain accomplit des merveilles, et l’autocensure par pessimisme, c’est un premier pas vers sa mort.

Le défaitisme dont je parle est plus qu’une façon d’envisager le futur, c’est une prédiction du futur, avec tous les aspects autoréalisateurs que ça comporte. C’est l’attitude intellectuelle qui consiste à penser que, comme depuis l’origine de la vie la prédation fait la loi, cela va continuer. C’est penser que rien ne va être fait, et que la société va reproduire ses injustices et ses désastres. C’est prévoir le futur comme l’arrivée de ce qui a l’air le plus probable d’arriver : ce qui existe déjà. Or cette position est non seulement fausse scientifiquement : nous ne sommes pas en mesure de prévoir l’avenir des humains ; mais elle est surtout très grave moralement : nous ne devons pas prédire notre futur, mais le choisir, sans ça nous renonçons à décider de ce qui nous arrive. Il faut donc associer nos efforts pour maximiser nos chances de vivre un avenir satisfaisant nos désirs. À la prévision du futur qui paraît le plus probable il faut opposer le choix du meilleur avenir possible. Mais pour que ce meilleur avenir ait lieu, il ne suffit pas de le rêver amoureusement, il faut comprendre par quels mécanismes on peut le susciter, par quelles actions on l’atteindra, en somme, il faut construire un projet visant à ce que notre avenir soit conforme à notre espoir.

 

 Il faut construire un projet pour notre avenir qui soit, entre autres, le plus certain possible : c’est-à-dire que si tout est mis en œuvre comme on l’a conçu, l’issue doit être le plus certainement possible celle qu’on a prévue. Pour ce faire, il faut limiter au maximum les adversaires potentiels, qui risqueraient de contrecarrer le plan. C’est la raison pragmatique qui confie ce projet à l’humanité, c’est-à-dire l’ensemble des êtres dont nous faisons partie et avec lesquels nous pouvons communiquer et élaborer des décisions. En effet, si nous construisons notre avenir pour un groupe plus restreint que l’humanité, nous risquons d’entrer en conflit avec d’autres humains qui malmèneraient nos efforts. Mais cette raison pragmatique n’est en réalité que la confirmation d’une raison plus profonde, qu’on pourrait qualifier d’empathique : notre désir, c’est que les humains vivent heureux. C’est ce désir qui donne sa finalité à notre projet, et ça tombe bien qu’il ait le plus de chances de se réaliser si l’humanité tout entière y participe.

D’aucuns prétendront que leur désir n’est pas le bonheur de l’humanité, mais leur bonheur personnel, et que, contrairement à nous, ils sont heureux quand ils exploitent d’autres êtres conscients pour assouvir leurs plaisirs charnels, voire pis, qu’ils se réjouissent du malheur des autres. Ceux-là s’ils existent sont nos adversaires, et nous haïssons leur pensée. En effet, cette pensée est celle qui se satisfait d’un monde de terreur régi par la force et rongé par la haine. Que ton désir primordial soit ton bonheur personnel, c’est normal. Mais ton bonheur personnel est-il possible sans le bonheur de tes proches ? Et le bonheur de tes proches est-il possible sans celui de leur entourage ? Dans un monde interdépendant comme le nôtre, c’est le bonheur de l’humanité toute entière que tu recherches quand tu veux ton propre bonheur. D’autant plus que 99% des humains pourraient avoir un confort matériel supérieur à leur confort actuel, tout en travaillant moins (ton bonheur n’est donc pas dû à l’exploitation d’ouvriers birmans) : il suffit que nous mettions en application notre génie logistique et organisationnel. Aux 1% restants – dont je fais sans doute partie, qui risquent de voir leur luxe diminuer si l’humanité décide de gérer efficacement ses ressources, je dirais que notre bonheur n’est pas corrélé à notre niveau de richesse, suffisant déjà largement à nous combler, mais plutôt à la bonne tenue de nos rapports humains, qui ne pourront que s’améliorer et s’enrichir de nouvelles rencontres si nous participons activement à notre projet pour l’humanité : les gens nous aimeront pour ce que nous faisons, et nous serons moins inaccessibles à la majorité des humains qu’actuellement – et c’est dommage d’être coupé de toute une frange de l’humanité.

 

Quand j’ai fait lire ça à mon ami David, il n’était pas d’accord avec le fait que rechercher son propre bonheur, c’est rechercher le bonheur de l’humanité. En effet, il ne veut pas se priver pour que les autres aient autant, il ne veut pas être un martyr. Il ne veut pas aider les autres, et m’a fait devenir tolérant envers les gens comme lui car il n’est pas incapable d’aimer pour autant ; le tact et la retenue avec lesquels il avance ses arguments montrent de sa part un profond respect pour ma pensée et la volonté de ne pas me heurter ou de ne pas se tromper quand il exprime son ressenti : l’ennui à aider les autres. « Si tu n'es pas une difficulté pour le monde, que tu es content et que tu n'as pas besoin d'aide, tu fais déjà quelque chose de beau pour le monde, non ? (…) Je pense que notre propre bonheur c'est une victoire tout à fait morale ». J’ai plusieurs choses à lui répondre : sur la privation de confort d’abord, si les humains prennent conscience que le luxe dans lequel vivent les plus riches est néfaste pour l’environnement, la durabilité de l’économie (car ils épuisent plus vite les ressources), et donc pour leur propre bonheur, si les humains décident en conséquence d’exproprier les plus riches pour le bien de notre société, les plus riches seront privés de leurs privilèges de façon contrainte, ce qui les rendra malheureux, contrairement au cas où ils consentiraient à renoncer à leurs privilèges car ils se seraient rendus compte qu’ils peuvent être heureux sans. Ensuite, malgré la tolérance voire l’attirance naturelle qu’on a tous envers les gens heureux, ce n’est pas toujours une victoire morale d’atteindre son propre bonheur : le bonheur individuel doit se construire en évitant le malheur d’autrui, pour être moral. Parfois, nous nous sommes mis dans des situations où il est impossible de construire son bonheur sans rendre quelqu’un malheureux (quand on est malheureux dans son couple et qu’on veut rompre, par exemple), mais pour la politique de long terme, qui reste encore à choisir, nous devons chercher comment réussir à être heureux sans nuire aux autres. En outre, il y a une différence entre rechercher le bonheur de l’humanité (ce que fait David je pense) et s’occuper de l’humanité : David n’a pas envie de s’occuper de l’humanité, sachant qu’il s’occupe déjà de ses proches. Mais il suffit que ceux qui sont volontaires pour s’occuper de l’humanité ne soient pas gênés pour le faire. Ceux-là doivent déconstruire les situations où le bonheur des uns est lié au malheur des autres et trouver les mécanismes qui permettront à chacun de s’occuper de son groupe sans nuire aux autres groupes. Ils doivent aussi agir pour que les clochards arrêtent de faire la politique de la main tendue, pour motiver les inactifs à faire quelque chose. Ainsi, ceux qui comme David veulent le bonheur de l’humanité mais ne sont pas prêt à agir activement pour l’obtenir, n’auraient pas d’effort particulier à fournir. Leur rapport à autrui décomplexé et tolérant l’amoralité permet la bonne entente entre des gens qui auraient tous quelque chose à se reprocher, l’absence de culpabilité, mais aussi la déresponsabilisation. Cette déresponsabilisation ne serait plus nuisible si on permettait à ceux qui le souhaitent de s’occuper convenablement de l’humanité1.

La logique individualiste (qui consiste à n’œuvrer que pour son propre bonheur et à agir sans concertation collective) n’est pas rationnelle pour la masse, elle l’est pour l’individu. Je ne donnerai qu’un exemple pour justifier ce fait : je pars en vacances avec des amis, nous choisissons d’y aller en voiture car cela nous coûte moins cher : nous avons agi suivant la logique individualiste. Si notre société était moins individualiste, un mécanisme existerait qui nous aurait conduits à choisir d’y aller en train, même en ne raisonnant que pour soulager notre propre budget immédiat, car le train est un moyen de transport moins coûteux pour la société. En effet, les véhicules à essence sont bien plus émetteurs de gaz à effet de serre3, et ont leur part de responsabilité dans le coût de gestion des catastrophes naturelles futures dues au dérèglement climatique, coût qui n’est pas incorporé dans le trajet4. La voiture à essence n’est donc un choix rationnel que sur le court terme et à l’échelle de l’individu2. C’est pour éviter ces situations où les choix rationnels individuels sont finalement irrationnels pour la masse et pour le long terme, qu’il nous faut construire une politique en concertation, qu’il faut que la masse d’humains s’unisse. L’humanité n’a pas intérêt à tout permettre, car cela conduit à la loi du plus fort et à des choix biaisés par le court terme et la petite échelle, elle a intérêt à établir des règles qui permettent à chacun d’accéder au bien-être. Dans tous les arbitrages entre partiel et global, court terme et long terme, individualisme et humanisme, nous devons privilégier le deuxième terme, pour équilibrer notre tendance actuelle à agir d’après le premier. Ainsi, choisissons l’humanité comme groupe à privilégier dans notre action politique.

La politique peut être définie comme le choix de ses amis et de ses ennemis, ou du moins comme le choix du groupe d’êtres que nous désirons privilégier. Cette définition permet de définir l’orientation politique par ce groupe : d’aucuns choisissent de privilégier leur propre personne, d’autres leur famille et leurs amis, certains préfèrent leur nation ; nous, humanistes, privilégions les humains. Je n’ai pas réussi à faire le saut conceptuel de privilégier la biosphère, ou l’univers tout entier, car, ne pouvant communiquer avec d’autres êtres que les humains, je ne peux savoir ce qui leur ferait plaisir, donc comment les privilégier, et comment nous pourrions nous entraider sans se comprendre.

Style

Ce livre va constituer en un exposé de diverses réflexions que j’ai à apporter au débat politique, en différentes idées qu’on devrait mettre en œuvre pour l’humanité. Ceci en est une version résumée et simplifiée, qui ne garde que les messages essentiels (certains chapitres ont été supprimés, le total a été réduit de moitié) et ne reproduit pas les argumentations détaillées (seuls les documents extérieurs insérés dans le livre ont été intégralement recopiés), il est censé convenir à la fois au lecteur pressé et au lecteur ignorant dans les domaines que je traite (économiques, politiques, mathématiques parfois). Si un passage vous semble imprécis ou douteux, ou si vous souhaitez en savoir plus, n’hésitez pas à vous reporter au texte original, bien plus riche.

Tu crois peut-être que je suis motivé. Détrompe-toi : je ne le suis sûrement pas plus que toi. Je n’ai jamais milité ou vraiment aidé une association ; cette année je me lève en moyenne à midi et ne « travaille » pas plus de 35 heures par semaine ; je suis pris autant que toi par les joies de facebook, de la défonce ou des relations plus ou moins amoureuses. Ma singularité, c’est que je recherche et j’élabore des plans d’action pour améliorer notre société : c’est ma contribution à ce chantier. Ce livre va donc constituer en un exposé de diverses réflexions que j’ai à apporter au débat politique, en différentes idées qu’on devrait mettre en œuvre pour l’humanité. Dans un style direct, concis et précis, j’essaierai de dévoiler ma pensée de la façon la plus claire et agréable possible. Comme ce livre s’adresse à différents publics (amis, décideurs politiques, collégiens, étrangers, informaticiens, etc.), je préviens d’avance que certains passages ne t'intéresseront pas, ou seront assez obscurs à ton esprit, et t’invite lors de ta lecture à sélectionner les chapitres qui te correspondent. À ce stade, il est peut-être bienvenu de me présenter : je suis Adrien Fabre, parisien depuis toujours, à l’esprit logique, curieux et humaniste, fasciné par les hippies et les tribus amazoniennes, normalien avec une licence de mathématiques et une autre d’économie, indépendant financièrement – je le précise car sans ça je ne serais pas aussi disponible pour une telle entreprise. Bienvenue dans ma pensée :-)

Buts

Ce livre a de multiples buts, correspondant aux différents types de lecteurs. Aux décideurs et les penseurs politiques, ce livre apporte des idées originales pour éradiquer la misère et améliorer notre cadre de vie ; pour les électeurs, ce livre est une défense de l’humanisme, de la simplification de certains fonctionnements, de la démocratie et de la coopération internationale ; pour les chercheurs en sciences sociales, ce livre contient des propositions pour travailler conjointement et changer notre façon de penser l’économie ; pour les développeurs, ce livre contient des idées de logiciels et de sites Internet pour écrire et penser de façon plus collaborative ; aux autres, j’espère transmettre une bonne dose d’espoir et de motivation. Chacun commet des erreurs, et les idées transmises dans ce livre ne se posent donc pas comme vérité indépassable : ce sont des propositions pour l’humanité. Aussi, le but de ce livre n’est-il pas seulement de transmettre des idées, mais surtout de les faire vivre : ce livre sera un succès s’il aura permis de mettre en relation des gens, par mon truchement, autour de projets ; s’il aura amené des critiques à l’encontre d’idées que j’exprime ou à mon encontre qui changeront ma façon de voir les choses ; s’il m’aura fait connaître de nouvelles personnes et de nouvelles idées qui feront évoluer le texte même.

Espoirs

Certes l’humanité est dans une situation critique. Mais l’humanité possède deux puissants atouts : elle a conscience des dangers qui la menacent ; elle maîtrise une technologie de communication entre ses membres qui permet de coordonner à l’échelle mondiale son sauvetage. En d’autres termes, le problème de l’humanité est essentiellement organisationnel et logistique : coopérons pour éradiquer la misère, et nous y arriverons. D'ailleurs, je ne crois pas que l’humanité soit plus en crise que lors des guerres mondiales ou de la guerre froide, je ne crois pas que l’humanité soit plus en dépérissement que lorsque la peste décimait les peuples ou que les riches européens réduisaient l’Afrique en esclavage. Au contraire, je crois que la conscience humaniste que chaque homme et chaque femme méritent le même traitement de la part de la société, progresse. À l’échelle de l’humanité, un bouleversement très récent vient de se produire qui va je l’espère être utilisé de façon à assurer à chacun les conditions d'une vie décente : le triomphe de la raison et de la science, qui depuis deux siècles permet aux humains de communiquer de mieux en mieux, de transformer la nature selon nos désirs, de nous guérir de la plupart des maladies : l’humain s’accapare la Vérité, qui contient la connaissance des mécanismes dont nous avons besoin pour construire notre bonheur. Une nouvelle raison d’espérer est une révolution qui devrait bientôt survenir : l’existence d’une plateforme (sur Internet) où la majorité des humains pourra contribuer à la connaissance et aux décisions communes, et ainsi rassembler tous les êtres conscients avec lesquels on interagit plus ou moins directement, ce qui est un premier pas vers le choix d’un avenir qui convienne à tous ceux dont on peut avoir l’avis.

  Les médias n’ont qu’un mot en tête : la crise ; tout le monde n’a qu’une vision en tête : le dépérissement de l’humanité, dont les symptômes sont les guerres à répétition, le dérèglement climatique, le chômage endémique, la misère chronique… Je suis d’un naturel optimiste et parmi tous ces problèmes un seul m’inquiète réellement, et c’est celui qu’on évoque le moins : l’épuisement des ressources non renouvelables. En effet, c’est le seul face auquel je ne trouve pas de solution évidente. Pour le reste, je suis confiant dans l’avenir, parce qu’il le faut. Certes, l’humanité est dans une situation critique. Mais l’humanité possède deux puissants atouts : elle a conscience des dangers qui la menacent ; elle maîtrise une technologie de communication entre ses membres qui permet de coordonner à l’échelle mondiale son sauvetage. En d’autres termes, le problème de l’humanité est essentiellement organisationnel et logistique : coopérons pour éradiquer la misère, et nous y arriverons. D'ailleurs, je ne crois pas que l’humanité soit plus en crise que lors des guerres mondiales ou de la guerre froide, je ne crois pas que l’humanité soit plus en dépérissement que lorsque la peste décimait les peuples ou que les riches européens réduisaient une partie de l’Afrique en esclavage. Au contraire, je crois que la conscience humaniste que chaque homme et chaque femme méritent le même traitement de la part de la société, progresse. À l’échelle de l’humanité, un bouleversement très récent vient de se produire qui va je l’espère être utilisé de façon à assurer à chacun les conditions d'une vie décente : le déploiement de la raison et de la science, qui depuis deux siècles permet aux humains de communiquer de mieux en mieux, de transformer la nature selon nos désirs, de nous guérir de la plupart des maladies : l’humain s’accapare la vérité, qui contient la connaissance des mécanismes dont nous avons besoin pour construire notre bonheur (comment soigner, comment cultiver, etc.). Une nouvelle raison d’espérer est une révolution qui devrait bientôt survenir : l’existence d’une plateforme (sur Internet) où la majorité des humains pourra contribuer à la connaissance et aux décisions communes, et ainsi rassembler tous les êtres conscients avec lesquels on interagit plus ou moins directement, ce qui est un premier pas vers le choix d’un avenir qui convienne à tous ceux dont on peut avoir l’avis.

Appel

  Je terminerai cette introduction par des appels :

J’appelle les dirigeants politiques à défendre les intérêts des humains et non ceux d’un groupe particulier.

J’appelle les économistes à travailler de concert à trouver les mécanismes assurant le bien-être de tous les humains, et à proposer des réformes à l’humanité. Notamment, j’appelle les économistes à évaluer les matières premières disponibles, les besoins des humains, et à planifier une partie de la production et de la recherche scientifique pour assurer aux générations futures un niveau de vie décent.

J’appelle les mathématiciens, les chimistes, les géologues, les biologistes, les physiciens, les informaticiens, les psychologues, les ethnologues et les sociologues à aider les économistes à réaliser leurs calculs.

J’appelle les artistes, les graphistes, les experts en communication et les publicitaires à faire connaître les initiatives humanistes pour attirer des soutiens de toutes parts.

J’appelle les développeurs à aider à implémenter les projets détaillés dans le livre.

J’appelle les riches à donner la majeure partie de leur fortune à des causes humanitaires.

J’appelle les instituts de sondage tels que Gallup ou le World Values Survey à poser dans leur prochain questionnaire mondial mes questions et des questions plébiscitées par des chercheurs en sciences sociales.

J’appelle chacun à déposer les armes, et à ne commettre aucune agression durant sa vie.

J’appelle les enfants à ne pas exclure ou moquer certains camarades.

J’appelle les collégiens et les lycéens qui veulent que l’humanité progresse à choisir un métier qui a une forte influence sur l’évolution de la société : juriste, politicien, journaliste, patron, haut fonctionnaire, un métier humanitaire, scientifique, chercheur en sciences sociales, enseignant.

J’appelle les défenseurs des animaux à me flageller parce que j’oublie complètement leur cause dans ma pensée.

J’appelle les gens qui font des métiers qui sont contraires à leurs convictions à en chercher un nouveau s'ils en ont la possibilité.

J’appelle les agriculteurs à privilégier l’agriculture biologique.

J’appelle les industriels à concevoir des produits durables et recyclables.

J’appelle les lecteurs qui ont des remarques, des questions ou des choses à rajouter (comme une bibliographie) à m’en faire part : fabre.adrien@hotmail.fr

J’appelle quiconque à exprimer son ressenti et à dénoncer les injustices.

J’appelle les uns à écouter les autres.

Le chantier de l’humanité

Serve the servants
Nirvana

Cette partie soulève les problèmes les plus cruciaux pour l’humanité, et présente quelques solutions. Ces problèmes sont essentiellement la misère de la moitié de l’humanité la plus pauvre, qui peine à s’assurer une alimentation saine, un accès à l’eau potable, aux soins, à la sécurité. À cela on peut ajouter trois problèmes : le dérèglement climatique, l’épuisement des ressources fossiles, et enfin, ce qui est si ce n’est la cause, du moins le cadre qui maintient tous les autres problèmes : le système financier international, c’est-à-dire la façon dont les actions des humains sont commandées, essentiellement par la distribution de l’argent.

Cette partie soulève les problèmes les plus cruciaux pour l’humanité, et présente quelques solutions. Ces problèmes sont essentiellement la misère de la moitié de l’humanité la plus pauvre, qui peine à s’assurer une alimentation saine, un accès à l’eau potable, aux soins, à la sécurité. À cela on peut ajouter trois problèmes : le dérèglement climatique, l’épuisement des ressources non renouvelables, et enfin, ce qui est si ce n’est la cause, du moins le cadre qui maintient tous les autres problèmes : le système financier international, c’est-à-dire la façon dont les actions des humains sont commandées, essentiellement par la distribution de l’argent.

Sans avoir le recul d’un expert, je proposerai des solutions naïves pour chacun de ces problèmes, afin d’alimenter les experts et les décideurs en idées originales. Si ces solutions sont naïves, c’est parce qu’elles n’ont pas été assez travaillées, mais je suis certain qu’elles sont un bon point de départ pour construire des solutions effectives aux problèmes soulevés.

  Les quatre chapitres de cette partie sont les suivants :

1.      Les cantines pour tous : une proposition de programme onusien pour éradiquer la faim

2.      Réformer la finance : des idées pour refonder la finance sur des bases humanistes

3.      Allouer les ressources de façon juste : un aperçu de ce que serait une gestion humaniste des ressources naturelles

4.      Une démocratie mondiale : un plaidoyer pour un nouveau mode de gouvernance apte à affronter les principaux défis de l’humanité

Des cantines pour tous

Le texte de ce chapitre a été écrit dans le cadre d’un concours organisé par le Cercle des économistes dont le thème était « Inventez 2020 » (il a d’ailleurs été sélectionné), il est écrit du point de vue fictif d’un historien de 2060.

Entre 2016 et 2020, pas moins d’un million de cantines gratuites ont ouvert de par le monde, en faisant de loin le plus grand réseau de distribution au monde, administrant environ 1% de la production agricole mondiale. Voyons comment ce programme onusien a permis d’éradiquer la faim de la Terre en seulement une grosse dizaine d’années.

Le texte de ce chapitre a été écrit dans le cadre d’un concours organisé par le Cercle des économistes dont le thème était « Inventez 2020 » (il a d’ailleurs été sélectionné), il est écrit du point de vue fictif d’un historien de 2060. Les chiffres avancés ont été calculés à partir des données disponibles, en revanche les dates mentionnées sont largement optimistes, si le programme devait effectivement voir le jour. La principale idée de ce chapitre, sur laquelle nous reviendrons dans le suivant, est d’attribuer la monnaie nouvellement créée aux usages primordiaux – ici, l’alimentation. Depuis la rédaction de ce texte, j’ai trouvé une meilleure organisation de la lutte contre la faim, probablement moins coûteuse – qui se base également sur le don de monnaie nouvelle créée, elle est détaillée dans l’axiométhique.

Entre 2016 et 2020, pas moins d’un million de cantines gratuites ont ouvert de par le monde, en faisant de loin le plus grand réseau de distribution au monde, administrant environ 1% de la production agricole mondiale. Voyons comment ce programme onusien a permis d’éradiquer la faim de la Terre en seulement une grosse dizaine d’années.

Contexte :

Dans les années 2010, alors que la transition informatique s’achevait dans les pays développés, la transition solidaire s’est amorcée. Relayés par une médiatisation intense, notamment sur Internet, de nombreux micro-projets solidaires voyaient le jour aux côtés d’associations humanitaires qui rencontraient de plus en plus de succès. L’Union Européenne, comprenant tout l’intérêt social de ce mouvement, créa en 2014 le Service Civil Européen (SCE) qui finança dès ses débuts les actions humanitaires et sociales de centaines de milliers d’européens et insuffla à ce mouvement toute son ampleur. Un financement était accordé à tout européen âgé de plus de 18 ans qui s’engageait dans une action humanitaire ou sociale agréée par le SCE pour au moins un an.

En janvier 2015, lors de la rencontre à l’ONU sur les objectifs du millénaire, les chefs d’États américains, européens et chinois s’engagèrent pour créer un véritable élan humanitaire. Dans une déclaration commune historique, ils présentèrent leurs regrets que les pays développés n’eussent pas agi plus tôt pour lutter contre la misère, et promirent de fournir conjointement les efforts nécessaires pour éradiquer la faim et la soif, et d’assurer une vie décente à chaque humain. Ils définirent très concrètement et minutieusement des programmes onusiens pour réaliser leurs objectifs. Le programme des cantines pour tous était le plus important d’entre eux à l’origine.

Dans les années 2010, alors que la transition informatique s’achevait dans les pays développés, la transition solidaire s’est amorcée. Relayés par une médiatisation intense, notamment sur Internet, de nombreux micro-projets solidaires voyaient le jour aux côtés d’associations humanitaires qui rencontraient de plus en plus de succès. L’Union Européenne, comprenant tout l’intérêt social de ce mouvement, créa en 2014 le Service Civil Européen (SCE) qui finança dès ses débuts les actions humanitaires et sociales de centaines de milliers d’européens et insuffla à ce mouvement toute son ampleur. Un financement était accordé à tout européen âgé de plus de 18 ans qui s’engageait dans une action humanitaire ou sociale agréée par le SCE pour au moins un an.

Le mouvement fit des émules aux quatre coins de la planète, aussi bien dans les milieux populaires qu’au sein des classes dirigeantes. Jamais l’humanité n’aura été si solidaire, même des groupes mafieux se mirent à donner des millions d’euros en cash pour la bonne cause.

Bien que ce ne fut qu’une minorité de la population qui s’impliqua dans la transition solidaire, le mouvement avait la chance de n’essuyer que peu de critiques, la plupart des gens appréciant le nouvel élan de solidarité.

En janvier 2015, lors de la rencontre à l’ONU sur les objectifs du millénaire, les chefs d’États américains, européens et chinois s’engagèrent pour créer un véritable élan humanitaire. Dans une déclaration commune historique, ils présentèrent leurs regrets que les pays développés n’eussent pas agi plus tôt pour lutter contre la misère, et promirent de fournir conjointement les efforts nécessaires pour éradiquer la faim et la soif, et d’assurer une vie décente à chaque humain. Ils définirent très concrètement et minutieusement des programmes onusiens pour réaliser leurs objectifs. Le programme des cantines pour tous était le plus important d’entre eux à l’origine.

Financement :

En tout, ce sont 700 milliards de dollars qui ont été affectés aux cantines entre 2015 et 2020. La particularité de ce financement est qu’il fut indolore pour les populations des pays riches. En effet, il n’a pas été issu d’un effort budgétaire, mais d’une émission monétaire : c’est le FMI qui a émis à partir de 2015 l’équivalent de 150 milliards de dollars par an1.

Le mode de financement choisi a été le suivant : 300000$ ont été alloués à chaque cantine l’année de son élaboration, puis 100000$ chaque année qui a suivi. Un responsable, pris parmi la population locale, et formé durant un stage de 6 semaines par l’ONU, est attaché à chaque cantine. Il dispose d’une partie du budget comme il l’entend, mais fait l’objet d’une évaluation trimestrielle par des membres du Service Civil Européen (SCE), sous le contrôle onusien.

En 2011, l’Aide Publique au Développement (APD) constituait 0,31%5 du Revenu National Brut (RNB) des 25 pays du Comité d’Aide au Développement (CAD) – les pays les plus riches6. Acte emblématique du mouvement international humanitaire des années 2010, les États membres du CAD ont ensemble honoré leur promesse onusienne de 19707 en 2015, à savoir consacrer 0,7% du RNB à l’APD. Cette hausse d’environ 150 milliards de dollars par an a presque exclusivement été employée à la mise en place des cantines durant cette période, les travaux d’infrastructures (construction de routes, d’écoles, d’hôpitaux, de lignes de communication) ayant principalement été effectués dans les années 2020. En tout, ce sont 700 milliards de dollars qui ont été affectés aux cantines entre 2015 et 2020. La particularité de ce financement est qu’il fut indolore pour les populations des pays riches. En effet, il n’a pas été issu d’un effort budgétaire, mais d’une émission monétaire : c’est le FMI, en réformant le statut des Droits de Tirages Spéciaux (DTS)8, qui a émis à partir de 2015 l’équivalent de 150 milliards de dollars par an de DTS9, cette monnaie étant convertible en n’importe quelle monnaie locale. Dans la suite, nous continuerons de parler en dollars, puisque la majorité des DTS étaient effectivement convertis en cette devise, qui est restée durant cette période la principale monnaie internationale.

Le mode de financement choisi a été le suivant : 300 000$ ont été alloués à chaque cantine l’année de son élaboration, puis 100 000$ chaque année qui a suivi. Un responsable, pris parmi la population locale, et formé durant un stage de 6 semaines par l’ONU, est attaché à chaque cantine. Il dispose d’une partie du budget comme il l’entend, mais fait l’objet d’une évaluation trimestrielle par des membres du Service Civil Européen (SCE), sous le contrôle onusien. De nombreux cas de détournements de fonds (et de pillages) ont été observés (dans environ 2% des cantines), obligeant l’ONU à établir des règles de plus en plus strictes sur la gestion du budget, dont la désormais célèbre règle du « three cheats = no chip », qui a tout simplement ôté le financement aux cantines ayant connu trois cas de détournements de fonds.

Les 300 000$ initiaux étant généralement excessifs pour la construction de la cantine et l’achat du matériel, une bonne partie a souvent été investie localement dans des projets de modernisation de l’agriculture ou dans le microcrédit, suivant les conseils de l’ONU. Ainsi, c’est essentiellement le programme des cantines pour tous qui a permis la fantastique hausse de la production de denrées des années 2010 en Afrique – à consommation de pesticides et engrais égale.

Les 100 000$ annuels ont servi pour moitié à l’achat de denrées, avec une moyenne de 200 millions de calories servies chaque année par cantine10 – soit environ 600 repas par jour, à 0,45$ (et 900 calories) le repas ; pour moitié aux frais de fonctionnement : salaires du responsable et de ses éventuels employés, frais de contrôle et de gestion par l’ONU.

Fonctionnement :

Le SCE a initié l’établissement de nombreuses coopératives agricoles et réserves de grains, qui effectuaient en même temps un travail de formation des agriculteurs pour qu’ils améliorent leurs rendements en conformité avec leurs traditions, notamment grâce aux principes de la permaculture.

De nombreux effets inintentionnels ont émané de ces cantines, qui sont très vite devenues un lieu de rencontres et d’échanges. De par leur topographie, qui rassemble les gens sur des bancs autour d’une grande table, quand ils ne sont pas simplement assis à même le sol, les cantines ont créé un peu partout des espaces de convivialité et de rencontres. De nombreuses coopérations ont ainsi pu émerger entre les hôtes, de toutes natures. Citons pêle-mêle, les activités éducatives, ludiques et sportives, décidées souvent à la dernière minute ; les débarras, où les gens peuvent déposer les affaires dont ils ne se servent plus et en récupérer d’autres ; les infirmeries, présentes dans de nombreuses cantines afin de dispenser les premiers soins et de servir de points de vaccination.

Ainsi, c’est toute une vie qui s’est créée autour de chaque cantine, avec ses initiatives locales, ses réussites et ses déboires. Selon les chercheurs, les cantines expliquent à elles seules ce qu’ils appellent « le nouveau sourire » : l’amélioration de nombreux indicateurs tels que le taux de personnes se déclarant très malheureuses, isolées ou dépressives.

Enfin, ces cantines ont permis à certaines zones reculées de se mettre en relation avec le reste du monde, grâce à la connexion Internet satellitaire présente dans chaque cantine.

Les cantines pour tous n’auraient sûrement pas connu un tel succès sans les milliers de volontaires du Service Civil Européen (SCE). Ces jeunes, souvent diplômés, ont créé une organisation multipolaire, très bien interconnectée, à la fois d’expertise, de conseil et de surveillance des cantines pour tous. Travaillant en collaboration avec des agronomes européens et des agriculteurs locaux, le SCE a révolutionné la production agricole dans de nombreuses régions, sachant trouver des techniques de production adaptées au milieu et peu coûteuses. Le SCE a initié l’établissement de nombreuses coopératives agricoles et réserves de grains, qui effectuaient en même temps un travail de formation des agriculteurs pour qu’ils améliorent leurs rendements en conformité avec leurs traditions, notamment grâce aux principes de la permaculture.

Le SCE a également servi de relai entre les différents acteurs des cantines pour tous : agriculteurs, responsables des cantines, fournisseurs de matériel, population. Ainsi, tout un travail d’ordre logistique a été effectué depuis l’Europe, grâce aux connexions Internet des cantines.

Sur place, les cantines fonctionnent souvent sur le principe du do it yourself : quand le responsable est le seul employé de la cantine, il doit gérer lui-même l’affluence, l’approvisionnement en nourriture, la sécurité des réserves, les comptes, et il est généralement surchargé. Ainsi, les adeptes de la cantine s’organisent de façon à se relayer pour préparer et servir la nourriture, nettoyer la vaisselle et la cantine (souvent c’est grâce à un jeu de hasard qu’on détermine qui est de corvée).

Impact :

Les historiens s’accordent à dire que les cantines ont constitué avec Internet la plus profonde mutation qu’ait connue l’humanité en cette période charnière de « la grande transition », qu’est la transition entre le monde colonialiste et le monde internationaliste (habituellement située entre 1990 et 2030). Les conséquences de ce qui n’était qu’un simple programme de développement onusien ont été colossales et sont encore débattues aujourd’hui, les uns défendant l’idée que les cantines, en développant le sentiment humaniste, ont permis d’éviter une troisième guerre mondiale ; les autres critiquant vertement son rôle dans ce qu’ils appellent la « fainéantise internationale » qui aurait détourné les humains du travail et initié une décadence productive et technologique. Sans entrer dans la polémique, voyons les principaux effets des cantines sur l’humanité.

Une victoire contre la faim… mais pas seulement ! 

Alors que plus de 800 millions de personnes souffraient de la faim au début des années 200011, ils n’étaient plus que 200 millions en 2020, soit seulement 5 ans après la naissance des cantines, la faim ayant été officiellement déclarée éradiquée du monde à l’ONU en 2030. Le changement le plus spectaculaire s’est produit en Afrique subsaharienne, où se situent près de la moitié des cantines, où 44% de la population était sous-alimentée en 1998. En quelques années, la production agricole a quadruplé, grâce notamment à l’aide financière et logistique des cantines qui ouvraient et cherchaient à s’assurer un approvisionnement local en nourriture.

Les chercheurs sont unanimes pour imputer aux cantines une grand part de l’incroyable essor démographique africain de cette période, la population africaine ayant triplé entre 2000 et 2040, avant de se stabiliser.

Les cantines ont donc rempli leur rôle d’éradication de la faim… mais ce n’est pas tout !

De nombreux effets inintentionnels ont émané de ces cantines, qui sont très vite devenues un lieu de rencontres et d’échanges. De par leur topographie, qui rassemble les gens sur des bancs autour d’une grande table, quand ils ne sont pas simplement assis à même le sol, les cantines ont créé un peu partout des espaces de convivialité et de rencontres. De nombreuses coopérations ont ainsi pu émerger entre les hôtes, de toutes natures. Citons pêle-mêle, les activités éducatives, ludiques et sportives, décidées souvent à la dernière minute ; les débarras, où les gens peuvent déposer les affaires dont ils ne se servent plus et en récupérer d’autres ; les infirmeries, présentes dans de nombreuses cantines afin de dispenser les premiers soins et de servir de points de vaccination.

Ainsi, c’est toute une vie qui s’est créée autour de chaque cantine, avec ses initiatives locales, ses réussites et ses déboires. Selon les chercheurs, les cantines expliquent à elles seules ce qu’ils appellent « le nouveau sourire » : l’amélioration de nombreux indicateurs tels que le taux de personnes se déclarant très malheureuses, isolées ou dépressives.

Enfin, ces cantines ont permis à certaines zones reculées de se mettre en relation avec le reste du monde, grâce à la connexion Internet satellitaire présente dans chaque cantine.

Des résultats décriés :

De nombreuses critiques ont stigmatisé la première grande politique mondiale de l’Histoire. Trop coûteuse pour certains, inadaptée pour d’autres qui auraient voulu que l’effort des pays développés se porte plus sur l’environnement et la lutte contre le dérèglement climatique, voici les principaux reproches qui ont été formulés à l’encontre des cantines :

Les cantines auraient déresponsabilisé les humains en leur permettant de vivre sans rien faire. Les promoteurs des cantines rétorquent à cela que les conditions de vie se sont améliorées partout, ce qui est plus important que la hausse de la quantité de travail fournie par l’Homme. En outre, les structures des cantines sont petites, les gens qui s’y rendent finissent par se connaître et une pression sociale s’exerce envers les éventuels profiteurs, qui les incite à travailler bénévolement pour la cantine et ses activités périphériques.

Plus généralement, beaucoup rejettent le glissement vers une société de la gratuité, où le travail bénévole (qui constitue la plus grande partie du travail fourni pour le fonctionnement des cantines) détrône peu à peu le travail rémunéré, regrettant que les individus se soumettent au groupe, certains allant même jusqu’à parler d’esclavage !

Plus terre à terre, nombreux sont ceux qui nuancent les louanges adressées aux cantines en pointant du doigt leurs dérives : des engorgements faisant face à une gestion chaotique, des foyers de criminalité, de drogués voire des repaires de bandits, de multiples cas de corruption et de népotisme, des déplacements de population autour des cantines dans des zones où elles étaient encore rares. C’est une grande partie du travail de l’ONU d’éviter et d’endiguer ces dérives, par des méthodes adaptées : ouverture de nouvelles cantines dans les zones saturées (dans lesquelles il arrivait que certains dorment devant la cantine pour y avoir une place le lendemain matin), fermeture de cantines liées à des problèmes de criminalité, limogeage du personnel corrompu. Le problème des déplacements importants de population lors de l’implantation des cantines a obligé l’ONU à ouvrir simultanément 500 000 cantines le 1er juin 2016, essentiellement en Afrique subsaharienne, ainsi dès leurs origines les cantines étaient accessibles à près de 60% de la population de la région, ce qui a permis de contenir les engorgements.

Un exemple : Yei, au Sud-Soudan

Dans la ville de Yei (environ 180 000 habitants), 63 cantines ont ouvert le 1er juin 2016. Elles ont toutes été construites par le même architecte, sur des terrains vagues réquisitionnés par la mairie. Elles sont toutes constituées des quatre mêmes salles : le grand réfectoire avec ses longs bancs mais aucune table (qui ferait perdre de la place), la cuisine, la réserve, protégée par un code d’accès dont seuls le responsable et son remplaçant ont connaissance, la salle Internet.

Avant l’ouverture, les responsables de ces 63 cantines ont décidé de déléguer à une équipe de 12 personnes l’approvisionnement en nourriture, leur confiant tant l’achat que la livraison de denrées, et de se mettre sous la supervision d’un ancien adjoint au maire, pour une meilleure coopération entre ces cantines. Ils ont aussi désigné chacun un remplaçant, pour les jours où ils ne pourraient pas assurer leur présence.

Ces cantines ont mis en commun leurs menus : 14 plats essentiellement à base de manioc, acheté aux producteurs locaux à un prix équitable, qui reviennent chacun toutes les deux semaines.

Durant le mois suivant l’ouverture, des voyous ont vandalisé et pillé 17 cantines. Mais très vite, ces cantines ont eu un franc succès, les familles de Yei venant régulièrement y manger. La bonne réputation de ces cantines, qui ont littéralement éliminé la mendicité de Yei, s’est vite répandue, et les attaques ont cessé.

Chaque responsable a adopté le système où il désigne aléatoirement deux ou trois familles de 10h à 20h, toutes les deux heures, pour préparer la nourriture et faire le ménage. L’interface entre la cuisine et le réfectoire fonctionne efficacement : les familles de corvée rajoutent les ingrédients qu’elles viennent d’éplucher et de découper sur les plaques chauffantes, tandis que les autres se servent elles-mêmes, de l’autre côté des plaques. En attendant que les plats soient servis, les enfants sont tous dans la salle Internet.

Dans cette ville, presque aucune activité périphérique ne s’est développée autour de cantines, par manque de place sans doute, et les cantines sont des lieux où beaucoup de gens viennent manger rapidement, puis repartent. Toujours est-il que le succès des cantines ne s’est pas démenti puisque de nos jours ce sont 154 cantines qui nourrissent littéralement Yei, un repas sur quatre y étant servi dans une cantine pour tous.

Réformer la finance

Qu’est-ce que la finance et comment fonctionne-t-elle actuellement ?

Le système financier international actuel veille à ne financer que des projets rentables, ce qui en pratique revient à accorder des prêts (donc transmettre un pouvoir de commandement) aux seuls agents déjà solides financièrement. Adoptons un système qui permette d’assurer à chacun une vie décente. Nous pourrions émettre de la monnaie et la donner aux plus démunis, décider démocratiquement de l’allocation des ressources, créer un système financier qui favorise le don et le partage.

Certaines activités, relativement bien définies, peuvent être commandées par un transfert de propriété : lorsque j’achète une baguette, je commande au boulanger de me livrer le pain, grâce à mon choix de lui échanger la propriété de 80 centimes contre la baguette. On remarque ainsi que la propriété est un des principaux vecteurs de commandement parmi les humains : elle peut se transmettre en échange d’une activité en faveur de celui qui la transmet. La finance au sens large désigne l’ensemble des mécanismes impliquant un transfert de propriété : ils régissent des fonctionnements et répartissent des activités humaines.

L’inégalité financière entre les humains se schématise à l’aide de la représentation suivante. Voyons l’ensemble des propriétés des humains, auxquelles on peut systématiquement attribuer une valeur monétaire, comme égale à 1 : c’est un gros gâteau en quelque sorte, dont chacun a sa part, proportionnelle à la valeur monétaire de ses propriétés. En moyenne, on a une part de ce que j’appellerai La Propriété égale à 1 sur sept milliards, puisqu’on est 7 milliards d’humains. Pour rendre compte de l’inégalité dans la répartition des propriétés, je donnerai un chiffre : 1% des humains détiennent 46% des richesses2. Ces disparités font que non seulement des humains ont connaissance de travaux qui pourraient être effectués dans l’intérêt général, sans avoir le pouvoir nécessaire pour commander ce travail ; mais en outre, les plus riches commandent du travail dont le produit ne leur apporte personnellement qu’un agrément superflu et qui est douloureux pour ceux qui l’accomplissent.

Le total de la monnaie en circulation (la masse monétaire) varie. En effet, les banques ont le pouvoir d’émettre de la monnaie, d’en créer à partir de rien. C’est ce qui se passe quand vous contractez un emprunt à la banque : celle-ci ne vous attribue pas de l’argent qu’elle a déjà, elle écrit simplement sur votre compte la somme que vous empruntez : à ce moment précis où votre compte est crédité, la masse monétaire augmente du montant de l’emprunt. D’après la représentation des propriétés évoquée ci-dessus, votre part de La Propriété a augmenté3. La création monétaire ne serait ainsi autre chose qu’un changement dans la répartition des propriétés.

Je n’ai donné ici que l’exemple de la création monétaire, mais plus on en apprend sur le système financier international, plus on se rend compte que chaque pan de la finance partage ce caractère prédateur, et que ce sont des centaines de milliers de personnes qui exercent leur intelligence à trouver comment capter une plus grosse part de La Propriété.

Le système financier international exige une analyse détaillée que je ne suis pas en mesure de fournir, mais la courte description que je viens de faire suffit je l’espère à convaincre que les règles qui régissent ce système, en particulier celles concernant la création monétaire, sont à l’avantage des captateurs de richesse plutôt qu’aux diffuseurs de richesse. En effet, les banquiers, plus que les autres, ont le pouvoir de commander des travaux aux humains : ils ont le droit d’écrire des lignes de comptes, c’est-à-dire de créer de la monnaie, autrement dit de commander des travaux. Or actuellement ils veillent à ne financer que des projets rentables, ce qui en pratique revient à accorder des prêts (donc transmettre un pouvoir de commandement) aux seuls agents déjà solides financièrement. Aussi, ce système n’est-il pas fait pour réduire les inégalités, et est injuste en ce qu’il favorise l’enrichissement des riches et entretient des comportements prédateurs (même si cela mériterait une démonstration plus approfondie).

Le champ d’activités possibles d’un humain dépend des comportements des autres. En particulier, le travail qu’un humain peut accomplir, les gens qu’il peut côtoyer, les biens qu’il peut s’acheter, dépendent du fonctionnement de la société. Ce fonctionnement est essentiellement issu de choix, individuels ou collectifs, qui parviennent à contraindre certains dans leurs actions. Par exemple, quand un parent interdit à son enfant de sortir le soir, celui-ci est contraint par l’adulte dans son champ d’activités possibles. Même si l’enfant comprend et accepte la règle qui s’impose à lui, on peut distinguer les rôles du parent qui commande et de l’enfant qui s’exécute. Certaines activités, relativement bien définies, peuvent être commandées par un transfert de propriété : lorsque j’achète une baguette, je commande au boulanger de me livrer le pain, grâce à mon choix de lui échanger la propriété de 80 centimes contre la baguette. C’est plutôt moi qui commande au boulanger que l’inverse12 car, à l’heure actuelle – nous ne sommes pas en période de famine – l’argent est plus liquide que le pain, comprends : il peut s’échanger plus facilement, car plus de gens veulent de l’argent que du pain. De même, comme il y a beaucoup de chômage en Europe en ce moment, c’est plutôt l’employeur qui commande au travailleur non qualifié son activité que l’inverse : l’argent est plus difficile à trouver pour le travailleur au chômage que le travailleur ne l’est pour l’employeur. On remarque ainsi que la propriété est un des principaux vecteurs de commandement parmi les humains : elle peut se transmettre en échange d’une activité en faveur de celui qui la transmet. Ainsi, même si ce sont plutôt les activités passées et présentes de ses membres qui caractérisent la société humaine, la répartition des propriétés parmi eux détermine en grande partie ces activités. Grâce à l’ensemble complexe de lois et de pratiques qui gouvernent la propriété et sa transmission, la répartition des propriétés commande une part essentielle de nos comportements. La finance au sens large désigne l’ensemble des mécanismes impliquant un transfert de propriété : ils régissent des fonctionnements et répartissent des activités humaines.

L’inégalité financière entre les humains se schématise à l’aide de la représentation suivante. Voyons l’ensemble des propriétés des humains, auxquelles on peut systématiquement attribuer une valeur monétaire, comme égale à 1 : c’est un gros gâteau en quelque sorte, dont chacun à sa part, proportionnelle à la valeur monétaire de ses propriétés. En moyenne on a une part de ce que j’appellerai La Propriété égale à , puisqu’on est 7 milliards d’humains. Mais je parie que tu as une plus grosse part que ça, car les gens les plus pauvres ne liront certainement pas ce livre. Pour se rendre compte de l’inégalité dans la répartition des propriétés je donnerai deux chiffres : le coefficient de Gini de l’humanité vaut environ 0,6513 ; 85 personnes détiennent autant que 3,5 milliards14. Ainsi, si le pouvoir de commandement était proportionnel à la propriété, la personne la plus riche aurait un pouvoir de commandement équivalent à celui de la centaine de millions de personnes la plus pauvre. Cependant, déjà que l’estimation de la fortune de quelqu’un est approximative, sujette aux conventions comptables, ainsi qu’à l’offre et à la demande des biens que la personne possède, le pouvoir de commandement n’est, lui, pas tellement quantifiable et ne dépend pas uniquement de la propriété. Pour autant, l’inégalité dans la répartition des propriétés ne reflète pas moins de colossales disparités dans les capacités de choix et dans les dimensions des champs d’activités possibles. Ces disparités font que non seulement des humains ont connaissance de travaux qui pourraient être effectués dans l’intérêt général, sans avoir le pouvoir nécessaire pour commander ce travail ; mais en plus, les plus riches commandent du travail dont le produit ne leur apporte personnellement qu’un agrément superflu et qui est douloureux pour ceux qui l’accomplissent.

La propriété et sa transmission sont soumises à des lois. Les lois doivent être écrites dans un souci de justice. Aussi serait-il logique que la répartition des propriétés soit juste puisqu’elle découle des lois régissant la propriété. Cela dit nous devons nous méfier d’une conclusion hâtive dans ce sens puisque les législateurs ont pu écrire des lois injustes soit par manque de discernement, soit par cynisme, soit par manque de moyens, soit par une combinaison des trois. Je m’explique : chacun peut se tromper, donc qu’on puisse rédiger une loi injuste par manque de discernement est aisé à comprendre. Pour le cynisme, je vais devoir justifier que la méthode la plus sûre pour définir la justice est l’expression démocratique. En effet, la justice humaine est un état de la société tel que, si j’allais incarner la vie d’un humain choisi au hasard, je ne voudrais changer aucune loi et aucun droit de propriété avant de m’incarner15. Ainsi est-ce un état de la société qui respecte la volonté commune, comprise comme le plus parfait compromis entre les intérêts individuels. Or la plus sûre façon de définir ce compromis est de prendre en compte l’avis de chacun : c’est donc l’expression démocratique. Tout cela est très théorique, en pratique l’humanité cherche constamment des méthodes plus efficaces pour faire ressortir cette expression démocratique, des processus de décision prenant en compte comme il faut l’avis de chacun. Assurément, la démocratie nationale représentative, où les représentants sont majoritairement riches, est mal partie pour prendre en compte l’avis de chacun de façon automatique : elle permet aux dirigeants d’écrire des lois cyniquement, i.e. sans tenir compte de la justice (là où des mécanismes plus démocratiques l’auraient empêché). Évidemment, il y a encore moins de garantie que les législateurs s’extraient de leur tropisme d’élite pour écrire des lois justes quand ils ne doivent pas leur légitimité à l’élection démocratique. Enfin, les lois adoptées peuvent satisfaire au mieux la justice dans le cadre qu'il leur est permis de réglementer, mais s’insérer dans un contexte injuste plus global : c’est le manque de moyens. C’est ce qui se passe quand le législateur n’est pas souverain sur les tenants et les aboutissants de l’injustice qu’il doit combattre : le législateur est lui-même contraint dans ses potentialités et ne peut faire face à des acteurs plus puissants. Pour ces trois raisons potentielles qui nous empêchent d’affirmer que, puisque des lois régissent la propriété et donc sa répartition, cette dernière est juste, nous allons examiner un domaine de ces lois, pour déterminer s’il est juste : celui encadrant la création monétaire.

Le total de la monnaie en circulation (la masse monétaire) varie. En effet, les banques ont le pouvoir d’émettre de la monnaie, d’en créer à partir de rien. C’est ce qui se passe quand tu contractes un emprunt à la banque : celle-ci ne t’attribue pas de l’argent qu’elle a déjà, elle écrit simplement sur ton compte la somme que tu empruntes : à ce moment précis où ton compte est crédité, la masse monétaire augmente du montant de l’emprunt. D’après la représentation des propriétés évoquée ci-dessus, ta part de La Propriété a augmenté16. La création monétaire ne serait ainsi autre chose qu’un changement dans la répartition des propriétés. Cela dit, j’ai grandement simplifié le tableau. En effet, quand tu empruntes de l’argent, tu t’endettes, et si tu gagnes la propriété immédiate de la somme empruntée, tu es en contrepartie redevable d’une dette équivalente : ton capital total n’a a priori pas augmenté, tu as simplement modifié la répartition temporelle de ce capital. L’emprunt permet de distordre la propriété vers le présent, le prêt la déplace vers le futur, tout cela avec une incertitude sur le remboursement : la création monétaire, comme tout emprunt, relève donc du pari. Aussi devrait-on compléter la représentation de La Propriété unitaire divisée en parts par la prévision de sa répartition future : lorsqu’une banque prête, elle s’attend à être remboursée, elle prête donc car elle a confiance en la solvabilité de l’emprunteur, en laquelle il croit d’ailleurs lui-même. La Propriété future est donc prédite comme plus favorable à l’emprunteur que La Propriété actuelle, au sens où sa part sera plus grande (sauf si l’emprunteur emprunte suffisamment peu pour que sa propriété actuelle le garantisse contre une déconvenue). La banque ne crée donc pas de la monnaie tout à fait à partir de rien, elle en crée contre l’information (ou plutôt la prédiction) qui, d’après ses critères formels, assure que celui à qui elle attribue la monnaie sera en capacité de rembourser. Le risque qu’elle prend est rémunéré par le taux d’intérêt qu’elle applique et qui, si elle ne s’est pas trompée et est effectivement remboursée, l’enrichira. Le fait que l’emprunteur soit prêt à s’acquitter d’un intérêt montre qu’il prévoit d’être en mesure de capter plus de propriété que la dette qu’il contracte (intérêts compris), puisqu’il se laisse une marge d’erreur. Ainsi, si tout se passe comme prévu, il accroîtra sa part de La Propriété : la création monétaire aura bien modifié la répartition des propriétés en sa faveur par anticipation. Ce que je viens de dire n’est pas valable pour les crédits à la consommation, comme lorsqu’on est à découvert (ce qui est considéré comme un prêt de la banque et exige des intérêts) ou qu’on emprunte pour financer une opération : dans ce cas-là, notre part de La Propriété va diminuer du fait des intérêts qu’on versera à la banque, et ce pour financer un besoin immédiatement dépensé. Dans ces cas-là, la répartition de La Propriété change en faveur de la banque.

Tout cela repose sur la solvabilité de l’emprunteur (i.e. la prévision de sa richesse future) ou sur la rentabilité de son projet (i.e. la capacité qu’il aura à capter de la richesse). Ainsi les banques n’octroient-elles du crédit qu’à ceux qui ont déjà une grosse part de La Propriété et à ceux qu’elles estiment en mesure d’en capter. Cela découle d’une obligation légale : tout prêt doit être remboursé, sous peine de faillite. C’est ce qui explique que ceux qui sont jugés insolvables doivent s’acquitter de taux d’intérêt plus élevés que ceux estimés en bonne santé : ainsi le taux d'intérêt peut varier du simple au double en France selon le profil de l’emprunteur, mais sera autour de 2,5%, quand le microcrédit (i.e. le prêt aux plus pauvres) affiche des taux entre 30% et 75%. De même, quand l’Allemagne emprunte à 0,009% (taux obligataire à un an), l’Ukraine emprunte à 20%. On remarque ainsi une logique pernicieuse dans ce domaine de la finance, qui consiste à être vorace avec ceux qui sont dans le besoin, d’autant plus vorace qu’ils sont dans le besoin. On dit donc que la finance actuelle est prédatrice puisqu’elle crédite surtout les parts de La Propriété qui captent la richesse plutôt que celles qui ne grossissent pas et diffusent la richesse qu’elles ont. Ainsi, un projet altruiste et non rentable, comme une campagne de vaccination, ne pourra trouver de financement dans le circuit classique que sont les banques ; tandis qu’un projet égoïste et rentable, comme fabriquer des téléphones à bas coût et les revendre cher, en trouvera à profusion.

Je n’ai donné ici que l’exemple de la création monétaire, mais plus on en apprend sur le système financier international, plus on se rend compte que chaque pan de la finance partage ce caractère prédateur, et que ce sont des centaines de milliers de personnes qui exercent leur intelligence à trouver comment capter une plus grosse part de La Propriété. Ainsi les marchés financiers permettent-ils de spéculer sur le prix des denrées, sans se soucier qu’une explosion du prix de ces denrées conduit à la famine de populations entières ; ainsi les financiers ont-ils créés des produits de plus en plus complexes, tels que les produits dérivés, dans ce souci d’extraire le rendement le plus élevé possible, comprendre : de capter la plus grosse part des richesses, méprisant le risque systémique qu’ils font courir à l’économie en manipulant de façon grégaire des titres si complexes qu’il a fallu six mois aux grandes banques durant la crise pour inventorier ce qu’elles détenaient ; ainsi ont-ils inventé le trading à haute fréquence, permettant de conclure des milliers d’opérations par seconde, et par là, d’engranger des plus-values à chaque fraction de seconde.

Le système financier international exige une analyse détaillée que je ne suis pas en mesure de fournir, mais la courte description que je viens de faire suffit je l’espère à convaincre que les règles qui régissent ce système, en particulier celles concernant la création monétaire, sont à l’avantage des captateurs de propriété plutôt qu’aux diffuseurs de propriété. En effet, les banquiers, plus que les autres, ont le pouvoir de commander des travaux aux humains : ils ont le droit d’écrire des lignes de comptes, c’est-à-dire de créer de la monnaie, autrement dit de commander des travaux. Or actuellement, ils veillent à ne financer que des projets rentables, ce qui en pratique revient à accorder des prêts (donc transmettre un pouvoir de commandement) aux seuls agents déjà solides financièrement. Aussi ce système n’est-il pas fait pour réduire les inégalités, et est injuste en ce qu’il favorise l’enrichissement des riches et entretient des comportements prédateurs (même si cela mériterait une démonstration plus approfondie).

Un exemple de système financier complètement différent

Je pense qu’il faut vraiment tout repenser car même les régulations du système financier que proposent les économistes les plus sérieux sont selon moi insuffisantes pour lui ôter son caractère prédateur. Voici un exemple de ce qu’on pourrait élaborer.

Dans ce système, la démocratie se retrouve à toutes les échelles : les salariés ont une voix prépondérante pour prendre les décisions de l’entreprise, chaque budget est transparent4 et décidé collectivement, même les frontières sont tracées en fonction des préférences des uns et des autres. En effet, même si la monnaie, la police et l’armée sont mondiales, des frontières subsistent pour que les communautés pratiquent comme elles l’entendent leurs coutumes et leurs choix de vie. Dans cette société, l’emprunt n’existe pas, car on considère que lorsque quelqu’un requiert une très grosse somme d’argent (de quoi embaucher plusieurs personnes), et par là souhaite disposer d’un certain pouvoir de commandement, on doit décider démocratiquement si la somme lui est allouée ou non. Si on accepte son projet et qu’on lui attribue la somme, on la lui donne tout simplement : ainsi il ne risque pas de faire faillite si son projet échoue. Aussi, les logements sont tous propriété commune, personne ne paie de loyer et les travaux sont effectués automatiquement par le service public. Lorsqu’une famille veut déménager, on lui attribue un logement correspondant au mieux à ses choix, en fonction de son classement, qui n’est autre que la somme des revenus de ses membres. Ainsi, les familles les plus riches – au moment de l’emménagement – continuent d’habiter dans les logements les plus spacieux et les mieux situés, mais il n’y a plus aucun clochard. De même, énormément de biens sont mis en commun : les voitures sont toutes électriques et partagées ; les machines à laver, les boîtes à outils et les livres sont généralement mutualisés pour un immeuble. Les dividendes sont interdits, seuls subsistent les revenus du travail. Don, partage et communication sont les maîtres mots de cette économie, dont une bonne part fonctionne d’ailleurs sans monnaie. En effet, une part conséquente des échanges s’effectue grâce à une plateforme Internet qui permet de donner ou de demander n’importe quel bien ou service. Les dons sont enregistrés sur les historiques du donateur et du bénéficiaire, et le compte du donateur est crédité de la valeur monétaire fictive correspondant au don en même temps que le compte du receveur en est débité5. Ainsi, lorsque quelqu’un fait un don, il choisira généralement un bénéficiaire dont le compte est fortement en positif (c’est-à-dire quelqu’un qui a plus donné que reçu).

La monnaie est électronique et fondante : elle a une demi-vie de 4 mois6. Pour éviter une saturation des supermarchés en ligne le jour de paie, les salaires, comme tout paiement, sont étalés dans le temps : on reçoit chaque seconde une fraction de son salaire ; de même, quand on veut acheter quelque chose qui coûte plusieurs mois de salaire, on contracte un prélèvement automatique sur une longue durée. Des sanctions sont prévues pour ceux qui seraient trop longtemps trop en négatif. Ce système permet une stabilité des prix et un lissage des évolutions des porte-monnaie – qui sont donc très prévisibles. Conjointement, de la monnaie est injectée chaque seconde dans l’économie (de sorte que la masse monétaire soit constante), et son allocation est issue d’une délibération démocratique. Les citoyens décident quelle part de l’argent nouvellement créé ils veulent donner à des projets privés (i.e. à des entreprises ou d’autres organisations), le reste étant redistribué aux fonctionnaires, aux créateurs, et à tous les autres sous la forme d’un revenu de base. Bon nombre de personnes gagnent un revenu de créateur : ils sont artistes, informaticiens ou encore scientifiques et touchent un revenu fonction du succès de leur travail. En contrepartie, la propriété intellectuelle n’existe plus : toutes les productions culturelles, intellectuelles, scientifiques et logicielles sont disponibles gratuitement sur Internet – sauf exceptions pour des raisons de sécurité. Pour les projets privés, l’allocation des financements s’effectue sur une plateforme Internet de la façon suivante : chaque citoyen a le même montant à répartir dans n’importe quels projets.

Le système que je vais présenter ici souffre de nombreuses imperfections et n’est pas décrit de façon suffisamment précise pour qu’on puisse le juger correctement. L’utopie qu’il constitue est avancée seulement pour montrer que notre système actuel n’a rien d’évident, qu’on peut en imaginer bien d’autres : ce qui va suivre n’est qu’un exemple. Aussi devrait-on s’atteler sérieusement à cette tâche d’élaborer un nouveau système, démocratiquement bien sûr, et devrait-on le faire sans s’astreindre à conserver quoi que ce soit du cadre légal existant (même s’il faut bien penser la transition entre l’ancien et le nouveau paradigme et que ce travail délicat nous contraint dans le choix du nouveau système). Je pense qu’il faut vraiment tout repenser car même les régulations du système financier que proposent les économistes les plus sérieux sont selon moi insuffisantes pour lui ôter son caractère prédateur.

Dans ce système, la démocratie se retrouve à toutes les échelles : les salariés ont une voix prépondérante pour prendre les décisions de l’entreprise, chaque budget est transparent17 et décidé collectivement, même les frontières sont tracées en fonction des préférences des uns et des autres18. En effet, même si la monnaie, la police et l’armée sont mondiales, des frontières subsistent pour que les communautés pratiquent comme elles l’entendent leurs coutumes et leurs choix de vie. Dans cette société, la création monétaire privée n’existe pas, car on considère que lorsque quelqu’un requiert une très grosse somme d’argent (de quoi embaucher plusieurs personnes), et par là souhaite disposer d’un certain pouvoir de commandement, on doit décider démocratiquement si la somme lui est allouée ou non. Si on accepte son projet et qu’on lui attribue la somme, on la lui donne tout simplement : ainsi il ne risque pas de faire faillite si son projet échoue. Aussi, les logements sont tous propriété commune, personne ne paie de loyer et les travaux sont effectués automatiquement par le service public. Lorsqu’une famille veut déménager, on lui attribue un logement correspondant au mieux à ses choix, en fonction de son classement, qui n’est autre que la somme des revenus de ses membres. Ainsi, les familles les plus riches – au moment de l’emménagement – continuent d’habiter dans les logements les plus spacieux et les mieux situés, mais il n’y a plus aucun clochard. De même, énormément de biens sont mis en commun : les voitures sont toutes électriques et partagées ; les machines à laver, les boîtes à outils et les livres sont généralement mutualisés pour un immeuble. Les dividendes sont interdits, seuls subsistent les revenus du travail. Don, partage et communication sont les maîtres mots de cette économie, dont une bonne part fonctionne d’ailleurs sans monnaie. En effet, une part conséquente des échanges s’effectue grâce à une plateforme Internet qui permet de donner ou de demander n’importe quel bien ou service. Les dons sont enregistrés sur les historiques du donateur et du bénéficiaire, et le compte du donateur est crédité de la valeur monétaire fictive correspondant au don en même temps que le compte du receveur en est débité19. Ainsi, lorsque quelqu’un fait un don, il choisira généralement un bénéficiaire dont le compte est fortement en positif (c’est-à-dire quelqu’un qui a plus donné que reçu).

La monnaie est électronique et fondante : elle a une demi-vie de 4 mois20. Pour éviter une saturation des supermarchés en ligne le jour de paie, les salaires, comme tout paiement, sont étalés dans le temps : on reçoit chaque seconde une fraction de son salaire ; de même, quand on veut acheter quelque chose qui coûte plusieurs mois de salaire, on contracte un prélèvement automatique sur une longue durée. Des sanctions sont prévues pour ceux qui seraient trop longtemps trop en négatif. Ce système permet une stabilité des prix et un lissage des évolutions des porte-monnaie – qui sont donc très prévisibles. Conjointement, de la monnaie est injectée chaque seconde dans l’économie (de sorte que la masse monétaire soit constante21), et son allocation est issue d’une délibération démocratique. Les citoyens décident quelle part de l’argent nouvellement créé ils veulent donner à des projets privés (i.e. à des entreprises ou d’autres organisations), le reste étant redistribué aux fonctionnaires, aux créateurs, et à tous les autres sous la forme d’un revenu de base22. Bon nombre de personnes gagnent un revenu de créateur : ils sont artistes, informaticiens ou encore scientifiques et touchent un revenu fonction du succès de leur travail. En contrepartie, la propriété intellectuelle n’existe plus : toutes les productions culturelles, intellectuelles, scientifiques et logicielles sont disponibles gratuitement sur Internet – sauf exceptions pour des raisons de sécurité. Pour les projets privés, l’allocation des financements s’effectue sur une plateforme Internet de la façon suivante : chaque citoyen a le même montant à répartir dans n’importe quel projet. N’importe quel projet, y compris des projets de financement d’autres projets, pour ceux préférant ne pas choisir eux-mêmes, ou pour les entreprises dont le projet est simplement de se financer. L’allocation à un projet se fait pour un an minimum. Chaque projet demande un certain montant de financement. Dès que ce montant est atteint, le financement du projet est clos et l’argent reversé, à la condition suivante : chaque citoyen pouvant s’opposer à autant de projets qu’il souhaite, s’il y a eu plus de citoyens opposés à un projet que de citoyens ayant contribué à son financement, le projet n’est pas financé. À l’issue du vote d’attribution des financements (qui dure deux mois par an), l’argent non reversé (soit car le projet a été refusé du fait d’un grand nombre d’oppositions, soit car le projet n’a pas été financé à la hauteur du montant attendu, soit car le citoyen n’a pas alloué sa part) est distribué aux projets qui étaient près d’atteindre leur montant de financement. Il se peut par exemple que le projet recevant le plus de financements soit une sorte de méta-projet qui s’attelle à répartir de l’argent entre tous les citoyens en fonction de leur score de travailleur, ce qui permet à ceux qui ont un bon score de travailler où ils veulent sans que l’organisation qu’ils aident n’ait besoin de les payer.

Un entre-deux pour éradiquer la misère : la création par le don

Le cadre que je viens de décrire est bon pour rêver tranquillement à ce que l’avenir réservera peut-être à nos arrière-petits-enfants, mais il n’est guère réaliste de proposer d’emblée une telle réforme. Pour autant, il faut réformer le système financier international pour éradiquer rapidement la misère. La solution que je propose – et j’attends avec impatience toutes les critiques qu’on peut lui faire – est qu’une autorité crédible (FMI, BCE, Fed…) crée de la monnaie (pas plus que 5% ou 10% de sa masse monétaire) et la donne aux plus démunis. On pourrait également – on devrait, que dis-je ! – créer un revenu de base universel. Tout ceci bien entendu en complément des mesures de régulation de la finance débridée que proposent les économistes qui se sont penchés sur la question.

Le cadre que je viens de décrire est bon pour rêver tranquillement à ce que l’avenir réservera peut-être à nos arrière-petits-enfants, mais il n’est guère réaliste de proposer d’emblée une telle réforme. Pour autant, il faut réformer le système financier international pour éradiquer rapidement la misère. La solution que je propose – et j’attends avec impatience toutes les critiques qu’on peut lui faire – est qu’une autorité crédible (FMI, BCE, Fed…) crée de la monnaie (pas plus que 5% ou 10% de sa masse monétaire) et la donne aux plus démunis. Cette idée simple est impensable d’après les normes juridiques et comptables actuelles qui obligent la création monétaire à prendre la forme d’une dette. Certes, une telle création de monnaie créerait une inflation maîtrisée. Mais d’une part cette inflation serait concentrée principalement dans les zones on où injecterait la monnaie (typiquement, en Afrique). D’autre part, cela contribuerait à réduire la misère, ce qui est bien plus important que de contenir l’inflation. Les modalités pour allouer ces sommes et éviter les détournements de fonds sont décrites à la fin de l’axiométhique, mais l’idée sous-jacente est de financer automatiquement les besoins primordiaux, d’attribuer le plus vite possible les biens et services nécessaires à la survie d’un des nôtres23.

Pour aller au-delà de cette injection d’argent dans les endroits où il est indispensable, on pourrait créer de la monnaie et la reverser sous forme de dons grâce à un budget participatif comme décrit à la page précédente : ça permettrait de financer des projets non rentables. On pourrait également – on devrait, que dis-je ! – créer un revenu de base universel. Tout ceci bien entendu en complément mesures de régulation de la finance débridée que proposent les économistes qui se sont penchés sur la question.

Enfin, selon quels critères doit-on juger un système financier ? Dans notre monde actuel, c’est très simple, un critère qui est loin d’être rempli suffit : le système doit permettre à chacun de s’assurer une vie décente.

Allouer les ressources de façon juste

Des ressources en voie d’épuisement

Les réserves de la plupart des métaux seront épuisées dans quelques décennies : misons sur le recyclage et planifions ce dont on aura besoin pour allouer les ressources à produire l’indispensable.

Ma plus grande crainte concernant l’avenir de l’économie vise la disponibilité des ressources fossiles. En effet, selon les estimations disponibles, les réserves mondiales de cuivre ne représentent que 30 années de consommation actuelle, et cet ordre de grandeur se retrouve pour la plupart des métaux. Comment fera-t-on s’il n’y a plus de cuivre pour fabriquer nos câbles électriques ?

Cela mènera sans doute à une guerre économique, notamment entre les pays détenteurs de ressources et les pays consommateurs, qui au mieux accordera aux premiers une rente leur donnant un pouvoir de commandement des plus grands, au pire aboutira à un conflit militaire. À moins que l’humanité ne se saisisse du problème et ne prenne des mesures pour gérer démocratiquement les ressources fossiles. On pourrait par exemple décréter ces ressources bien commun de l’humanité, c’est-à-dire que nulle personne morale ou physique et nul État ne pourrait s’en emparer ou prétendre en avoir la propriété. Les ressources seraient alors soit allouées en fonction des besoins (car ceux qui ont le plus besoin des ressources sont souvent ceux qui n’ont pas les moyens de se les offrir), soit vendues selon la loi de l’offre et de la demande, et alors les bénéfices seraient redistribués équitablement. Dans tous les cas, si l’épuisement se révélait être aussi problématique que je le crains, il faudrait prévoir quels produits on fabriquera avec les ressources rares, pour produire ce dont on a le plus besoin.
Pour en savoir plus, lire Quel futur pour les métaux ?

Ma plus grande crainte concernant l’avenir de l’économie vise la disponibilité des matières premières. Les hydrocarbures sont amenés à disparaître bientôt, l’uranium également à plus long terme, l’eau deviendra de plus en plus rare dans de nombreuses régions. Pour les ressources énergétiques, je suis confiant dans le fait qu’elles seront avantageusement remplacées par les énergies renouvelables ; pour l’eau, je pense qu’on trouvera des solutions car le problème vient de sa répartition inégale sur Terre et non de sa rareté absolue. En revanche ce qui m’inquiète le plus, ce sont les autres ressources non renouvelables : métaux et terres rares. En effet, selon les estimations disponibles, les réserves mondiales de cuivre ne représentent que 30 années de consommation actuelle, et cet ordre de grandeur se retrouve pour la plupart des métaux. Comment fera-t-on s’il n’y a plus de cuivre pour fabriquer nos câbles électriques ? Cela est d’autant plus grave que, je le répète, les estimations annoncent que tous les métaux qu’on utilise ou presque vont s’épuiser dans les prochaines décennies. La première question qu’on se pose est : comment ces estimations ont-elles été calculées ? Ne sont-elles pas alarmistes uniquement parce qu’on ne mesure que les réserves prouvées de métaux, qui suffisent amplement le temps de voir venir ; n’est-il pas aisé de trouver d’autres gisements ? Je ne sais pas vraiment, et j’étudierai plus avant cette question à l’avenir. Toujours est-il que si on prend les chiffres au pied de la lettre, il faut s’inquiéter de la soutenabilité de l’extraction des minerais et de la production des matériaux qui en découle. En effet, les conséquences seraient dramatiques si on se rendait compte trop tard qu’on n’avait pas prévu une pénurie de tel ou tel matériau, qu’on a incorporé dans les produits finis de telle sorte qu’il est pratiquement impossible de le recycler, et qu’on a besoin de ce matériau pour notre économie, par exemple pour fabriquer les outils qui nous permettront de se passer de lui à l’avenir. Je crains cette situation car à l’heure actuelle, l’humanité ne prévoit pas ce qu’elle fait – il n’y a qu’à voir le terrible dérèglement climatique qui se joue, et les économistes sont selon moi trop confiants dans la loi du marché qui stipule que, grâce au progrès technologique, lorsqu’un matériau devient trop rare, donc trop cher, il est remplacé par d’autres matériaux moins chers ou son recyclage devient rentable. D’une part, même si c’est vrai, c’est se moquer complètement du fardeau que représente pour certains une explosion des prix ; d’autre part, c’est un raisonnement qui se fonde uniquement sur la valeur monétaire des biens au lieu de comparer les possibilités technologiques à notre disposition, que déterminent les lois physiques. De même que nous modifions de façon irréversible la biosphère, par nos émissions de gaz à effet de serre notamment ; il se pourrait que nous nous écartions de façon irrémédiable d’une économie où nous ne manquons de rien, les produits ayant été conçus de façon à durer longtemps et à être facilement recyclables, les ressources les plus rares ayant été utilisées là où elles étaient les plus indispensables, pour nous retrouver dans une situation où nous ne pourrions plus fabriquer tel bien, et par là ne pourrions plus reproduire notre mode de vie, car tel matériau viendrait à manquer.

En tout cas ce qui est certain, c’est que les cupides qui auront saisi cet enjeu en profiteront pour spéculer sur le prix des matériaux en voie d’épuisement, c’est que si rien n’est fait, les propriétaires des mines s’enrichiront de façon bien plus spectaculaire qu’actuellement, car ils seront détenteurs d’une rente déterminante. Cela mènera sans doute à une guerre économique, notamment entre les pays détenteurs de ressources et les pays consommateurs, qui au mieux accordera aux premiers une rente leur donnant un pouvoir de commandement des plus grands, au pire aboutira à un conflit militaire. À moins que l’humanité ne se saisisse du problème et ne prenne des mesures pour gérer démocratiquement les ressources non renouvelables. On pourrait par exemple décréter ces ressources bien commun de l’humanité, c’est-à-dire que nulle personne morale ou physique et nul État ne pourrait s’en emparer ou prétendre en avoir la propriété. Les ressources seraient alors soit allouées en fonction des besoins (car ceux qui ont le plus besoin des ressources sont souvent ceux qui n’ont pas les moyens de se les offrir), soit vendues selon la loi de l’offre et de la demande, et alors les bénéfices seraient redistribués équitablement. Dans tous les cas, si l’épuisement se révélait être aussi problématique que je le crains, il faudrait prévoir quels produits on fabriquera avec les ressources rares, pour produire ce dont on a le plus besoin.

Pour en savoir plus, lire Quel futur pour les métaux ?

Une proposition théorique d’allocation des ressources

J’ai réfléchi avec un ami, Noé de Rancourt, à la façon dont on pourrait allouer les ressources de la façon la plus juste possible. La solution que nous avons trouvée, très théorique, qui a d’ailleurs peut-être déjà été imaginée par quelqu’un d’autre, présente de gros défauts. En particulier, elle dépend du choix sur la façon dont on agrège les préférences individuelles, qui est le véritable enjeu, et elle nécessite une quantité d’informations hors de portée. Néanmoins, si on effectuait la démarche que je vais présenter au prochain paragraphe, ce qui constituerait un travail phénoménal, on serait en mesure de dire si tel ou tel état de l’économie (en termes de production et de consommation) est réalisable ou non. Cela permettrait en outre de rassembler les informations disponibles pour ébaucher une description globale de la production et remarquer d’éventuelles pénuries (par exemple une pénurie de céréales si trop de terres ont été allouées au bétail).

 

Définition : Le débit de production d’un bien (ou le débit d’extraction d’une ressource) est la quantité de ce bien produite par unité de temps. Le débit maximal naturel (dmn) d’un bien i est le plus grand débit di satisfaisant la propriété suivante : il est possible, compte tenu des ressources naturelles mais indépendamment du nombre de travailleurs nécessaires, de produire pendant l’éternité ce bien à débit constant di.

On considère que la production annuelle de biens et de services peut être classée dans un nombre fini n de catégories. Des exemples de catégories seront : carottes bio, production de 1000 voitures de type 124, production d’un million de voitures de type 1, production d’un million de voitures de type 2, etc. On considère que le nombre de ressources primaires est fini et vaut m. Des exemples de telles ressources sont : le temps de travail humain disponible, le pétrole présent dans les poches exploitées actuellement par des forages, le gaz de schiste, les terres avec telle teneur en tel élément minéral et exposé à tel ensoleillement et telle pluviométrie, etc. Les ressources au dmn infini sont exclues de la liste des ressources primaires (vent, eau de mer…). On appelle vecteur de ressources le vecteur d de taille m ayant pour coefficients les différents dmn des ressources primaires. On appelle matrice de transformation une matrice T de taille m·n dont chaque coefficient Tij représente le débit de ressource primaire i nécessaire à la production d’une unité de bien j. Le débit de production k est le vecteur de taille n dont les coefficients ki correspondent aux quantités de biens i produits par période ; il doit être tel que T*k≤d, afin qu’aucune ressource primaire ne soit surexploitée. Une matrice d’allocation A est une matrice dont les coefficients Aij représentent le nombre d’unités du bien i alloué à l’individu j, à laquelle on associe le débit de production k dont les coefficients ki valent la somme des coefficients de la ligne i de A. On déduit alors l’ordre sur les débits de production à partir de l’ordre sur les matrices d’allocation : un débit de production ka sera préféré à un débit kb s’il existe une matrice d’allocation Aa, dont le débit de production associé est ka, qui est préférée à toutes les matrices d’allocation dont le débit de production associé est kb. Il reste alors à définir un ordre sur les matrices d’allocation à partir des préférences individuelles, ce qui n’est pas une mince affaire25.

Grâce à l’ordre sur les débits de production, défini à l’aide des préférences individuelles récoltées, on peut trouver le débit de production maximal de l’économie et décider efficacement de l’allocation des ressources primaires. On peut également représenter l’état actuel de l’économie par la matrice de transformation appropriée, et le vecteur de production qui en découle. Enfin, on peut décider si un débit de production donné est atteignable en fonction des ressources dont on dispose. Ça peut être utile pour déterminer si la consommation désirée par les individus (qu’on connaît grâce aux enquêtes) est possible.

La démarche précédente s’applique à une économie en régime permanent (puisqu’on exclut de produire des biens à partir de ressources dont le dmn est nul). Cependant, on pourrait l’étendre à l’économie actuelle en temporalisant les matrices et les vecteurs, i.e. en se donnant des suites temporelles de débits de production, de matrices de transformation et d’allocation, ainsi qu’un ordre sur les suites de matrices d’allocation. Cela dit, le problème en serait complexifié, et surtout nous ne pouvons pas prévoir les préférences des générations futures. Aussi, ça ne permet pas de déterminer comment employer les ressources au dmn nul (i.e. les ressources non renouvelables). Enfin, si ce travail pourrait être intéressant pour consigner ce qu’on sait de la production mondiale, il serait probablement inefficace pour la planifier, étant donné que les innovations technologiques et les estimations des différentes données s’effectueraient certainement plus rapidement que la mise à jour de l’étude.

Une démocratie mondiale

Gérons mondialement et démocratiquement le dérèglement climatique, le système financier, l’allocation des ressources non renouvelables ainsi que la lutte contre la pauvreté. Ça peut passer par des référendums mondiaux, un parlement élu à partir de listes mondiales, ou encore la démocratie liquide. Une émission monétaire ou une imposition mondiales permettraient de financer le développement des pays pauvres et/ou d’assurer un revenu de base.

Pour quoi, comment ? Que pourrait faire une démocratie mondiale ?

Le principe de subsidiarité nous révèle que certains enjeux doivent être traités au niveau mondial pour que la solution apportée soit efficace. Les principales décisions qui doivent être prises démocratiquement au niveau mondial sont les suivantes :

-    les mesures de lutte et d’adaptation face au dérèglement climatique (qui est un problème global, qu’un pays n’a pas intérêt à régler sans que les autres ne le fassent) ;

-    la régulation des marchés financiers (les mouvements de capitaux étant libres, il faut que la régulation se fasse globalement pour qu’elle soit efficace, sinon les firmes transnationales et les banques profiteront des paradis fiscaux et des places de marché autorisant le trading à haute fréquence, les produits dérivés et autres montages financiers ayant un rôle dans les excès des financiers) ;

-    l’allocation des ressources naturelles non renouvelables ;

-    la lutte contre la malnutrition et plus généralement contre la pauvreté (qui a besoin de moyens que n’ont pas les pays pauvres, et implique un transfert de crédits – le moyen le plus simple de le faire financièrement est selon moi l’émission monétaire, par un outil tel que les Droits de Tirages Spéciaux).

 

L’exigence de démocratie vient du fait qu’on doit satisfaire au mieux les préférences des humains, et pour ce faire on doit connaître ces préférences, donc demander aux gens ce qu’ils veulent que l’humanité fasse. À l’heure d’Internet, une plateforme de débat et de coconstruction d’idées, de lois et de projets permettrait de consulter et de coordonner au niveau mondial les différents membres de la société. Mais la question la plus délicate est la suivante : quel processus de décision choisir ? Quelle forme adopter pour la gouvernance mondiale ? Ce choix sera probablement historique et géopolitique plutôt que démocratique, et devra être accepté par le maximum d’États (qui sont pour l’instant les dépositaires en dernier ressort de la souveraineté humaine).

L’exigence de démocratie vient du fait qu’on doit satisfaire au mieux les préférences des humains, et pour ce faire on doit connaître ces préférences, donc demander aux gens ce qu’ils veulent que l’humanité fasse.

 

Voici quelques pistes pour la gouvernance mondiale :

-    elle doit être inclusive, c’est-à-dire regrouper tous les pays qui veulent bien y participer (pour ne pas avoir à attendre que tous les pays veulent bien coopérer) : on peut imaginer d’exiger que 50 % des votants acceptent de rejoindre cette communauté mondiale ;

-    elle doit avoir le pouvoir de battre monnaie, pour financer ses projets (on peut alternativement lui donner le pouvoir de lever des impôts mais battre monnaie est une façon indolore, donc plus acceptée, de redistribuer les richesses) ;

-    elle doit être inclusive, c’est-à-dire regrouper tous les pays qui veulent bien y participer ;

-    elle doit avoir le pouvoir de battre monnaie, pour financer ses projets ;

-    elle doit se fonder sur une justice et une inspection ex post pour assurer le bon déroulement des mesures décidées. La police peut rester aux mains des États, qui seraient exclus s’ils ne respectaient pas les lois de la communauté mondiale ;

-    elle doit se fonder sur une justice et une inspection ex post pour assurer le bon déroulement des mesures décidées ;

-    elle pourrait adopter des mesures importantes par référendum mondial (70 % des votants mondiaux seraient requis ainsi que 50 % dans chaque pays, pour que la mesure soit adoptée dans le pays, par exemple). Les questions des référendums pourraient être issues d’une initiative de plus de 50 millions de personnes, ou confiées aux anciens secrétaires généraux de l’ONU ;

-    elle pourrait élire des parlements à la proportionnelle à partir de listes mondiales, parlements auxquels on confierait un mandat illimité pour résoudre un problème précis, comme par exemple la malnutrition, le dérèglement climatique ou la gestion de l’eau (je développerai ce point ci-dessous) ;

-    elle pourrait consulter la population réunie en commissions composées de citoyens tirés au hasard          .

 

Enfin, ne crois pas qu’une démocratie mondiale est un projet utopique : c’est on ne peut plus réaliste, seulement c’est une évolution de long terme.

Enfin, ne crois pas qu’une démocratie mondiale est un projet utopique : c’est on ne peut plus réaliste, seulement c’est une évolution de long terme. L’humanité met quelques centaines d’années à évoluer sur des choses de ce type : cette idée est aussi utopique que l’abolition de la féodalité au Moyen-Âge ou la création de l’Union Européenne en 1933. Cependant, j’espère que cette union se fera le plus vite possible, et qu’elle ne sera pas la conséquence d’une guerre globale pour le contrôle de ressources non renouvelables.

 

Concrètement, que pourrait-on décider grâce à une gouvernance mondiale ?

-    d’émettre pour 200 milliards d’euros de DTS par an pour financer le développement des pays pauvres : on demanderait à chaque village de quoi il a besoin (équipement, savoir-faire) et on lui attribuerait. Ainsi se construiraient des milliers d’hôpitaux, d’écoles, de puits, de routes ; des milliers d’agronomes, d’infirmiers, de professeurs seraient formés pour développer les pays pauvres (seul le financement serait global) ;

-    d’assurer un revenu de base universel, permettant à chacun de s’assurer les conditions nécessaires au bien-être ;

-    de fortement taxer les plus-values de très court-terme (inférieur à la seconde), d’interdire certains montages financiers dangereux, de taxer internationalement les successions ;

-    de fixer des règles pour l’allocation des ressources rares comme l’eau et le cuivre, permettant à chacun d’y avoir accès ;

-    d’interdire ou de taxer certaines pratiques émettrices de gaz à effet de serre, et de financer la transition énergétique.

La FAO pour lancer le mouvement

J’ai imaginé un scénario qui pourrait amener une démocratie mondiale. Ainsi, je propose de créer une démocratie mondiale pour un domaine spécifique, en chargeant une institution de résoudre un problème donné. Si cette institution parvient à régler le problème, elle aura fait ses preuves, et il sera temps d’étendre la démocratie mondiale à d’autres domaines. Voici comment cela pourrait se passer :

Une institution, pourquoi pas la FAO8, est chargée de résoudre les problèmes de la faim et de la soif dans le monde. Pour ce faire, des listes mondiales de 300+15 personnes se présentent. Chaque liste est dotée d’un programme politique précis et est doublement ordonnée : elle comprend 300 députés potentiels, ainsi que 15 directeurs potentiels. Les 300 sièges du Parlement et les 15 sièges du directoire de la FAO sont attribués à la proportionnelle pour un mandat de 5 ans. Chaque État organise le scrutin, sous la supervision d’agences indépendantes. Pour le premier scrutin, on aura préalablement requis que 50% des votants à l’échelle mondiale et à l’échelle nationale, soient favorables à l’instauration d’un tel système.

La mission du Parlement est de financer la FAO, de voter des lois supranationales qui permettent d’assurer la mission de la FAO et de décider du règlement intérieur de la FAO.

J’ai imaginé un scénario qui pourrait amener une démocratie mondiale. Pour convaincre les décideurs et les citoyens qu’il faut déléguer une part de leur souveraineté à l’échelle planétaire et pour rôder les nouvelles institutions démocratiques internationales, il convient d’amorcer une transition progressive. Ainsi, je propose de créer une démocratie mondiale pour un domaine spécifique, en chargeant une institution de résoudre un problème donné. Si cette institution parvient à régler le problème, elle aura fait ses preuves, et il sera temps d’étendre la démocratie mondiale à d’autres domaines. Voici comment cela pourrait se passer :

Une institution, pourquoi pas la FAO26, est chargée de résoudre les problèmes de la faim et de la soif dans le monde. Pour ce faire, des listes mondiales de 300+15 personnes se présentent. Chaque liste est dotée d’un programme politique précis et est doublement ordonnée : elle comprend 300 députés potentiels, ainsi que 15 directeurs potentiels. Les 300 sièges du Parlement et les 15 sièges du directoire de la FAO sont attribués à la proportionnelle pour un mandat de 5 ans. Chaque État organise le scrutin, sous la supervision d’agences indépendantes. Pour le premier scrutin, on aura préalablement requis que 50% des votants à l’échelle mondiale et à l’échelle nationale, soient favorables à l’instauration d’un tel système (le référendum et le vote des listes peuvent se faire en même temps).

La mission du Parlement est de financer la FAO, de voter des lois supranationales qui permettent d’assurer la mission de la FAO et de décider du règlement intérieur de la FAO.

La mission de la FAO est d’exécuter les décisions du Parlement ainsi que d’envoyer des rapports et propositions de lois au Parlement, par un organe indépendant mais qui collabore avec la FAO : le « cerveau ». Cet organe sera dans les mêmes locaux que la FAO, son directeur sera dans le directoire de la FAO. Pour répartir les 15 postes du directoire entre les 15 directeurs élus (car chaque poste du directoire a une fonction précise), on procède à un vote au Parlement. Si aucun vote n’aboutit, les postes sont attribués aléatoirement.

 

            Évidemment, la première étape de la mise en place d’une démocratie mondiale ne pourra être que l’œuvre d’un accord multilatéral incluant le plus de pays possible, elle ne sera donc pas démocratique. Idéalement, il faudrait créer une institution au mandat illimité pour résoudre un problème donné, comme je l’ai décrit concernant la FAO, pour chacun des autres grands enjeux globaux : préservation du climat, allocation des ressources non renouvelables, régulation de la finance. Cependant, il me semble que la faim et la soif sont les grands problèmes pour lesquels les États auraient le moins d’appréhension à déléguer leur souveraineté à un organisme supranational – surtout s’ils savent que leur population recevra de l’aide sans contrepartie douloureuse pour le pays.

Un exemple de Constitution mondiale

Je me suis permis de rêver à ce que pourrait être les grandes lignes de la Constitution mondiale issue de la délibération d’une centaine d’humains pris au hasard9, disons en 2100.

Je me suis permis de rêver à ce que pourrait être les grandes lignes de la Constitution mondiale issue de la délibération d’une centaine d’humains pris au hasard27, disons en 2100. Même si ce projet peut faire sourire par son incomplétude, je le laisse parce que trop peu de gens connaissent le principe de démocratie liquide ici proposé (de même que la méthode Schulze), et qu’à l’heure d’Internet, ce processus de décisions pourrait avantageusement remplacer l’élection traditionnelle de représentants (qui ne peuvent pas être compétents sur tous les sujets sur lesquels ils doivent voter).

Organes

Les organes créés, avec des missions précises, sont : le ventre (FAO : nourrir les humains), le cœur (OMS : soigner les humains et améliorer leur santé), les nerfs (OSV : organiser les votes et récolter les statistiques), les os (Organisation du Respect des Lois : arrêter et punir les condamnés sous mandat de la CPI28), les muscles (Organisation des Ressources et de l’Environnement : préparer un avenir durable, contrôler l’extraction et l’allocation des ressources), le sang (Organisation de l’Éducation : garantir une éducation minimale de tous et former aux différents métiers), la peau (Organisation du Logement : assurer un logement décent à chacun) – ces deux derniers n’étant pas forcément pertinents à l’échelle mondiale. Ces organes ont à leur tête des directoires d’une quinzaine de postes élus tous les cinq ans à la proportionnelle sur des listes mondiales, et sont chargés d’appliquer les lois. En plus de ces organes, la CPI (l’âme ?) sera indépendante et en charge de juger les entraves à la constitution et aux lois.

Lois

Il y a deux types de lois : les lois organiques, qui incluent la Constitution, et les lois banales. N’importe quel citoyen ou groupe de citoyens peut proposer une loi sur Internet. Chaque citoyen peut voter -2, -1, 0, +1 ou +2 à la proposition. Les lois sont triées par nombre de votes +2. Les os assureront aux citoyens dont les propositions sont en tête du classement de les rédiger, avec leur collaboration, sous la forme d’un texte juridiquement rigoureux. C’est eux qui détermineront si la loi est banale (i.e. conforme à la constitution) ou organique. Une loi banale est promulguée si elle reçoit 30% de votes +2 et 50% de votes positifs ou nuls parmi les inscrits (i.e. les humains de plus de 15 ans) pendant un mois. C’est une démocratie liquide : les citoyens peuvent déléguer leur droit de vote à un autre citoyen sur un sujet précis (sauf pour les élections et les référendums). Aussi, les délégations sont transitives, c’est-à-dire que quelqu’un ayant reçu n délégations de droit de vote sur un sujet pourra à son tour déléguer n+1 droits de vote sur ce sujet.

Il y a deux types de lois : les lois organiques, qui incluent la Constitution, et les lois banales. N’importe quel citoyen ou groupe de citoyens peut proposer une loi sur Internet. Chaque citoyen peut voter -2, -1, 0, +1 ou +2 à la proposition. Les lois sont triées par nombre de votes +2. La CPI assurera aux citoyens dont les propositions sont en tête du classement de les rédiger, avec leur collaboration, sous la forme d’un texte juridiquement rigoureux. C’est elle qui déterminera si la loi est banale (i.e. conforme aux lois organiques) ou organique.

Une loi banale est promulguée si elle reçoit 30% de votes +2 et 50% de votes positifs ou nuls parmi les inscrits (i.e. les humains de plus de 15 ans) pendant un mois. Cependant, seuls peu d’électeurs se déplacent réellement aux urnes à chaque fois qu’une loi est votée. En effet, les citoyens peuvent déléguer leur droit de vote à un autre citoyen sur un sujet précis (sauf pour les élections et les référendums). Ainsi, un citoyen peut déléguer son droit de vote sur tous les sujets à quelqu’un, ou au contraire déléguer son droit de vote sur tel sujet à une personne, tel autre sujet à une autre, et ne pas déléguer son droit de vote pour un troisième sujet29. Les sujets sont définis par la CPI, qui classe les lois dans des catégories imbriquées. Aussi, les délégations sont transitives, c’est-à-dire que quelqu’un ayant reçu n délégations de droit de vote sur un sujet pourra à son tour déléguer n droits de vote sur ce sujet. Enfin, les budgets ainsi que les lois litigieuses (i.e. les cas où plusieurs propositions concurrentes sont difficiles à départager, comme souvent sur les amendements d’une proposition par exemple – c’est la CPI qui détermine les ensembles de propositions litigieuses) sont soumis à la méthode Schulze30 (associée à la plus forte moyenne pour départager les éventuels ex æquo).

Dès qu’une loi organique reçoit 10% de votes strictement positifs (parmi les inscrits), un référendum est organisé. Si la moyenne est positive et la médiane des inscrits est strictement positive, la nouvelle loi organique est adoptée.

Si la CPI le permet, le texte est présenté avec une question supplémentaire : est-ce que cette loi est régionalisée/localisée ? et sous certaines conditions de réponse citoyenne, la loi sera effectivement régionalisée et/ou localisée, i.e. elle sera appliquée dans la région/localité si et seulement si la région et/ou la localité a voté pour (le vote pour reste à définir au cas par cas par la CPI).

Annexes

Processus d’adhésion :

Pour qu’un État adhère à l’Organisation Mondiale, il faut que 50% de ses inscrits y soient favorables. Si la constitution de l’État n’est pas compatible avec la Constitution Mondiale, il y a une deuxième question dans le référendum d’adhésion : préférez-vous que soit élue une assemblée constituante à la proportionnelle pour changer la Constitution de votre État, ou qu’un groupe d’experts (nommés explicitement par la CPI) soit en charge de modifier votre Constitution de telle sorte qu’elle soit conforme à la Constitution mondiale ?

Processus de vote :

Les votes et débats sont accessibles sur Internet. Chez soi, on peut seulement poser une option sur un vote. Pour que le vote soit entériné, il faut se déplacer à la mairie (ou autre) et voter dans un endroit dédié : sécurisé et spatialement clos. C’est ainsi un vote en permanence qui a lieu, en plus des élections tous les 5 ans et des référendums. Chaque citoyen peut revenir sur son vote (sauf pour les élections et les référendums). L’OSV garantit que les données restent anonymes, sauf dans certains cas précis de récoltes d’informations.

De meilleurs outils pour les économistes

Fondons-nous sur des certitudes : les préférences individuelles exprimées, plutôt que sur des hypothèses simplificatrices, et adoptons une démarche normative commune au lieu d’essayer vainement de décrire les comportements humains à l’aide de modèles formels.

Créons une base de données économiques mondiale en libre accès, qui inclurait également les articles de recherche. Enseignons l’économie de façon pluridisciplinaire et en faisant appel à différentes théories pour répondre à des problématiques.

À partir d’une étude détaillée, je montre que le bonheur d’un pays dépend plus de sa zone géographique que de son PIB/hab. Ainsi, les pays d’Amérique latine semblent les plus heureux et l’ex-URSS les plus malheureux.

J’ai conçu un questionnaire éclectique à poser à un échantillon représentatif de l’humanité : tu peux y répondre. Il permet de calculer, entre autre, en fonction des ressources dont on dispose et du temps de travail nécessaire pour produire ce que les gens veulent, s'ils peuvent avoir le confort qu'ils veulent en ne travaillant pas plus qu’ils ne le veulent.

We are the ones who make a brighter day
So let’s start giving

Michael Jackson

Plus tard, je serai économiste. Il y a mille sortes d’économistes : de l’analyse financière à la psychologie sociale en passant par la théorie macroéconomique, les spécialités sont nombreuses. Mais ce que j’estime le plus, c’est l’ingénierie sociale : l’art de concevoir les meilleures réformes possibles. C’est le rôle que je préfère chez l’économiste : celui de chercher les nouvelles règles qui permettront d’améliorer la société. Pour accomplir cette mission au mieux – ce qui n’est clairement pas fait à l’heure actuelle : trop peu d’économistes ont une idée claire de ce qu’il faut faire pour apporter les soins à tous les humains, par exemple – il faudrait revoir quelques pratiques de la science économique.

Dans cette partie je vais donc proposer quelques idées pour que la recherche en économie soit plus utile à la société, indiquer ensuite autour d’un exemple des choses à faire et à ne pas faire lors de travaux économiques, et enfin proposer un questionnaire à poser au monde entier, car selon moi, l’ingénierie sociale doit se fonder sur les volontés individuelles, donc il faut bien commencer par les connaître.

Repenser la science économique

Plus de propositions pour l’avenir et moins de modèles descriptifs

Les modèles économiques reposent sur des hypothèses simplificatrices. Comme toute formalisation mathématique, ces modèles neutralisent les problèmes, en ce sens qu'ils vident leurs objets des conflits humains et affectifs.

Aussi l'essentiel de la recherche actuelle et passée est une recherche descriptive et les économistes se posent trop peu le problème de l’évolution souhaitable de notre système (du moins dans ce qu’ils enseignent), compte tenu des préférences déclarées des populations – qui sont plus sûres que hypothèses des économistes.

Je pense qu'on n’arrivera pas à construire un modèle suffisamment performant pour prédire les comportements humains, y compris les éventuelles crises. Des économistes peuvent à la place construire ensemble un modèle normatif qui réponde à certaines attentes, et les humains s'y tenir. Alors on aura peut-être même réussi à prévoir le futur, en le choisissant.

Le travail d’un économiste contient l’appropriation critique des travaux, tous différents, des autres économistes, qui apportent chacun une vision du monde. La vérité ne réside pas dans un modèle économique, mais dans l’ensemble des modèles qu’on élabore, elle est l’adéquation entre les idées proposées et leur réception par la société. Ainsi, les économistes actuels ne font pas l’économie, ils font des économies.

Ces modèles reposent sur des hypothèses simplificatrices, telles que la rationalité des agents ou une fonction de production de type Cobb-Douglas, et ne sont donc que des explications de phénomènes particuliers. Ils sont formalisés mathématiquement, par exemple on écrit d'après Marx : 31, ce qui exprime le fait que les prolétaires sont la classe exploitée (ou du moins qu’une rente est attachée au capital et donc à son propriétaire). Comme toute formalisation mathématique, ces modèles neutralisent les problèmes, en ce sens où ils vident leurs objets des conflits humains et affectifs. C'est en partie cette vision neutre du monde qui rend possible la discussion rationnelle entre économistes (car elle empêche l'achoppement idéologique, émotif) mais également qui les autorise à travailler de façon dispersée, l'ensemble de la recherche économique n'étant pas vouée à un but commun.

J’ai eu l’impression, lors de la seule année où j’ai suivi des cours d’économie, que la recherche actuelle et passée est essentiellement descriptive ou prédictive et que les économistes se posent trop peu le problème de l’évolution souhaitable de notre système compte tenu des préférences déclarées des populations – qui sont des certitudes, contrairement à leurs hypothèses. Ceux-ci semblent appréhender notre société comme une donnée exogène à étudier au lieu de la voir comme une construction commune qu’on choisit – ils sont sur ce point confortés par le fait qu’ils n’ont pas, seuls, une si grande influence sur la réalité économique.

Je suis réticent à l'idée de construire des modèles économiques descriptifs. Je pense qu'on n’arrivera pas à construire un modèle suffisamment performant pour prédire les comportements humains, y compris les éventuelles crises. Parce que je crois que le comportement humain est au pire imprévisible, au mieux chaotique, en tout cas certainement pas calculable par une machine plus rapidement que par la réalité. Des économistes peuvent à la place construire ensemble puis proposer un modèle normatif qui réponde à certaines attentes, et les humains s'y tenir. Alors on aura peut-être même réussi à prévoir le futur, en le choisissant.

Les volontés humaines comme points de départ

La microéconomie se fonde sur les préférences individuelles pour calculer la situation optimale qu’on peut atteindre. Cette approche est très intéressante, et l’idée naturelle pour l’appliquer serait de demander aux individus leurs préférences pour ensuite faire en sorte que nous nous rapprochions de la situation optimale.

Si on poussait cette logique jusqu’au bout pour gérer l’économie, si la production était décidée en fonction des préférences plutôt qu’à partir du critère de rentabilité à court terme, il y a fort à parier que la vie serait plus simple. Imaginez qu’on demande à chacun ce qu’il a et ce qu’il veut, de l’indispensable au superflu en passant par le facultatif : je répondrais « j’ai un appartement de 45 m² dans Paris avec une colocataire, j’ai un travail que j’apprécie – étudiant, je gagne tant ; je veux vivre dans un appartement d’au moins 30 m² près de mon lieu de travail – Paris, travailler comme économiste au plus 45h par semaine et gagner autant qu’actuellement – c’est l’indispensable ; je voudrais vivre en colocation avec un ami, pouvoir voyager loin et travailler seulement 25h par semaine – c’est le facultatif ; j’aimerais avoir un brevet de pilote d’avions et un pied à terre en Bourgogne – c’est le superflu. » Imaginez que nous répondions tous, que nous ayons conçu et approuvé collectivement un algorithme qui alloue à chacun, de façon dynamique (car on peut changer nos préférences), son travail, son logement, son salaire, etc. Les besoins de chacun seraient satisfaits et les souhaits des gens accomplis le plus possible. Le nécessaire serait amené avant l’accessoire. Évidemment on est très loin d’un tel système, non pas technologiquement, mais politiquement, et il est illusoire de penser qu’un bouleversement aussi majeur du fonctionnement de l’économie puisse survenir sur le court terme11. Cependant, on peut appliquer à des problèmes restreints cette démarche d’orienter les choix économiques de façon à coïncider au mieux avec les vœux de chacun. Par exemple, on peut, en demandant aux gens ce qu’ils veulent consommer, augmenter l’offre de formations pour certains métiers amenés à se développer. On peut aussi adapter le système de cotisation pour la retraite à la préférence de l’individu : préfère-t-il cotiser plus pour avoir une meilleure retraite ou pour pouvoir partir plus tôt à la retraite, ou au contraire cotiser moins et prendre sa retraite plus tard ? À lui de choisir le montant de cotisation et la durée de vie active qui lui conviennent.

La microéconomie se fonde sur les préférences individuelles pour calculer la situation optimale qu’on peut atteindre. Cette approche est très intéressante, et l’idée naturelle pour l’appliquer serait de demander aux individus leurs préférences pour ensuite faire en sorte que nous nous rapprochions de la situation optimale.

La façon la plus en vogue de faire de l’économie repose sur des modèles microéconomiques abstraits qui permettent de déterminer la politique économique optimale sous certaines hypothèses. Or, selon les hypothèses qu’on prend (surtout selon les valeurs des paramètres), les politiques optimales changent. Il convient alors de trouver quelles sont les bonnes hypothèses et quelles sont les bonnes valeurs des paramètres – tels que les préférences. C’est seulement une fois qu’on a construit plusieurs modèles (suivant différentes hypothèses), testé leur réaction devant plusieurs valeurs de paramètres, discuté avec les collègues de la validité des résultats et trouvé quelles hypothèses et quelles valeurs des paramètres correspondent à la réalité, qu’on est capable de conseiller la démocratie sur la politique à adopter : on propose des mesures pour inciter ou obliger la société à se rapprocher de l’économie imaginée.

On pourrait à la place se fonder sur les revendications, les souhaits et les opinions des gens, grâce à des enquêtes, pour déterminer quelles réformes ils désirent et/ou leur conviendraient, et on trouverait peut-être des réformes qui ne gêneraient personne et seraient soutenues par le plus grand nombre. Poser des questionnaires plus précis aux gens permettrait également de cerner quelles requêtes sont antagonistes, et de chercher le meilleur arbitrage parmi celles-ci en fonction des préférences annoncées par les sondés. Il vaut mieux approcher la politique optimale en privilégiant le dialogue constant avec les citoyens : après avoir trouvé les réformes qu’ils plébiscitent, on mesurerait leurs réactions face aux critiques et aux problèmes de la réforme et on piocherait les bonnes idées qu’ils donneraient pour améliorer la réforme envisagée. Non seulement les réformes répondraient certainement plus aux attentes des gens, mais elles seraient sans doute mieux conçues (car en concertation ou du moins avec leur participation) et plus consensuelles. En effet, peut-être remarquerions-nous que les gens ne se posent pas les mêmes problèmes que les économistes (par exemple qu’ils ne se soucient guère de la croissance ou de l’inflation) et attendent de la société des choses plus concrètes (des places en crèche, moins de papiers administratifs à remplir, on peut imaginer n’importe quoi). Les méthodes de résolution d’optimalité sous contraintes seraient alors inutiles face à des préférences difficiles à ordonner et très différentes les unes des autres. L’intelligence des économistes serait alors utilisée de manière radicalement différente : ils chercheraient le système qui conviendrait au plus grand nombre en en contraignant le moins possible, proposeraient une réorganisation de la société en ce sens et corrigeraient leur proposition de réforme en fonction des réactions et des nouvelles préférences individuelles, en s’accordant sur les réformes consensuelles et en convergeant vers un système où les revendications des gens seraient successivement satisfaites. Les débats politiques se concentreraient peut-être sur les situations où les préférences des uns sont en contradiction avec celles des autres, ce qui aurait pour mérite de recentrer le débat démocratique sur les points réellement problématiques. Les mathématiques utilisées changeraient : au lieu de former des régressions linéaires à partir de données économiques et de résoudre des problèmes d’optimalité sous contraintes pour des paramètres agrégés, on utiliserait le plus grand nombre de données qu’on aurait sur les attentes et les comportements des agents pour proposer une réallocation dynamique de la production et une réorganisation du temps des agents à l’aide d’algorithmes logistiques (dynamique car les changements proposés ne conviendraient pas forcément aux agents et il faudrait sans cesse recalculer les meilleures réformes à proposer en fonction des nouvelles exigences). On calculerait ce qu’on peut s’offrir en fonction de ce qu’on veut avoir, du temps qu’on veut travailler et des ressources disponibles. Cette méthode aurait le mérite de toujours tenter de satisfaire le peuple, et pour cette raison devrait mieux y parvenir que les réformes proposées actuellement à partir de peu de données et de modèles hypothétiques trop souvent biaisés idéologiquement ou incomplets dans leur conception de l’efficacité économique et systématiquement tournés vers une facette particulière de l’économie. Au contraire, rassembler toutes les données statistiques et les enquêtes individuelles permettrait de capturer la globalité des interdépendances, et conceptualiser l’économie comme un problème logistique plutôt qu’un problème d’incitations des agents rapprocherait l’économiste du terrain et révèlerait des contradictions entre différents modèles passés.

Si on poussait cette logique jusqu’au bout pour gérer l’économie, si la production était décidée en fonction des préférences plutôt qu’à partir du critère de rentabilité à court terme, il y a fort à parier que la vie serait plus simple. Imagine qu’on demande à chacun ce qu’il a et ce qu’il veut, de l’indispensable au superflu en passant par le facultatif : je répondrais « j’ai un appartement de 45 m² dans Paris avec une colocataire, j’ai un travail que j’apprécie – étudiant, je gagne tant ; je veux vivre dans un appartement d’au moins 30 m² près de mon lieu de travail – Paris, travailler comme économiste au plus 45h par semaine et gagner autant qu’actuellement – c’est l’indispensable ; je voudrais vivre en colocation avec un ami, pouvoir voyager loin et travailler seulement 25h par semaine – c’est le facultatif ; j’aimerais avoir un brevet de pilote d’avions et un pied-à-terre en Bourgogne – c’est le superflu. » Imagine que nous répondions tous, que nous ayons conçu et approuvé collectivement un algorithme qui alloue à chacun, de façon dynamique (car on peut changer nos préférences), son travail, son logement, son salaire, etc. Les besoins de chacun seraient satisfaits et les souhaits des gens accomplis le plus possible. Le nécessaire serait amené avant l’accessoire. Évidemment, on est très loin d’un tel système, non pas technologiquement, mais politiquement, et il est illusoire de penser qu’un bouleversement aussi majeur du fonctionnement de l’économie puisse survenir sur le court terme32. Cependant, on peut appliquer à des problèmes restreints cette démarche d’orienter les choix économiques de façon à coïncider au mieux avec les vœux de chacun. Par exemple, on peut, en demandant aux gens ce qu’ils veulent consommer, augmenter l’offre de formations pour certains métiers amenés à se développer. On peut aussi adapter le système de cotisation pour la retraite à la préférence de l’individu : préfère-t-il cotiser plus pour avoir une meilleure retraite ou pour pouvoir partir plus tôt à la retraite, ou au contraire cotiser moins et prendre sa retraite plus tard ? À lui de choisir le montant de cotisation et la durée de vie active qui lui conviennent.

Une coopération mondiale

Pourquoi les économistes ne tirent-ils pas les préférences des individus d’enquêtes subjectives ? Je pense que la principale raison est que ces enquêtes n’existent pas, donc les économistes n’ont pas toutes les données dont ils ont besoin pour mener à bien leurs recherches, et ils prennent finalement les données les plus pertinentes qu’ils trouvent, qu’ils complètent par leur intuition.

Aussi, la mesure la plus importante, selon moi, pour faciliter le travail des économistes, est le regroupement de toutes les données disponibles au sein d’une base de données libre d’accès (il est scandaleux que certaines données nécessaires à la recherche économiques soient payantes ou pis, interdites d’accès aux non-universitaires : chacun devrait pouvoir contribuer librement à la science)12.

Finalement, c’est toute la science économique qu’il faut repenser : ne plus se focaliser sur l’argent pour décrire l’économie13 (le bonheur, le niveau de qualification ou les émissions de CO2 sont tout aussi pertinents), ne plus raisonner essentiellement à l’aide d’indicateurs agrégés tels que le PIB, l’inflation ou la dette, s’intéresser aux problèmes sociaux avant tout, faire de l’économie afin de résoudre les problèmes de notre société plutôt que pour tenter de décrire le comportement humain, rassembler les économistes autour d’un projet commun de développement pour la planète. Enfin, il faut revoir notre façon d’enseigner l’économie, qui est à l’image d’une bonne partie de la recherche économique : déconnectée des problèmes humains14. À cette fin, je recommande de passer plus de temps à enseigner le droit en rapport avec l’économie (droit financier, droit du travail, droit des sociétés…), car la finalité de l’économiste est d’améliorer les lois et régulations existantes, et d’appliquer le programme de Pour un Enseignement Pluraliste dans le Supérieur en Économie (PEPS).

Pourquoi les économistes ne tirent-ils pas les préférences des individus d’enquêtes subjectives ? Je pense que la principale raison est que ces enquêtes n’existent pas, donc les économistes n’ont pas toutes les données dont ils ont besoin pour mener à bien leurs recherches, et ils prennent finalement les données les plus pertinentes qu’ils trouvent, qu’ils complètent par leur intuition.

 Aussi, la mesure la plus importante, selon moi, pour faciliter le travail des économistes, est le regroupement de toutes les données disponibles au sein d’une base de données libre d’accès (il est scandaleux que certaines données nécessaires à la recherche économiques soient payantes ou pis, interdites d’accès aux non-universitaires : chacun devrait pouvoir contribuer librement à la science)33. Cette base de données regrouperait toutes les données dans un même format, et serait plus qu’un simple agrégat des chiffres existants ; il serait intéressant d’inclure à côté de la base de données toutes les publications scientifiques et de faciliter la navigation entre publications et données (pour par exemple actualiser aisément les publications). Ainsi, à l’aide d’un logiciel ad hoc, on pourrait facilement demander à la base de données l’information qui nous intéresse. Si elle n’y était pas, on pourrait demander à obtenir cette information, lors d’enquêtes futures par exemple. Idéalement, cette base de données ne contiendrait pas seulement les données strictement économiques, mais aussi les données climatiques, financières, ou même médicales, car de nombreuses études sont à la frontière entre plusieurs disciplines et gagneraient à obtenir simplement et efficacement les données qui leur sont utiles. Une coopération mondiale entre les universités pourrait être la bonne méthode pour créer et gérer cette base de données. En outre, la structure nouvellement créée pourrait commander les enquêtes les plus utiles pour les économistes et coordonner les recherches de certains d’entre eux afin de mener des études de grande ampleur sur les sujets les plus importants.

Finalement, c’est toute la science économique qu’il faut repenser : ne plus se focaliser sur l’argent pour décrire l’économie34 (le bonheur, le niveau de qualification ou les émissions de CO2 sont tout aussi pertinents), ne plus raisonner essentiellement à l’aide d’indicateurs agrégés tels que le PIB, l’inflation ou la dette, s’intéresser aux problèmes sociaux avant tout, faire de l’économie afin de résoudre les problèmes de notre société plutôt que pour tenter de décrire le comportement humain, rassembler les économistes autour d’un projet commun de développement pour la planète. Enfin, il faut revoir notre façon d’enseigner l’économie, qui est à l’image d’une bonne partie de la recherche économique : déconnectée des problèmes humains35. À cette fin, je recommande de passer plus de temps à enseigner le droit en rapport avec l’économie (droit financier, droit du travail, droit des sociétés…), car la finalité de l’économiste est d’améliorer les lois et régulations existantes, et d’appliquer le programme de Pour un Enseignement Pluraliste dans le Supérieur en Économie (PEPS). Ce collectif propose d’axer l’enseignement de l’économie sur de grandes questions, auxquelles on répondrait à l’aide de toutes les disciplines et théories qui proposent des solutions36. Au passage, je regrette que PEPS n’ait pas décidé de fonder sa propre université d’économie : ils connaissent la quinzaine de professeurs nécessaires pour donner les cours, il ne leur manque plus que deux ou trois salles et l’autorisation d’être mutés : je crois que le ministère les leur accorderait car il n’est selon moi pas fermé à l’expérimentation de nouvelles pratiques, même s’il est réticent à imposer ce format de licence d’économie à toutes les universités et à bousculer les habitudes bien ancrées du corps enseignant.

Faire attention aux écueils : l’exemple du bonheur des pays

« Quel est le pays le plus heureux ? » Cette question, qu’on la pose à Google ou qu’on la voie en gros titre d’un magazine, aura systématiquement comme réponse un top 10 des pays les plus heureux, avec en tête les pays scandinaves puis d’autres pays occidentaux pour compléter la liste. Ce qui sera toujours absent, dans les réponses pour le grand public, c’est la méthodologie employée et la source des données.

J’ai donc décidé de répondre à la question initiale par moi-même, scientifiquement. À la question « Quel est le pays le plus heureux ? », j’ai rajouté une autre question : « Est-ce que le bonheur d’un pays dépend de sa richesse ? ». Il est temps de définir ce qu’est le bonheur d’un pays. Nous avons à notre disposition les résultats du World Values Survey (WVS) sur deux questions qui nous permettent d’établir cette définition :

      À travers un travail que j’ai effectué en cours d’économétrie, je vais donner un exemple d’écueil à éviter lors de la recherche en économie : les conclusions hâtives et la présentation de résultats simplifiés et sensationnels.

« Quel est le pays le plus heureux ? » Cette question, qu’on la pose à Google ou qu’on la voie en gros titre d’un magazine, aura systématiquement comme réponse un top 10 des pays les plus heureux, avec en tête les pays scandinaves puis d’autres pays occidentaux pour compléter la liste. Ce qui sera toujours absent, dans les réponses pour le grand public, c’est la méthodologie employée et la source des données. De manière plus générale les médias de vulgarisation ne donnent généralement pas de lien vers la publication qu’ils résument, ce qui incite les gens à ne pas réfléchir, à ne pas s’approprier les données brutes sur lesquelles travaillent les chercheurs, et présente la finalité de la science comme la distraction plutôt que comme la méthode pour appréhender le monde de façon vraie.

      Ces résultats (quelque chose comme : 1 Danemark, 2 Norvège, 3 Suisse, 4 Pays-Bas, 5 Suède, 6 Canada, 7 Finlande, 8 Autriche, 9 Islande, 10 Australie, comme l’annonce un des premiers résultats Google), je les avais plus ou moins assimilé, sûrement après avoir lu un article de vulgarisation sur le bonheur par pays. Or, en regardant les résultats d’une enquête menée auprès d’une centaine de pays, la World Values Survey (WVS), je fus étonné de ne pas retrouver ce lieu commun que les pays occidentaux sont les plus heureux. J’ai donc décidé de répondre à la question initiale par moi-même, scientifiquement. À la question « Quel est le pays le plus heureux ? », j’ai rajouté une autre question : « Comment expliquer qu’un pays est plus heureux qu’un autre ? », car je ne sacralise pas l’idée du classement entre pays, mais préfère comprendre à quels indicateurs le bonheur est corrélé. Pour la deuxième question, une réponse apparaît naturellement dans la tête des économistes : la richesse d’un pays devrait être corrélée à son bonheur : plus le PIB/hab. d’un pays est élevé, plus on s’attend à ce que son bonheur soit élevé. C’est donc cette hypothèse que j’ai choisi de tester : « Plus notre pays est riche, plus notre pays est heureux », délaissant les éventuelles corrélations avec d’autres indicateurs (taux d’ensoleillement, respect des libertés fondamentales, etc.). À ce stade de la réflexion, il est temps de définir ce qu’est le bonheur d’un pays. Nous avons à notre disposition les résultats du WVS sur deux questions qui nous permettent d’établir cette définition :

-     Q1, Bonheur37 : très heureux ; heureux ; pas vraiment heureux ; malheureux

-     Q2, Satisfaction38 :

      Bien sûr, la meilleure réponse à notre question initiale est d’observer les résultats bruts et complets à ces deux questions (tu peux le faire en téléchargeant les données). Mais nous allons simplifier ces résultats pour en présenter une synthèse (c’est le travail de l’économiste), et pour ce faire, il nous faut construire un indicateur du bonheur d’un pays à partir des deux questions de l’enquête. De nombreux indicateurs sont possibles, j’ai donc choisi d’en étudier plusieurs, et il y a de fortes chances pour que l’indicateur auquel tu penserais en premier apparaisse dans mes choix :

-          Très heureux : la proportion de gens répondant très heureux à Q1

-          Heureux : la proportion de gens répondant très heureux ou heureux à Q1

-          Très malheureux : la proportion de gens répondant malheureux à Q1

-          Very happy over very unhappy : le ratio du nombre de gens répondant très heureux sur le nombre de gens répondant malheureux à Q1

-          Satisfaits : la proportion de gens répondant 6 ou plus à Q2

-          Indicateur de satisfaction : la moyenne des réponses à Q2

-          Indicateur de bonheur : la moyenne des réponses à Q1, en attribuant les notes -2, -1, 1 et 2 aux différentes réponses

 

Désormais qu’on a construit nos indicateurs, on peut observer les résultats de nos deux interrogations (on peut les lire en rouge dans le coin en haut à droite sur chaque graphique) : Quel est le pays le plus heureux ? Y a-t-il une corrélation entre bonheur et richesse d’un pays ? Pour répondre à la deuxième question, on va régresser linéairement le bonheur d’un pays sur son PIB/hab. et étudier le coefficient de corrélation39.

Dans les graphiques, j’ai distingué les aires géographiques en coloriant les pays avec 6 couleurs :

-          Rouge : les ancien pays du bloc de l’URSS

-          Orange : le Moyen-Orient

-          Violet : l’Asie

-          Vert : l’Amérique latine

-          Bleu : l’Europe occidentale et les pays anglo-saxons

-          Noir : l’Afrique

 

J’ai choisi de ne pas faire apparaître les points à côté des étiquettes sur les graphiques tant pour une raison esthétique que parce que la marge d’erreur de l’enquête discrédite leur précision.

 

Voici les résultats :

 

     

  Quelles conclusions tirer de ces résultats ?

-          Il y a une petite corrélation entre PIB/hab. et bonheur d’un pays

-          Il y a un lien plus fort entre macro-région et bonheur d’un pays, j’ai démontré que l’aire géographique d’un pays nous aide mieux à prédire son bonheur que son PIB/hab., quel que soit l’indicateur retenu40.

-          S’il y a un lien entre PIB/hab. et bonheur d’un pays, c’est un lien d’impossibilité : un pays riche ne peut pas être malheureux. Mais attention, ce résultat n’est vérifié qu’à notre époque.

-          Ces résultats nuancent les résultats médiatisés qui semblent surestimer le bonheur des pays scandinaves par rapport à des pays comme le Nigéria ou les pays d’Amérique latine.

-          Une étude comparative plus poussée (sur d’autres indicateurs que le PIB/hab.) de l’Amérique du Sud et de l’ex-URSS41 pourrait permettre de trouver des mécanismes explicatifs au bonheur plus précis.

Évidemment, je ne suis pas le premier à me poser ces questions. Voyons donc ce qu’en disent les économistes.

“We show that average life satisfaction is higher in countries with greater GDP per capita”, “We then show that additional, affect-specific measures of subjective well-being, such as whether an individual felt enjoyment or love, or did not feel pain, are all higher in countries with higher per capita GDP”, “Absolute income appears to play a central role in determining subjective well-being” Daniel Sacks, Betsey Stevenson and Justin Wolfers

Je reproduis ci-dessous les graphiques sur lesquels les auteurs s’appuient pour dire que les différentes mesures subjectives du bien-être sont plus grandes dans les pays avec un fort PIB/hab.

“We show that average life satisfaction is higher in countries with greater GDP per capita”, “We then show that additional, affect-specific measures of subjective well-being, such as whether an individual felt enjoyment or love, or did not feel pain, are all higher in countries with higher per capita GDP”, “Absolute income appears to play a central role in determining subjective well-being” Daniel Sacks, Betsey Stevenson and Justin Wolfers

Je reproduis ci-dessous les graphiques sur lesquels les auteurs s’appuient pour dire que les différentes mesures subjectives du bien-être sont plus grandes dans les pays avec un fort PIB/hab.

      Pour quelqu’un comme moi, qui a découvert la régression linéaire en chimie, où on considère que les deux variables dépendent l’une de l’autre si le coefficient de corrélation est supérieur à 0,999, lire de la part d’économistes reconnus que l’amour est plus élevé dans les pays riches, quand le graphique qu’ils présentent est un nuage de points pratiquement uniformément répartis, avec un coefficient de corrélation de 0,0542, ça reste en travers de la gorge… Heureusement pour notre santé que les biologistes ne se satisfont pas de coefficients de corrélation aussi bas dans leurs recherches ! Ces citations montrent qu’il est important de regarder directement les données, plutôt que de croire n’importe quelle interprétation : ici, à partir des mêmes données, j’aurais pu dire exactement le contraire de ce qui est avancé par les auteurs : le revenu absolu n’a pas un rôle central dans la détermination du bien-être subjectif.

S’il faut se méfier des articles d’économistes eux-mêmes, et privilégier l’observation directe des données, c’est encore pire lorsqu’on a affaire à un article d’un idéologue s’appuyant sur une publication scientifique : dans un article du Telegraph, Allister Heath prétend que les scientifiques ont démontré que le bonheur d’un pays était directement lié à son PIB/hab., et en tire la conclusion suivante, entre moult attaques gratuites (et prétendument justifiées scientifiquement) contre la gauche : “There should be a new rule: each and every new regulation and tax should be judged against how it will affect the UK’s GDP”. Ce n’est pas la phrase la plus révoltante de l’article, mais elle montre une absurdité dans laquelle nous conduit bon nombre de travaux économiques, si on n’est pas prudent : la finalité étant le bonheur du pays, on pourrait établir comme règle que chaque nouvelle régulation doit être jugée à l’aune de son effet sur le bonheur du pays ; mais comme – paraît-il – le bonheur du pays est corrélé à son PIB/hab., on peut substituer le PIB/hab. au bonheur comme critère. C’est tout bonnement absurde, car le PIB/hab. n’est que faiblement corrélé au bonheur du pays : les deux ne décrivent pas la même réalité. Ainsi, il existe des mesures qui augmenteraient le PIB/hab. tout en réduisant le bonheur (elles sont bien connues des économistes, par exemple extraire le gaz de schiste)…

      S’il faut se méfier des articles d’économistes eux-mêmes, et privilégier l’observation directe des données, c’est encore pire lorsqu’on a affaire à un article d’un idéologue s’appuyant sur une publication scientifique : dans un article du Telegraph, Allister Heath prétend que les scientifiques ont démontré que le bonheur d’un pays était directement lié à son PIB/hab., et en tire la conclusion suivante, entre moult attaques gratuites (et prétendument justifiées scientifiquement) contre la gauche : “There should be a new rule: each and every new regulation and tax should be judged against how it will affect the UK’s GDP”. Ce n’est pas la phrase la plus révoltante de l’article, mais elle montre une absurdité dans laquelle nous conduit bon nombre de travaux économiques, si on n’est pas prudent : la finalité étant le bonheur du pays, on pourrait établir comme règle que chaque nouvelle régulation doit être jugée à l’aune de son effet sur le bonheur du pays ; mais comme – paraît-il – le bonheur du pays est corrélé à son PIB/hab., on peut substituer le PIB/hab. au bonheur comme critère. C’est tout bonnement absurde, car le PIB/hab. n’est que faiblement corrélé au bonheur du pays : les deux ne décrivent pas la même réalité. Ainsi, il existe des mesures qui augmenteraient le PIB/hab. tout en réduisant le bonheur (elles sont bien connues des économistes, par exemple extraire le gaz de schiste)… Enfin, quand bien même on jugerait les politiques publiques à leur impact sur le bonheur, il faudrait se mettre d’accord sur un indicateur du bonheur (si on me le demandait, je voterais sans doute pour la proportion de gens très malheureux) et se méfier de la fiabilité des études d’impact : il est extrêmement difficile (pour ne pas dire impossible) de distinguer l’effet d’une mesure sur le bonheur de l’évolution normale du bonheur due à toutes les autres actions de la société. Ainsi, je pense qu’il serait plus judicieux qu’au lieu de choisir les mesures en fonction de l’impact objectif sur le bonheur (qu’on ne connaîtra qu’au mieux qu’a posteriori), on choisisse les mesures en fonction des attentes des citoyens et de leur croyance dans l’effet bénéfique de telle ou telle mesure. Dans le même ordre d’idées, il serait plus simple de demander aux gens ce qui les rend heureux plutôt que d’essayer de démontrer que la richesse de leur pays les rend heureux.

      Allez, je te donne une deuxième et dernière interprétation d’un économiste réputé sur la question qu’on s’est posée, avant de changer de chapitre : “As it shows, once a country has over $15,000 per head, its level of happiness appears to be independent of its income per head. For poorer countries, however, there is a clear impact of income on happiness” Richard Layard

 

      Toi aussi, tu aurais tendance à penser presque le contraire de l’auteur, à savoir qu’au vu du graphique, le PIB/hab. n’a aucune incidence sur le bonheur d’un pays en-deçà de 5000$/an, alors qu’au-delà il y a une petite corrélation ? En réalité, il y a une raison idéologique pour laquelle Layard écrit la phrase ci-dessus, et comme son idéologie a l’air plus humaniste que celle de nos précédents comparses, je lui pardonne. Ce qu’il veut dire, c’est que passé le cap des 5000$/an de PIB/hab. (il dit 15000$ mais j’interprète), les pays sont heureux, et globalement tous aussi heureux. Ainsi, il faut faire en sorte que tous les pays franchissent ce cap, et il importe peu d’augmenter le PIB des pays les plus riches, puisque ça n’aura pas vraiment d’incidence sur le bonheur. Je suis d’accord avec lui sur ce point, même si je trouve qu’il défend maladroitement son idée. Comme je suis d’humeur critique, je vais profiter de t’avoir montré le graphique de Layard pour pointer un défaut de sa méthodologie sur ce passage dans son exposé – où il laisse plus de place à l’interprétation qu’à la présentation des données brutes – même si je reconnais totalement la grande qualité de l’ensemble des travaux de cet économiste. Layard choisit comme indicateur du bonheur un indicateur construit à partir des mêmes données que moi plus haut : les résultats du WVS. Mais contrairement à moi, il retient un seul indicateur et n’explique que sommairement les raisons de son choix : il voulait utiliser toutes les données disponibles, donc agréger les réponses des deux questions. Ainsi, l’indicateur qu’il choisit est la moyenne de mon indicateur « Heureux » et de mon indicateur « Satisfait » : pour chaque pays, il prend la moyenne des proportions de gens

-          ayant répondu qu’ils étaient satisfaits entre 6 et 10 sur une échelle de 10

-          ayant répondu qu’ils étaient heureux ou très heureux.

J’ai reproduit son graphique avec des données actualisées et me suis rendu compte de quelque chose d’étonnant : la Tanzanie est dans le bas du graphique de Layard, alors que lorsque j’ai commencé à étudier les données du WVS, la Tanzanie figurait parmi les pays les plus heureux. C’est ce qui a donné le titre original à ce chapitre : n’oublions pas le bonheur des pays du tiers-monde ! Pourquoi une telle anomalie ? La Tanzanie est un des pays avec la plus forte proportion de personnes se déclarant heureux (« heureux » = 95%) ou très heureux (« Très heureux » = 57%). Dans le même temps, la Tanzanie est le pays avec le plus haut taux de personnes insatisfaites (« satisfaits » = 24%). En effet, 268/1153 (23%) des sondés se déclarent à la fois très heureux et insatisfait (c’est-à-dire 1/10 à Q2, la note la plus basse) dans l’enquête en Tanzanie. Comme Layard prend en compte la combinaison des deux réponses, la Tanzanie n’a pas l’air très heureux dans son graphique. Agréger les données conduit souvent à masquer certains faits intéressants : on devrait enquêter plus avant pour voir s’il y a une extraordinaire spiritualité ou une réelle équanimité parmi les tanzaniens qui maintient le pays heureux alors que les gens sont insatisfaits de leur situation économique43.

Demander aux humains ce qu’ils veulent : le questionnaire mondial

La démarche que je veux mener en tant qu’ingénieur social est la suivante : trouver le fonctionnement que les gens veulent pour la société.

      La démarche que je veux mener en tant qu’ingénieur social est la suivante : trouver le fonctionnement que les gens veulent pour la société, en les interrogeant ; élaborer des mesures qui permettraient de changer la société dans le sens que les gens attendent ; proposer aux gens ces mesures, afin de confirmer qu’ils veulent réellement les mettre en application ; appliquer ces mesures ; évaluer l’impact de ces mesures, en demandant aux gens ce qu’ils en pensent a posteriori, ainsi qu’en observant l’évolution d’indicateurs objectifs.

À cette fin, la première étape consiste à choisir les questions que l’on va poser à la population. Ce chapitre constitue ma proposition d’enquête à poser à l’humanité entière (à l’image du WVS). Comme tout mon travail, ce questionnaire se veut collaboratif : je n’ai pas pensé à tout, et je serais ravi d’y rajouter des questions, donc je t’invite à compléter ce questionnaire. Je l'ai mis en ligne : tu peux y répondre.

  À cette fin, la première étape consiste à choisir les questions que l’on va poser à la population. Ce chapitre constitue ma proposition d’enquête à poser à l’humanité entière (à l’image du WVS). Comme tout mon travail, ce questionnaire se veut collaboratif : je n’ai pas pensé à tout, et je serais ravi d’y rajouter des questions, donc je t’invite à compléter ce questionnaire. J’ai mis ce questionnaire en ligne. Tu peux y répondre, mais les résultats de l’enquête en ligne sont à analyser avec la plus grande précaution, puisque l’échantillon des personnes interrogées n’est en aucun cas aléatoire, donc les données récoltées n’ont pas validité scientifique (ou du moins démocratique). C’est pour ça que je serais ravi si les instituts de sondage tels que Gallup ou le World Values Survey intégraient mes questions obligatoires dans leur prochain questionnaire mondial.

  Mon questionnaire est constitué d’une partie obligatoire, qui permet de répondre à certaines questions profondes sur l’économie et de choisir notre avenir collectivement, et d’une partie facultative, qui permet de satisfaire notre curiosité et d’établir des corrélations entre différentes variables, c’est-à-dire d’acquérir de la connaissance sur les personnalités humaines. Le fait de poser toutes ces questions ne permet pas seulement d’acquérir de l’information de la part des sondés, ça permet également d’orienter la réflexion du sondé sur des sujets auxquels il ne pense pas forcément, ainsi il n’est pas anodin que nombre de mes questions aient une résonance humaniste : poser ce questionnaire à l’humanité, c’est un peu diffuser l’humanisme.

Étant donné le grand nombre de questions, l’idée est de tirer aléatoirement une des parties de ce questionnaire à chaque soumission à quelqu’un, car s’il y a trop de questions il/elle risque de ne pas répondre sérieusement. En outre, ce sondage doit faire appel à l’intelligence des sondés et des sondeurs, ces derniers devant insister auprès des sondés sur le fait qu’ils ont des informations à nous apporter, que les questions ne sont pas forcément pertinentes et qu’ils doivent éventuellement critiquer les questions et dire ce qu’il aurait fallu leur demander et ce qu’ils auraient répondu. Les sondeurs doivent être en mesure de répondre aux éventuelles questions des sondés à propos des questions posées, et sont invités à écrire un commentaire sur chaque sondé, précisant si les réponses sont sincères et réfléchies.

Dans ce qui suit, je laisse implicites les choix de réponses proposés (même si parfois des précisions seront apportées en gris). Il est à noter qu’apparaissent systématiquement des non-réponses possibles pour chaque question, choisies de façon adaptées parmi : je ne sais pas, je ne veux pas répondre, je ne comprends pas la question, cette question ne s’applique pas dans mon cas, autre.

En gras apparaissent les questions qui permettent de calculer, en fonction des ressources dont on dispose et du temps de travail nécessaire pour produire ce que les gens veulent, s'ils peuvent avoir le confort qu'ils veulent en ne travaillant pas plus qu’ils ne le veulent. Ce sont les réponses à ces questions qui m’intéressent le plus, parce qu’elles permettent de saisir quelles vies les gens désirent, et de proposer d’orienter l’économie dans ce sens ; si elles sont posées à l’humanité, on connaîtra enfin les réponses à ce genre de questions : les gens veulent-ils travailler 15 heures par semaine, quitte à perdre en confort ? Veulent-ils travailler comme comédiens ou comme ingénieurs ? Leurs volontés sont-elles compatibles entre elles, ou doit-on inciter les gens à faire tel métier, plutôt boudé ?

Les questions obligatoires du questionnaire :


Êtes-vous un homme, une femme ou un transgenre ?
Êtes-vous heureux/se ?
Vous considérez vous en bonne santé, cohérent(e), plus, moins, ou aussi heureux/se, plus, moins, ou autant en bonne santé ?
Quel âge avez-vous ?
Combien gagnez-vous chaque mois en moyenne ?
Quel niveau de vie aimeriez-vous avoir ? 6 choix possibles
À combien estimez-vous votre patrimoine (biens immobiliers, épargne, actions, etc.) ? Travaillez-vous ? (On parle de travail au sens large, c'est-à-dire d'une activité pas forcément rémunérée à laquelle vous vous consacrez souvent)
Quelles activités exercez-vous (y compris votre travail) ?
Quel est votre métier ? 42 choix correspondant aux catégories socioprofessionnelles
Aimez-vous votre métier ?
Combien d’heures travaillez-vous par semaine ?
Votre travail vous fait-il souffrir ?
Si oui, est-ce contingent ou est-ce dû aux tâches qu’on vous demande d’exercer ? C'est contingent : dans un autre contexte le travail que j'exerce ne me ferait pas souffrir /
C'est dû aux tâches qu'on me demande d'exercer : n'importe qui souffrirait de la même façon à ma place

Pour accomplir le travail qu’on vous demande, combien d’heures par semaine vous faut-il ?
Pour votre métier actuel, combien d’heures par semaine souhaiteriez-vous travailler, en imaginant que votre rémunération ne change pas ?
Pour votre métier actuel, combien d’heures par semaine souhaiteriez-vous travailler, en imaginant que votre rémunération est proportionnelle au nombre d’heures travaillées ?
Pour votre métier actuel, combien d’heures par semaine souhaiteriez-vous travailler, en imaginant qu’on vous offre un revenu vous permettant d’atteindre le niveau de vie que vous aimeriez avoir ?
Préféreriez-vous exercer un (autre) métier, quitte à suivre la formation adéquate ?
Avez-vous une idée du métier que vous souhaitez exercer ?
Si oui, quel est ce métier ? (ça peut être votre métier actuel)
Pour votre métier préféré, combien d’heures par semaine souhaiteriez-vous travailler, en imaginant que votre rémunération ne change pas ?
Pour votre métier préféré, combien d’heures par semaine souhaiteriez-vous travailler, en imaginant que votre salaire est proportionnel au nombre d’heures et rémunéré au salaire horaire moyen de votre région (14€/heure en France) ?
Pour votre métier préféré, combien d’heures par semaine souhaiteriez-vous travailler, en imaginant qu’on vous offre un revenu vous permettant d’atteindre le niveau de vie que vous aimeriez avoir ?
Pour votre métier préféré, combien d’heures par semaine souhaiteriez-vous travailler, en imaginant que votre rémunération est le salaire moyen de votre région (2200€/mois en France) ?
Combien d'heures avez-vous travaillé au cours de votre vie ? (sans compter les études)
- Si vous avez la flemme de calculer ce nombre vous-mêmes, indiquez les champs suivants :
- le nombres d'années travaillées
- le nombre moyen de semaines de vacances durant vos années de travail :
- le nombre moyen d'heures dans vos semaines de travail :
Votre revenu actuel vous satisfait-il ?
De quel confort avez-vous besoin pour vivre ?
Dans quel pays vivez-vous ?
Quel est votre code postal ?
Combien y a-t-il d’habitants dans votre commune (environ) ?
Quel est votre statut marital ?
Combien d’enfants avez-vous ?
Combien d’enfants auriez-vous souhaité avoir au cours de votre vie ?
Combien d’enfants voulez-vous avoir au cours de votre vie ?
Quel est votre niveau d’études (ou celui que vous comptez atteindre si vous êtes encore étudiant) ?
Dans quelles disciplines avez-vous un diplôme ?
Seriez-vous prêt à travailler bénévolement 5h par semaine pour un projet humanitaire ou social ?
Seriez-vous prêt à travailler bénévolement une année dans votre vie pour un projet humanitaire ou social ?
Qu’est-ce qui vous rend heureux ?
Qu’est-ce qui vous rend malheureux ?
Quelles mesures politiques, même minimes, rendraient certains plus heureux (sans nuire à d’autres) ?
Quelles mesures politiques, même minimes, vous rendraient plus heureux ?
Préférez-vous que soient prises des mesures politiques qui feraient baisser le taux de gens très malheureux, ou des mesures qui feraient monter la proportion de gens plutôt heureux ?

Les parties facultatives du questionnaire :

Sur vous :


Approximativement, quelles proportions de vos pensées correspondent aux catégories suivantes ?
- concentration sur une action :
- sensations et émotions :
- souvenirs :
- imagination :
- raisonnement
- attention passive (écoute, observation...) :
Avez-vous besoin d’aide ?
Si oui, laquelle ?
Vous entendez-vous bien avec toutes les personnes avec qui vous vivez ?
Vivez-vous avec les personnes avec qui vous voulez vivre ?
Avec combien de personnes vivez-vous ?
Avez-vous été souvent frappé(e) ?
Avez-vous été souvent méprisé(e) ?
Avez-vous été souvent moqué(e) ?
Avez-vous été souvent admiré(e) ?
Êtes-vous riche ?
Que faites-vous demain ?
Pour quels idéaux seriez-vous prêt à donner votre vie ?
Qu’est-ce que vous appréciez avant tout chez quelqu'un ?
Êtes-vous satisfait de votre vie ?
Êtes-vous satisfait(e) de vous-même ?
Avez-vous déjà été amoureux/se ?
Vous épilez-vous régulièrement ?
À quelle fréquence écoutez-vous de la musique ?
Quels genres de musique écoutez-vous ?
Face à qui retenez-vous vos pets ?
Vous souvenez-vous fréquemment de rêves ?
Aimez-vous le coca-cola ?
Combien de minutes par jour regardez-vous la télévision ?
Quelles émissions regardez-vous ?
À quelle fréquence lisez-vous ?
Quels types de lecture lisez-vous ?
Quelles drogues prenez-vous et à quelle fréquence ?
Êtes-vous complexé(e) ?
Qu’est-ce qui vous dégoûte ?
Y a-t-il quelque chose dont vous ne pourriez pas vous passer ?
Voulez-vous être plus instruit(e) ?
Prenez-vous du plaisir à exercer votre métier ?
Votre travail vous procure-t-il du déplaisir ?
Que pourrait-il vous arriver de mieux aujourd’hui ?
À quelle distance sont les deux endroits les plus éloignés où vous avez été ?
Combien d'heures par nuit dormez-vous en moyenne ?
Dormez-vous assez ?
Vous êtes-vous déjà investi(e) dans une association de solidarité ?
Vous sentez-vous plus proche de votre ville, région, pays, macro-région, du monde ?
Comment vous décririez-vous ? Je ne suis pas satisfait(e) je voudrais changer les choses / J’apprends à accepter ce que je ne peux pas changer / Je suis satisfait(e), je ne ressens pas le besoin de changer        
Avez-vous une bonne connaissance de vous-même ?
Vous connaissez-vous mieux ou moins bien que les autres (vous connaissent) ?
Est-ce que vous pensez que la plupart des gens vous veulent du bien ?
Que mangez-vous ?
Avez-vous peur de mourir ?
Avez-vous peur de vieillir ?
Voulez-vous être en vie à 100 ans ?
Voulez-vous être en vie à 50 ans ? Cette question, comme d’autres, n’est posée que sous certaines conditions : ici, que le sondé ait moins de 50 ans
Voulez-vous être en vie à 75 ans ?
Avez-vous déjà initié (même mentalement) le processus de suicide ?
Avez-vous déjà tué quelqu’un ?
Accordez-vous beaucoup d'importance à l'apparence physique ?
Combien de vêtements avez-vous (environ) ?
À quand remonte la dernière fois où vous avez entendu le mot "caca" ? Pour détendre l’atmosphère – ça fait partie des questions que le sondeur ne posera pas s’il sent que ça peut énerver le sondé

Opinions :

 
Êtes-vous favorable à la garantie d’un accès à la nourriture, à l’eau potable, aux soins, à l’éducation et à la sécurité pour tous les humains ?
Si non, pourquoi climatique ?
Êtes-vous favorable à la garantie d’un revenu universel pour tous les humains (même les enfants), en plus des autres revenus, correspondant au revenu de subsistance dans votre région (en France, 600€/mois) ?
Êtes-vous favorable à l’uniformisation du niveau de vie mondial ?
Êtes-vous favorables à l’instauration d’un revenu maximal mondial ?
Seriez-vous prêt à vous engager à ne pas accumuler plus de 10 millions d'euros au cours de votre vie ?
Formulez un vœu
Formulez un vœu concret et précis
Formulez un vœu concret et précis que l’humanité accepterait de réaliser (si on expliquait aux gens les raisons de ce vœu)
Dites quelque chose avec laquelle chaque humain serait d'accord
Avez-vous des idées concrètes et précises pour changer le monde ?
Si oui, lesquelles ?
Pensez-vous que votre pays vaut mieux que les autres ?
Voulez-vous plus de coopération entre les pays ?
Êtes-vous favorable à l’instauration d’une démocratie mondiale ?
Voulez-vous donner votre avis dans les grandes décisions politiques ?
Avez-vous une conscience politique ?
Voulez-vous plus de référendums sur les grandes décisions politiques ?
Voulez-vous que les humains s’unissent pour lutter contre le changement climatique ?
Êtes-vous satisfait(e) des institutions politiques de votre pays ?
Êtes-vous satisfait(e) des institutions politiques mondiales ?
Êtes-vous satisfait(e) de la façon dont est gouverné votre pays ?
Êtes-vous prêt(e) à apprécier un individu de n’importe quelle nationalité ?
Êtes-vous prêt(e) à apprécier un individu de n’importe quelle couleur de peau ?
Êtes-vous prêt(e) à apprécier un individu de n’importe quelle religion ?
Êtes-vous prêt(e) à apprécier un individu de n’importe quelle croyance politique ?
Ressentez-vous une aversion pour un groupe d’individus sur terre ?
Ressentez-vous de la gratitude envers la société ?
Est-ce que la société a fait pour vous plus que vous n’en avez fait pour les autres ?
Est-ce que vous avez le sentiment que la société fait attention à vous ?
Pensez-vous qu’il est important d’augmenter le PIB ?
Croyez-vous que votre conscience perdurera après votre mort ?
Pensez-vous, comme moi, que tout est lié ? ? Le comme moi apparaît ou non, aléatoirement : cette question sert à mesurer l’influence des sondeurs sur les sondés
Pensez-vous que les humains devraient être moins jaloux ?
Pensez-vous que les gens se plaignent trop ?
Pensez-vous que les gens ne se plaignent pas assez ?
Avez-vous aimé l’école ?
Vous sentez-vous exclu(e) par la société ?
Êtes-vous particulièrement attiré(e) par l'argent et le luxe ?
Avez-vous envie d’agir pour améliorer le sort de l’humanité ?
Préférez-vous diriger ou être dirigé(e) ?
Si vous aviez les moyens nécessaires, quels problèmes concernant tout le monde souhaiteriez-vous résoudre en priorité ?
Si vous pouviez changer une chose dans le monde, qu’est-ce que ce serait ?
Êtes-vous contre la guerre ?
Pensez-vous que la guerre est nécessaire pour régler certains conflits difficiles ?
Êtes-vous favorable à l’esclavage ?
Croyez-vous que la parole est performative ?
Que pensez-vous des nouvelles technologies ?
Que pensez-vous du progrès technique ?
Que pensez-vous du monde occidental ?
Quel est selon vous la meilleure règle de vie commune : interdire ou autoriser aux gens de mettre leurs pieds sur la banquette dans les transports ?

Sexualité :

 
Pensez-vous qu’on devrait faire l’amour plus souvent et avec plus de gens ?
À quand remonte votre dernier rêve érotique ?
À quand remonte votre dernière relation sexuelle ?
À quand remonte votre dernière masturbation ?
À quand remonte la dernière fois que vous avez vu un film pornographique ?
À quand remonte votre dernier orgasme ?
Est-ce important que votre partenaire jouisse quand vous couchez avec quelqu’un ?
Aimeriez-vous faire l’amour tous les jours ?
Avez-vous des fantasmes irréalisés ?
Préférez-vous faire l’amour dans le noir, à la lumière ou dans la pénombre ?
Êtes-vous un bon coup ?
Refuseriez-vous tout plan à trois ?
Avez-vous envie de faire un plan à trois ?
Avez-vous déjà fait un plan à trois ?
Refuseriez-vous toute partouze ?
Avez-vous déjà eu des pratiques homosexuelles ?
À quelle fréquence êtes-vous spontanément en train de bander ou mouiller ? (sans stimulation tactile ou visuelle)
Quelle est votre orientation sexuelle ?
Combien de partenaires sexuels avez-vous eu au cours de votre vie ?
Les femmes prennent-elles plus de plaisir sexuel que les hommes ?
Les femmes prennent-elles plus de plaisir sexuel que les hommes lorsqu’elles ont un orgasme ?
Êtes-vous gêné(e) par la nudité des autres ?
Pratiquez-vous la sodomie ?
Avez-vous déjà couché avec un(e) inconnu(e) ?

Êtes-vous adjectif ? Êtes-vous plus, moins, ou aussi adjectif que votre entourage ?

 
Adjectifs : beau/belle, satisfait de votre vie sexuelle, joyeux/se, triste, apathique, empathique, sympathique, timide, expansif/ve, antipathique, bleu(e), calculateur/trice, bon(ne) en maths, drôle, bon danseur/bonne danseuse, fantaisiste, superficiel(le), hypocrite, ironique, complexe, critique, poète, paresseux/se, paranoïaque, excentrique, plausible, obèse, énervé(e), superstitieux/se, perfectionniste, anorexique, angoissé(e), maniaque, fatigué(e), psychotique, pervers(e), sensible, sensible à l'art, libre, hystérique, holiste, satisfait(e) de votre vie sentimentale, fou/folle, jaloux/se, sage, quelqu’un qui a compris toutes les questions, dans l'excès, prudent(e), torturé(e), honnête, sérieux/se, paisible, gentil(le), souvent sujet(te) à un sentiment d'insécurité, optimiste, optimiste relativement à votre avenir, optimiste relativement à l'avenir de votre entourage, optimiste relativement à l'avenir de la planète, scientifique, mélancolique, maussade, fier/fière, frustré(e), découragé(e), déprimé(e), stressé(e), soucieux/se, sportif/ve ?

Pour le tiers-monde : questions réservées aux personnes pauvres

 
Est-ce que vous vous sentez en sécurité ?
Si non, voulez-vous qu’on vous garantisse une sécurité ?
Si oui, comment vous garantir une sécurité ?
Avez-vous accès à l’eau potable quand vous le souhaitez ?
Si non, voulez-vous qu’on vous garantisse l’accès à l’eau potable quand vous le souhaitez ?
Avez-vous accès à la nourriture quand vous le souhaitez ?
Si non, voulez-vous qu’on vous garantisse l’accès à la nourriture quand vous le souhaitez ?
Si oui, quelle nourriture voulez-vous ?
Avez-vous accès aux soins ?
Si non, voulez-vous qu’on vous garantisse l’accès aux soins ?
Si oui, comment voyez-vous ces soins ?
Avez-vous (vous et votre entourage) accès à l’éducation ?
Si non, voulez-vous qu’on vous garantisse l’accès à l’éducation ?
Si oui, que voulez-vous apprendre ou qu’on apprenne à votre entourage ?
Avez-vous accès à l’électricité ?
Si non, voulez-vous qu’on vous garantisse l’accès à l’électricité ?
Avez-vous un logement ?
Si non, voulez-vous qu’on vous procure un logement ?
Si oui, où ça ? De quelle taille ?
Avez-vous un lit personnel ?
Si non, en voulez-vous un ?
Avez-vous une chambre personnelle ?
Si non, en voulez-vous une ?
Avez-vous un téléphone ?
Si non, en voulez-vous un ?
Avez-vous accès à des toilettes ?
Si non, voulez-vous des toilettes ?

Fin :

 
À quel pourcentage de questions de ce questionnaire avez-vous répondu différemment que si on vous avait posé ce questionnaire un autre jour ?
À quel pourcentage de questions de ce questionnaire avez-vous répondu différemment que si on vous avait posé ce questionnaire une autre année ?
Avez-vous menti durant ce questionnaire ?
Est-ce que certaines questions de ce questionnaire vous ont choquées ?
Si oui, sont-ce celles sur la sexualité ?
Est-ce que vous approuvez la démarche de ce questionnaire ?
Que pensez-vous de ce questionnaire ?
Voulez-vous bien qu'on vous repose un questionnaire plus tard ?
Quelle question avez-vous préféré dans ce questionnaire ?
Écrivez ce que vous voulez ici (en particulier vos remarques concernant le questionnaire ou les questions que vous aimeriez rajouter au questionnaire).

L’exploitation des résultats

Outre l’étude des questions en gras que j’ai déjà évoquée, il y a de nombreuses informations que ce questionnaire permet d’obtenir : la corrélation entre les revenus et la satisfaction du revenu ; les métiers qui font souffrir ; la corrélation entre un aspect de la personnalité (caractérisé par un adjectif) et le revenu, ou entre la corrélation entre la date de dernière relation sexuelle et le fait d’avoir été souvent moqué ou admiré, par exemple. Mais ce que je voudrais faire si ce questionnaire est posé à l’humanité – de même c’est ce que je voudrais faire sur n’importe quelle enquête – c’est étudier systématiquement toutes les corrélations entre variables. Un ordinateur peut faire ce calcul facilement. Il s’agit, pour chaque combinaison de réponses à des variables, d’en étudier la corrélation. Par exemple, quelle proportion de personnes ayant répondu A à Q1 répondent C à Q3 ? L’exemple que je viens de donner est une combinaison faisant intervenir seulement deux variables (Q1-A et Q3-C), mais on peut imaginer n’importe quelle combinaison de variables : quelle proportion de personnes ayant répondu A ou B à Q1 répondent C à Q3 ?, est une combinaison avec trois variables, par exemple. L’étude systématique de ces corrélations nous confirmerait beaucoup d’intuitions, mais peut-être également découvririons-nous des corrélations insoupçonnées.

J’ai déjà fait tourner un algorithme qui étudie toutes les corrélations entre deux variables sur toutes les questions du WVS, et voici les quelques résultats obtenus :

-          les gens qui répondent 10/10 à la question : à quel point Dieu est-il important dans votre vie ? sont 70% à répondre 10/10 à la satisfaction de leur vie (la question Q2 du chapitre précédent)

-          la plupart des corrélations se font au niveau des pays (i.e. plus de 70% des sondés du pays A ont répondu B), ce qui montre que l’analyse du monde pays par pays reste pertinente.

-          certaines variables permettent de séparer les pays en groupes (ceux ayant répondu oui à plus de 70% et ceux ayant répondu non à plus de 70% à la même question, par exemple), qui sont généralement intuitifs

-          Hong-Kong a quelques résultats surprenants, par exemple 85% des sondés de ce pays disent que la tolérance et le respect des autres n’est pas une valeur importante à transmettre à un enfant (contre 70% des gens dans le monde qui pensent que c'est important)

Une logique commune

Je décris une logique différente de la logique canonique des mathématiques, où l’ensemble des théorèmes de la théorie varie en fonction du temps. Je la compare ensuite au logiciel de gestion de versions git et explique que cette logique semble plus fidèle au raisonnement humain qu’une logique régissant des théories statiques

I hope someday you'll join us
And the world will be as one
John Lennon

Cette partie est la preuve que ce livre est un ramassis de toutes les idées que j’ai commises depuis deux/trois ans, sans véritable fil conducteur. Dans le premier chapitre je présenterai une idée qui n’a d’intérêt pour personne, les épistémologues connaissant des travaux bien plus avancés sur ces questions, et les autres s’en fichant royalement. Je le fais figurer quand même parce que j’aime bien m’exhiber, et parce que le sujet dont je traite, une logique temporelle différente de la logique classique (hégémonique en mathématiques), est analogue à la logique employée dans le sujet du deuxième chapitre : l’axiométhique. L’axiométhique est une méthode que j’ai imaginée pour élaborer collectivement une pensée politique cohérente, et on peut représenter la pensée créée comme l’ensemble des théorèmes de la logique temporelle du premier chapitre. Enfin, le troisième chapitre n’a rien à voir mais il fallait bien le caser dans une partie de ce livre, alors je l’ai mis là parce que, comme l’axiométhique, l’idée de We Give the 99 percents ne peut fonctionner que de façon virale, si les gens se mettent à adhérer au mouvement. Et dans les deux cas, l’ambition ultime est de rassembler les humains autour d’une éthique, d’une logique commune.

Une logique dans l’ère du temps

Git est un logiciel de gestion des versions d’un document, largement utilisé par la communauté des développeurs quand ils conçoivent un document (comprendre : un logiciel) en commun. Le graphe ci-dessous schématise les différentes versions d’un document géré par git : chaque nœud du graphe correspond à une version du document. On repère aisément les fork, c’est-à-dire les nœuds ayant évolué en deux versions distinctes.

Quelque chose qui me frustre dans les mathématiques actuelles, c'est leur statisme : toujours les mêmes théorèmes, toujours les mêmes raisonnements, les mêmes lois. C'est très beau. Je ne suis pas sûr que le monde fonctionne comme ça. Et si les lois de l'univers étaient mouvantes ? La mathématique dans son intangibilité pourrait-elle en rendre compte ? Prenons l'exemple de l'économie. Imaginons qu'on arrive à construire un modèle mathématique rendant bien compte de son fonctionnement. Les humains changeraient leur attitude économique pour profiter du modèle : les lois économiques changeraient, il faudrait un nouveau modèle. (Ou bien un modèle qui prenne en compte sa propre influence en tant que modèle, sur la réalité économique, mais ce n'est pas la voie que je choisis de développer.)

Est-ce qu'on ne pourrait pas adopter un autre système logique, qui autorise les théories à évoluer ? Si on assimilait les théorèmes à des lois économiques, cela pourrait rendre compte de l'économie. Par exemple, on pourrait rajouter un méta-axiome temporel qui dirait « la théorie est cohérente », on n'aurait plus besoin de vérifier la cohérence des axiomes entre eux, puisque cette cohérence serait présupposée. Cela n’empêcherait pas un opérateur de démontrer la contradiction, si les axiomes initiaux sont effectivement incohérents. Mais quand une contradiction serait détectée dans la théorie, l’opérateur éliminerait de la théorie certains théorèmes pour éradiquer la contradiction.

Dit plus simplement, si à partir de n théorèmes t1,…,tn on démontre la contradiction, alors on doit enlever au moins un de ces n théorèmes pour que la théorie reste cohérente (jusqu’à preuve du contraire). On doit alors choisir quel théorème enlever de notre théorie. Une méthode simple pour ne pas avoir à choisir (afin qu’une machine puisse le faire) est de retirer le théorème établi en premier chronologiquement (ou en dernier, selon qu’on préfère la nouveauté ou la tradition) ; au contraire, le choix du (ou des) théorème(s) à exclure peut être celui d’un humain. On en arriverait éventuellement à vider la théorie de ses axiomes initiaux, voire de tous ses théorèmes : ce serait la mort de la théorie, la victoire de la contradiction, de l’entropie.

On pourrait très bien continuer à développer la théorie sans se soucier d’enlever les contradictions, comme si on ne s’intéressait finalement qu’à la seule démonstration en cours, forcément cohérente si elle est prise sans la comparer au passé, comme si on se baladait aléatoirement dans les énoncés, mais il n’y a pas vraiment d’intérêt à démontrer quelque chose quand on est sûr de pouvoir y parvenir (à l’aide de la contradiction). À l’inverse, on pourrait épurer la théorie encore plus lors de la rencontre d’une contradiction, pour la rendre « encore plus cohérente ». Imaginons que la contradiction nous amène à enlever t de la théorie. On pourrait, avec t, enlever tous ses descendants et/ou tous ses ascendants, où les ascendants de t sont les théorèmes qui ont servi à le démontrer et ses descendants sont les théorèmes dont la preuve formelle fait intervenir t. (Enlever seulement les ascendants reviendrait à décréter vrai, i.e. poser comme axiomes, une partie des théorèmes issus de t. Dans tous les autres cas, on ne rajouterait pas d’axiomes à la théorie.)

L’affrontement entre deux opérateurs indépendants qui développent chacun une histoire de la théorie à partir des mêmes axiomes initiaux, dont l’une prouverait t et l’autre la négation de t, pourrait se résoudre de deux façons : soit les deux opérateurs continuent de prouver des théorèmes indépendamment l’un de l’autre, soit ils se mettent d’accord et choisissent de maintenir t plutôt que non-t dans la théorie (ou l’inverse), ce qui implique qu’un des deux opérateurs doit épurer sa théorie des incohérences, tendance destructrice mue par le désir que la théorie tende vers la cohérence.

Cette logique temporelle44, même si on peut en théorie la faire tourner sur des ordinateurs avec les axiomes de ZFC (les énoncés de base de la mathématique actuelle, décrétés vrais) comme point de départ, ne nous permettrait sans doute pas de découvrir de nouveau théorème intéressant – en effet, ce qui intéresse les mathématiciens n’est pas de trouver n’importe quel théorème, mais de trouver des théorèmes qui s’insèrent dans une théorie existante, faisant le lien entre des structures et des objets connus. Cette logique, si elle ne sert pas aux mathématiciens, n’en est pas moins intéressante intellectuellement et épistémologiquement. En effet, sa forme ressemble au raisonnement humain ou aux lois humaines : un corpus d’idées et de règles en vigueur chez un opérateur à une date donnée, mais évoluant avec le temps au gré des rencontres avec d’autres corpus d’opérateurs voisins, selon des règles de déductions logiques et de sélection, qui elles sont immuables.

Aussi, cette logique temporelle n’est-elle que l’expression mathématique de cette forme qu’on retrouve ailleurs : en premier lieu en informatique, avec git. Git est un logiciel de gestion des versions d’un document, largement utilisé par la communauté des développeurs quand ils conçoivent un document (comprendre : un logiciel) en commun. Or git a beaucoup de similarités avec la logique décrite ci-dessus. Le graphe ci-dessous schématise les différentes versions d’un document géré par git : chaque nœud du graphe correspond à une version du document. On repère aisément les fork, c’est-à-dire les nœuds ayant évolué en deux versions distinctes. Ce schéma pourrait très bien représenter l’évolution d’une théorie dans la logique décrite ci-dessus : chaque nœud représentant la théorie en un lieu et un moment donnés, le nœud le plus à gauche correspondant à l’ensemble des axiomes initiaux. Une fork correspond alors à deux choix différents d’évolution de la théorie : démonstration ou suppression de théorèmes différents. Sur ce schéma, les versions convergent vers un même document (ce qui est utile quand on veut lancer le logiciel qu’on a créé !), ou dit autrement, les théories se rassemblent en une théorie cohérente. Ceci dit, on peut imaginer n’importe quelle évolution et on aurait pu avoir un graphe qui ressemble à un arbre plutôt qu’à un bateau.

L’utilisation de git pour construire un programme politique pourrait s’avérer extrêmement efficace, chacun pouvant approfondir le programme dans la direction qu’il souhaite avant de le soumettre à la discussion, et les programmes pouvant se fondre ou se séparer, entièrement ou partiellement, au gré des accords et des désaccords. En outre, schématiser les raisonnements politiques de la sorte clarifierait grandement des cheminements de pensée complexes.

Dans le chapitre suivant, je vais présenter ma tentative d’élaborer un programme politique selon la logique que je viens de présenter : l’axiométhique. Nous nous efforçons d’élaborer l’axiométhique en étant unis, c’est-à-dire sans fork, mais on peut très bien imaginer qu’à l’avenir ce projet migre sur git et gère une arborescence de propositions. Pour unifier les différents embranchements de la théorie, nous aurons alors besoin d’établir leur compatibilité. Ainsi, on devrait intégrer dans à chaque nœud du schéma des embranchements de la théorie, la liste des incompatibilités connues avec les autres nœuds.

L’utilisation de git pour construire un programme politique pourrait s’avérer extrêmement efficace, chacun pouvant approfondir le programme dans la direction qu’il souhaite avant de le soumettre à la discussion, et les programmes pouvant se fondre ou se séparer, entièrement ou partiellement, au gré des accords et des désaccords. En outre, schématiser les raisonnements politiques de la sorte clarifierait grandement des cheminements de pensée complexes. J’évoque ici la politique, mais un tel système pourrait évidemment être mis à profit pour tout ce qui s’apparente à cette forme en branchements et débranchements : représentation des théories économiques, des groupes d’amis, des mutations d’une bactérie, etc.

L’axiométhique

Je présente un processus d’écriture collective d’un programme politique qui est censé permettre de recueillir un consensus. En voici les principales règles, suivie du premier texte élaboré d’après cette méthode :

Une méthode pour élaborer un programme politique consensuel

L’axiométhique est une tentative pour créer une pensée politique claire et un programme politique auquel on peut adhérer totalement. Voici une formulation possible des règles de cette méthode d’élaboration d’une pensée collective :

Je trouve que la mathématique est la chose la plus belle que l’humain ait conçue : c’est un langage qui recouvre une infinité de facettes, des plus connues aux inexplorées, qui est incontournable pour appréhender notre monde et pour agir sur lui, qui offre des formules permettant d’extraire d’un raisonnement ce dont on a réellement besoin pour une application concrète, qui est beau dans sa richesse de formes et de développements tous reliés par une unité logique, mais surtout, qui est le produit d’une collaboration millénaire entre humains que chacun peut nourrir de son imagination et de son travail, tant qu’il est démontré et ainsi reconnu par la communauté. C’est un immense corpus de théorèmes, objets et schémas de pensée, tous vrais, que les mathématiciens ont mis, gratuitement, à la disposition de notre espèce. Ce que j’entends par vrai, c’est cette propriété fantastique, qu’on rêverait à étendre à toute la pensée humaine : tout le monde est d’accord. Alors me diras-tu, c’est le propre des mathématiques de fournir des propositions sur lesquelles tout le monde s’accorde (du moins tous ceux qui prenne le temps de les comprendre), et ça n’est possible que parce que les propositions mathématiques sont on ne peut plus neutres, en ce qu’elles sont des énoncés purement logiques. À l’inverse, des propositions qui soulèvent un enjeu, qui impliquent des émotions, qui concernent les humains, sont par nature forcément discutables, car les différents angles employés pour traiter un problème humain ne sont pas nécessairement compatibles, et c’est la raison pour laquelle en politique les gens s’étripent. Pourtant, j’ai le sentiment que sur certains points en politique, nous sommes d’accord sur l’objectif (souvent car nous avons un intérêt commun), mais n’arrivons pas à mettre facilement au jour des propositions concrètes et constructives, par manque de méthode. À l’inverse, parfois nous pouvons débattre d’un sujet pendant des heures avec un contradicteur et ne comprendre que trop tard que nous ne pouvons pas nous accorder car nous ne partons pas des mêmes prémices. Pour ces raisons, je pense que pour produire efficacement notre pensée et notre programme politique, nous ne devrions pas discuter politique comme on discute football, mais adopter des méthodes adaptées pour accoucher d’un discours cohérent et de propositions précises. L’axiométhique est une tentative pour créer une telle méthode, qui s’inspire de la méthode axiomatique, c’est-à-dire du raisonnement logique qui a démontré son succès dans les mathématiques. L’axiométhique est une tentative pour créer une pensée politique claire et un programme politique auquel on peut adhérer totalement. Voici une formulation possible des règles de cette méthode d’élaboration d’une pensée collective :

Tout le monde est bienvenu à participer à l’axiométhique.

Chaque personne présente peut prendre la parole pour dire ce que bon lui semble. En particulier, chaque personne présente peut proposer de rajouter, de modifier ou de supprimer un élément à notre texte. À l’issue d’une proposition, on procède à un vote : si l’ensemble des personnes présentes approuve la proposition, elle est adoptée et le texte est complété.

On se donne un président de séance, choisi aléatoirement parmi les volontaires présents, dont le rôle est d’attribuer la parole aux différents intervenants. On se donne un secrétaire dont le rôle est d’écrire le texte sur lequel on se sera accordé.

Chaque personne présente peut prendre la parole pour dire ce que bon lui semble. En particulier, chaque personne présente peut proposer de rajouter, de modifier ou de supprimer un élément à notre texte. À l’issue d’une proposition, on procède à un vote : si l’ensemble des personnes présentes approuve la proposition, elle est adoptée et le texte est complété.

Pour modifier les présentes règles, les deux-tiers des personnes présentes doivent approuver la proposition de modification.

Chaque paragraphe du texte relève d’une catégorie précise et est numéroté :

-          Axiome (A.) : principe fondateur de notre éthique politique

-          Définition (D.) : clarification d’un concept

-          Loi (L.) : principe démontré à partir d’axiomes et/ou de lois antérieures et définissant notre programme et notre théorie

-          Constat (C.) : observation du monde, servant dans la démonstration d’une loi

-          Exemple (E.) : description concrète permettant d’illustrer un raisonnement abstrait

-          Hypothèse (H.) : supposition considérée comme vraie dans l’attente d’une démonstration scientifique ou d’une observation ultérieure la confirmant ou l’infirmant, permettant d’explorer une piste de recherche.

Ce à quoi on peut ajouter les commentaires explicatifs du texte (en effet, le texte est parfois ardu et mérite qu’on explique comment l’interpréter), qui eux ne font pas partie intégrante du texte et ne sont donc pas soumis au vote à l’unanimité.

Comme vous le constatez, l’axiométhique revêt donc certains aspects d’un cours de mathématiques (démonstration des lois, axiomatisation du raisonnement, présence de définitions et d’exemples) mais apporte également une dimension démocratique absente d’un cours de mathématiques : à chaque étape, on vérifie que tout le monde est d’accord, a compris la loi et sa démonstration. Ainsi, les lois de l’axiométhique auront une légitimité logique et unanime.

Je ne prétends pas que l’axiométhique permettra de mettre tous les humains d’accord sur la politique. Pour autant, l’axiométhique est un pari que j’ai envie de pousser, nous verrons bien si cela est concluant.

Comme tu le constates, l’axiométhique revêt donc certains aspects d’un cours de mathématiques (démonstration des lois, axiomatisation du raisonnement, présence de définitions et d’exemples) mais apporte également une dimension démocratique absente d’un cours de mathématiques : à chaque étape, on vérifie que tout le monde est d’accord, a compris la loi et sa démonstration. En outre, il n’y a pas un professeur et des élèves, mais chacun peut contribuer à part égale au texte. En mathématiques on ne requiert pas l’adhésion de toute la classe aux théorèmes car d’illustres mathématiciens les ont démontrés, donc si un élève n’est pas d’accord avec le théorème, c’est qu’il a tort (d’ailleurs cette méthode pédagogique est contestable : n’est-ce pas le professeur qui a tort de croire que le théorème était évident ou la démonstration limpide ?) ; en politique, chacun a la légitimité de s’opposer à une proposition, et la vérité n’émerge que de l’unanimité. Ceci dit, de même qu’en mathématiques, certaines propositions (ou axiomes) nous paraissent évidentes (ou unanimes), et nous pouvons nous en servir comme points de départ pour démontrer des propositions secondaires, qui permettront d’agir concrètement sur notre monde, et pour lesquelles nous n’aurions pas été d’accord immédiatement : la démonstration nous aura permis de comprendre que nous adhérons à l’idée. Ainsi, la vérité émerge de l’unanimité, qui peut être suscitée par une démonstration logique. Et si quelqu’un s’oppose à une loi pourtant démontrée à partir d’axiomes et/ou de lois qu’il aura au préalable approuvés, il devra expliquer en quoi la démonstration est erronée. Ainsi, les lois de l’axiométhique auront une légitimité logique et unanime.

Je ne prétends pas que l’axiométhique permettra de mettre tous les humains d’accord sur la politique. Mais je propose d’essayer cette méthode pour élaborer des programmes politiques entre personnes qui s’accordent sur des principes de base, ce qui permettrait d’éviter que les programmes politiques soient incohérents économiquement ou idéologiquement – la cohérence d’une action politique est importante car sans cohérence, l’action est inefficace : elle défait d’un côté ce qu’elle construit de l’autre. Aussi, je suis bien conscient des limites de la méthode axiométhique, et notamment de l’unanimité. Pour autant, l’axiométhique est un pari que j’ai envie de pousser, nous verrons bien si cela est concluant. Pour la petite histoire, j’ai imaginé l’axiométhique à la veille de mes concours et à la veille de l’élection présidentielle, en 2012. Je prenais alors beaucoup de plaisir à discuter politique avec mes camarades de prépa, des matheux qui pour la plupart méprisent la politique, car ils la trouvent – à juste titre – confuse et corrompue. Nos discussions étaient intéressantes, et en dépit d’un manque de culture politique, leur esprit logique m’a fait vaciller sur mes positions. J’avais besoin de fonder ma pensée politique sur des bases solides, logiques et claires, et j’avais envie que les esprits intelligents de mes camarades s’emploient dans leur vie à réfléchir à la politique plutôt qu’aux mathématiques, champ neutre qui n’a pas vocation à faire le bonheur des humains. En effet, ces matheux, étant désintéressés de la politique et très logiques, n’ont souvent pas les préjugés du café du commerce, et j’en suis sûr, seraient de très bons ingénieurs sociaux, si on leur présentait la politique comme un problème logique avec des hypothèses éthiques à respecter. C’est donc tant pour intéresser mes camarades à la politique (leur montrer qu’une politique cohérente existe), pour me donner une pensée politique fiable, et pour apporter un programme solide au débat national, que j’ai créé le club l’axiométhique. Avant de reproduire la version actuelle du texte éponyme, je vais dans un souci d’honnêteté indiquer les défauts inhérents à la méthode.

Nous avons conscience que chaque humain a des informations et des idées à apporter à la communauté pour que celle-ci prenne la meilleure décision pour tous. De plus, nous croyons que les ressentis de chacun ont une légitimité égale dans le débat, et c’est pour cela que nous désirons vivre dans une démocratie. Mais voilà, il n’y a pas de régime entièrement démocratique ou de régime entièrement anti-démocratique : il y a un continuum entre les deux. Pour atteindre le plus de démocratie possible, il nous faut sans cesse améliorer notre processus de prise de décision. Sur le plan théorique, le processus idéal est-il l’unanimité ? Je répondrais oui, dans un premier temps, avant de montrer que ce n’est pas si simple. A priori, oui, l’unanimité est le meilleur processus possible en ce qu’il garantit que chacun est d’accord avec la décision prise : comment pourrait-on faire mieux ? Évidemment, l’unanimité n’est pas possible sur tous les sujets, donc il faudra prévoir des prises de décision par d’autres processus (la majorité par exemple, ou le tirage au sort), mais quand elle est possible, l’unanimité semble la meilleure voie pour prendre une décision. D’où le choix de l’unanimité dans l’axiométhique, qui garantit en outre qu’on ne perd pas des soutiens à mesure qu’on approfondit notre programme. En réalité, même du point de vue théorique, l’unanimité n’est pas forcément la meilleure solution. Elle le serait si pour toute proposition on avait un choix binaire à effectuer : j’adhère / je m’oppose. Mais ça ne marche plus quand il y a un continuum entre l’adhésion et l’opposition à une proposition, qu’on peut quantifier sur une échelle de 1 à 10 par exemple, l’adhésion correspondant aux notes supérieures à 6, l’opposition aux notes inférieures à 5. On peut imaginer une situation où une proposition rassemble l’unanimité, mais avec de fortes réserves (la plupart des votants donnant 6 ou 7 à la proposition de réforme, car ils la trouvent mieux que la situation actuelle, mais pas parfaite), alors que la proposition concurrente soulève une large adhésion complète (de personnes donnant 10) mais avec une petite minorité de mécontents, qui bloquent la décision. Ainsi, les propositions les plus modérées auront tendance à être choisies, alors que parfois nous avons besoin d’évolutions drastiques. Heureusement, l’axiométhique démontre ses lois, et empêche moralement les participants d’être de mauvaise foi et de défendre leur intérêt contre des axiomes qu’ils ont auparavant acceptés, ce qui permet d’adopter malgré tout des propositions ambitieuses. Le deuxième problème de l’axiométhique est qu’elle se prétend cohérente, alors qu’elle ne peut pas l’être, pour des raisons inhérentes au langage (qui n’est pas purement formel) : chaque terme ne peut pas être défini de façon parfaitement précise, de même que chaque loi ne peut pas être interprétée de façon totalement univoque. Aussi, je crois métaphysiquement que la contradiction est en toute chose, et je pourrais étayer cette idée dans un livre à part entière, ce n’est pas le propos ici. Au moins, l’axiométhique sera-t-il plus cohérent que les théories politiques et les lois en vigueur. Enfin, et c’est le plus gros problème : l’axiométhique se veut humaniste, et cherche à fonder un programme pour l’humanité, en se basant sur les intérêts communs à tous les humains, sans tomber dans le brouhaha politique habituel ; mais jusqu’à présent, nous sommes trop peu nombreux, et trop peu représentatifs, pour prétendre que l’axiométhique mette d’accord la plupart des humains.

Le premier texte produit par la méthode axiométhique

Entre octobre 2013 et janvier 2014, j’ai animé chaque semaine un club d’axiométhique dans mon école. Étant trop peu sur la fin, faute de communication peut-être, nous avons décidé de mettre fin à l’expérience car le texte que nous aurions pu produire n’aurait pas du tout été représentatif de la pensée humaine. J’espère trouver d’autres gens motivés pour reprendre la tentative l’an prochain (le mieux serait d’avoir des personnes du monde entier par vidéo-conférence, ou au moins différents âges et milieux sociaux représentés), et t’invite chaleureusement à participer (contacte-moi si tu es intéressé : fabre.adrien@hotmail.fr, ou like la page facebook). Ci-dessous j’ai reproduit le texte que nous avons écrit collectivement.

L’axiométhique




Le texte en gras constitue l’axiométhique proprement dite : chaque terme a été adopté à l’unanimité des membres présents lors d’une de nos séances. Des astérisques apparaissent à la fin des mots définis dans le texte. Le texte en italique constitue un commentaire explicatif du texte écrit par Adrien Fabre (il sera éventuellement « rendu gras » plus tard).

 

C.0 (Condition d'existence et reliance fondamentale) Homo sapiens est un animal terrien et terrestre. Son existence dépend étroitement des équilibres de la biosphère terrestre qui est actuellement son seul milieu de vie durable. Les devenirs des humains sont interdépendants et interdépendants avec celui de la biosphère.

 

Considérant que nous vivons en présence d’autres humains, afin d’assurer le bien-être de chacun d’entre nous et de maintenir des relations pacifiques plutôt que belliqueuses, nous nous accordons sur les principes suivants :

 

A.1 (principe humaniste) Nous* voulons que les humains s’assurent les conditions nécessaires au bien-être :

- bien-être physique (l’accès à l’eau potable*, à la nourriture*, aux soins*, à un environnement sain, à la sécurité*, au logement*)

- bien-être sociétal (l’accès à l’attention*, à une éducation*, à l’information*).

(…)

 

Le principe humaniste est le premier axiome que nous avons adopté, sans doute parce que c’est le plus profond. Trois principes majeurs sont par lui posés :

-          nous nous exprimons d’une même voix, « nous », partisans de l’axiométhique

-          « nous voulons (…) » est la façon la plus vraie que nous ayons pour exprimer notre engagement : nous sommes sûrs de notre volonté, et la portons comme principe fondateur de nos actions

-          nous défendons avant tous les humains et leur bien-être : nous sommes humanistes

Les conditions que nous avons unanimement trouvé nécessaires au bien-être sont celles énoncées entre parenthèses, donc nulle autre condition nécessaire au bien-être ne saurait être incluse dans le champ de cet axiome par un tiers. Cependant dans nos discussions, mention a été faite de la liberté de culte, de conscience, et de circulation, et il est possible que ces libertés soient bientôt rajoutées dans les conditions nécessaires au bien-être. Par ailleurs, le bien-être en tant que tel est subjectif et nous ne prétendons pas définir le bien-être d’un humain, lui seul peut le faire.

Il reste un travail de grande importance à faire autour de cet axiome : la définition précise des termes énoncés entre parenthèses. Par exemple, si nous reconnaissons qu’il est essentiel que soit garantie une éducation pour tous, cette éducation comprendra à la fois des éléments communs à tous ainsi qu’une grande diversité dans les enseignements suivant les régions et les cultures. Nous avons choisi d’adopter cet axiome avant même d’avoir rigoureusement les termes car nous avons confiance dans notre capacité à trouver un accord sur ces définitions, et croyons fermement au principe humaniste.

 

D.1 Nous : ceux qui partagent les valeurs de l’axiométhique.

 

Les « valeurs » de l’axiométhique sont tant les propositions du texte, en particulier les axiomes et les lois en découlant, que l’esprit de concertation et la méthode employés pour écrire le texte.

 

D.2 Fonctionnement : action ou état.

 

« Fonctionner » signifie, selon le contexte, « accomplir une action » ou « être dans un état ».

 

A.2 (principe d’équité) Nous voulons n'avoir que des fonctionnements qui servent l'axiométhique ou qui n'entraveraient pas l'axiométhique si tous ceux qui voudraient fonctionner de la même façon le faisaient (ou tentaient de le faire).

 

Cet axiome a été adopté pour empêcher les comportements opportunistes. Le plus simple pour expliquer cet axiome que la formulation rend difficile à comprendre est de l’illustrer par des exemples :

E.1 (justification de la première condition) Imaginons qu’on ait démontré que si tous ceux qui voudraient (réaliser l’action) « vivre avec le confort moyen d’un occidental (dans le système productif actuel) » le faisaient, l’accès des humains à un environnement sain serait impossible. Imaginons qu’on ait aussi démontré que cette action (« vivre avec le confort moyen d’un occidental (dans le système productif actuel) ») ne sert pas à appliquer l’axiométhique (ces deux hypothèses sont réalistes). Alors le principe d’équité affirme que nous ne voulons pas accomplir cette action : nous nous refusons un tel niveau de vie si on prend conscience que tous ceux qui souhaiteraient un tel niveau de vie ne pourraient pas en bénéficier sans compromettre l’axiométhique. En effet, cette action ne sert pas à appliquer l’axiométhique et si tous ceux qui voudraient faire cette action la faisaient, nous ne pourrions plus être en accord avec l’axiométhique.

E.2 (justification de « qui servent l’axiométhique ») Imaginons que tous les humains voudraient être agriculteurs. Si tous ceux qui voudraient être agriculteurs le faisaient, cela entraverait l’axiométhique car, par exemple, il n’y aurait pas de médecin pour assurer les soins. Donc sans la mention « qui servent l’axiométhique », on s’interdirait d’être agriculteur.

Il est utile à ce stade de se prémunir contre une erreur d’interprétation possible de cet axiome : imaginons qu’on ait démontré que ça ne sert pas à l’axiométhique d’être vendeur de chewing-gum, et que tous les humains veulent être vendeurs de chewing-gum (je t’invite à trouver un meilleur exemple XD). On pourrait croire que cet axiome nous interdit d’être vendeur de chewing-gum, grâce à l’argument : « si tous ceux qui le voudraient étaient vendeurs de chewing-gum, on ne pourrait plus être en accord avec l’axiométhique : on manquerait d’agriculteurs pour nous nourrir par exemple ». Cet argument ne tient pas car on peut à la fois être vendeur de chewing-gum et agriculteur : ce que cet axiome nous interdit c’est de nous consacrer exclusivement à la vente de chewing-gum : cette activité n’apporte rien à l’axiométhique, il faudra donc aider l’axiométhique d’une autre façon.

Tandis que le principe humaniste nous conduira à adopter des lois organisant les importants chantiers que sont l’accès à tous les humains à la nourriture, au logement, aux soins, etc., le principe de symétrie (associé à l’accès à l’attention défendu par le principe humaniste) nous conduire à veiller à ce que soit pris en compte les volontés des humains et à proposer des solutions logistiques pour ce faire. Si nous ne pouvons en pratique pas faire des sondages mondiaux sur tous les sujets, ce qui se passera certainement en pratique est que lorsque des humains protesteront qu’ils voudraient accomplir telle action mais qu’ils ne le peuvent pas pour une des deux raisons énoncées dans l’axiome A.2., ceux qui partagent les valeurs de l’axiométhique et accomplissent cette action arrêteront de le faire.

 

A.3 (Consensus) Nous voulons que tous les humains conscients partagent les valeurs de l’axiométhique, qui ne saurait se poser comme vérité indépassable.

 

Ça ne veut pas dire qu'on veut que tout le monde adopte notre éthique actuelle, ça veut dire qu'on veut que tout le monde partagent une même éthique, pour une meilleure entente collective. Ainsi, si quelqu'un est en désaccord avec l'axiométhique, c'est autant à l'axiométhique de changer qu'à la personne en désaccord. Les valeurs de l'axiométhique ne comprennent pas seulement celles issues du texte, mais également les valeurs utilisées pour écrire le texte : le fait de requérir l'unanimité d'un ensemble d'humains quelconque, tout le monde étant le bienvenu à l'axiométhique.

 

D.3 Contraindre un humain : Produire ou reproduire un fonctionnement impliquant un humain alors qu'il ne le veut pas.

 

D.4 Léser un humain : Produire ou reproduire un fonctionnement qui réduit significativement le bien-être d'un humain.

 

A.4 (Liberté et non-discrimination) Nous ne voulons contraindre un humain que s’il nous empêche d’appliquer l’axiométhique, et dans ce cas-là nous cherchons à le contraindre le moins possible (nous le contraignons uniquement pour appliquer l’axiométhique).

Nous ne voulons pas léser un humain du fait de sa couleur de peau, de son sexe, de sa langue, de sa religion, de sa nationalité, de son orientation sexuelle, d'un handicap, d'une maladie, de son origine géographique, nationale ou sociale, de sa fortune ou de son ethnie.

(…)

 

Cet axiome garantit les libertés individuelles (liberté de circulation, liberté d’expression…) et interdit les discriminations.

Dans de nombreux cas conflictuels, cet axiome ne permet pas de juger de la situation. Par exemple, imaginons qu’Alice veuille sortir avec Bertrand mais que Bertrand ne veuille pas sortir avec Alice. Alors ils se contraignent mutuellement l’un l’autre (Bertrand contraint Alice parce qu’il reproduit l’état de séparation entre les deux s’ils ne sortent pas ensemble, Alice contraint Bertrand parce qu’elle produit l’action de sortir avec lui s’ils sortent ensemble). L’axiome peut être invoqué par les deux parties de façon contradictoire : ces deux invocations s’annihilent, et l’axiométhique ne résout pas ce conflit.

 

A.5 (fondation de la justice) Nous voulons que lorsqu’un humain se plaint du fait d’une réduction significative du bien-être d’un humain, une solution soit trouvée dès que c’est possible afin de réparer le tort causé et d’éviter qu’un évènement similaire ne se produise, tout en veillant à ce que les différentes solutions (correspondant aux différentes plaintes) soient compatibles entre elles et compatibles avec l’axiométhique.

(…)

 

A.6 Nous ne voulons pas provoquer la douleur physique d’un être vivant à part si cela est nécessaire à l’application de l’axiome A.1. Dans ce dernier cas, nous essayons de provoquer la moins grande douleur possible à conséquences égales.

 

C.1 Notre production de biens et services est déterminée par la répartition de l’ensemble de nos actions, du temps accordé à chacunes d’elles ainsi que par la technologie et les ressources disponibles.

 

D.5 Meurtre : action délibérée de tuer un humain sans sa demande univoque.

 

L.1 Nous ne commettons délibérément aucune action qui entrave les conditions nécessaires au bien-être et ne les fait pas progresser. En particulier, nous ne commettons pas le viol ou l'esclavage et évitons le plus possible de commettre le meurtre, la torture et la guerre.

 

Preuve : D’après A.1, nous voulons faire progresser les conditions nécessaires au bien-être (c’est-à-dire les assurer davantage), donc nous ne voulons pas commettre d’action qui les entrave sans les faire progresser davantage qu’elle ne les entrave. En particulier, le viol ou l’esclavage ne peuvent en aucun cas faire progresser les conditions nécessaires au bien-être, et constituent des atteintes grave à celles-ci (ce sont des entraves à l’accès à la sécurité des violés ou des esclaves). Le meurtre, la torture et la guerre sont évidemment d’autres entraves graves aux conditions nécessaires au bien-être des victimes, mais dans des cas exceptionnels, il peut être nécessaire de conduire une guerre, de tuer quelques humains voire de les torturer, pour assurer la sécurité à un plus grand nombre d’humains. Cependant, ces cas exceptionnels sont largement évitables en usant de diplomatie et d’autres techniques permettant d’éviter d’utiliser la violence. En outre, si jamais un meurtre, une guerre ou la torture est décidée, cela doit se faire par une démonstration implacable que c’est la meilleure solution pour faire progresser les conditions nécessaires au bien-être et au sein d’un consensus unanime parmi nous.

 

La première mouture de la loi L.1 contenait « Nous ne commettons pas le meurtre, la torture et la guerre » et c’est dans un souci d’exactitude que nous nous sommes résigner à adopter une formulation moins forte : au regard des génocides passés, nous craignons qu’une telle atrocité se reproduise et dans ce cas, il se pourrait que la meilleure stratégie soit de faire la guerre à ceux qui planifient une telle atrocité.

 

D.6 Action unanime : action organisée collectivement et soutenue par chacun d’entre nous. 

 

Nous voulons que les humains s’assurent les conditions nécessaires au bien-être (A.1), nous créons donc le concept d’« action unanime » pour organiser ce chantier.

 

L.2 Si l’un de nous ne participe à aucune action unanime alors qu’il existe une action unanime qu’il peut réaliser, nous lui en proposons une. Si l’un de nous ne participe pas à une action unanime et que nous lui en proposons une, il l’accepte et l’accomplit. 

 

Preuve : Une action unanime est par définition (D.6) soutenue par chacun d’entre nous, c’est-à-dire que nous voulons tous que cette action soit accomplie. Ainsi, si l’un de nous ne participe à aucune action unanime alors qu’il existe une action unanime qu’il peut réaliser, nous lui en proposons une pour que cette action soit réalisée. Si l’un de nous ne participe pas à une action unanime et que nous lui en proposons une à réaliser, par principe d’équité (A.2), il l’accepte et l’accomplit. En effet, soit tous ceux qui voudraient participer à une action unanime sont suffisamment pour réaliser toutes les actions unanimes existantes, et dans ce cas il n’y a pas d’action unanime à proposer à ceux qui n’en ont pas ; soit tous ceux qui voudraient participer à une action unanime ne sont pas suffisamment pour réaliser toutes les actions unanimes existantes (nous sommes dans ce second cas), alors si tous ceux qui voudraient ne pas participer à une action unanime le faisaient, toutes les actions unanimes ne pourraient être réalisées, et cela entraverait l’axiométhique car nous voulons, par définition des actions unanimes, que les actions unanimes soient réalisées. Donc d’après A.2, ceux d’entre nous qui dans un premier temps ne voudraient pas participer à une action unanime le veulent finalement, quand ils prennent en compte leur volonté éthique première : ainsi ils acceptent l’action unanime qu’on leur propose et l’accomplissent.

 

L.3 Nous nous consacrons à assurer les conditions nécessaires au bien-être si nous en avons la capacité, suffisamment pour que, si chaque humain qui en a la capacité se consacrait autant à cette activité, les conditions nécessaires au bien-être seraient assurées pour chacun.

(…)

 

Preuve : D’après A.1, nous voulons que les humains s’assurent les conditions nécessaires au bien-être. Cela implique que nous voulons assurer les conditions nécessaires au bien-être aux humains, donc que nous nous y consacrons si nous en avons la capacité. Or, d’après A.4, nous ne voulons pas contraindre un humain à s’y consacrer plus que nous, donc pour déterminer une minoration de ce que nous devons consacrer pour assurer les conditions nécessaires au bien-être, partons du principe que chacun en capacité de le faire voudrait participer à cette activité en s’y consacrant autant. Alors d’après A.2, nous voulons nous y consacrer suffisamment pour que, si tout le monde s’y consacrait autant, cela n’entraverait pas la garantie des conditions nécessaires au bien-être (A.1).

 

D.7 Sécurité d'un humain : état où il est certain que l'intégrité, l'intimité et la santé* d'un humain ne seront pas perturbées sans son accord.

 

D.8 Accès à l'eau potable : accès pour un humain à de l'eau sans danger sur sa santé lors de la consommation, en quantité suffisante pour être convenablement hydraté.

 

D.9 Santé: La santé est un état de complet bien-être physique, mental

 

D.10 Accès à la nourriture : accès à des aliments comestibles, sans danger pour la santé, en apport suffisant pour assurer les apports nutritionnels conseillés tels que définis par l'ANSES (http://www.nutrition-expertise.fr/mineraux/119-tableaux-anc.html ).

 

D.11 Soins d'un humain : Prodigation d'actions visant à produire ou à reproduire le meilleur état de santé possible pour un humain.

 

D.12 Logement : Surface habitable couverte qui assure la sécurité à ses occupants et un certain niveau de confort, notamment en termes de température intérieure, d’hygiène, de superficie, d'éloignement de leurs autres lieux de vie et de conditions permettant le sommeil.

 

D.13 Environnement : ensemble des éléments physico-chimiques rentrant en contact avec un humain.

 

D.14 Environnement sain : environnement* durablement non toxique et non nuisible pour la santé.

 

D.15 Accès à l’attention : garantie que les messages informatifs soient transmis aux personnes auxquelles ils sont destinés et que leur élaboration soit possible.

 

D.16 Accès à l’information : garantie que soient accessibles les savoirs, les savoir-faire, et les données existants dont la transmission n’implique pas qu’un humain en soit lésé (par rapport à la situation où l’information n’aurait pas été divulguée ni utilisée).

 

D.17 Éducation : transmission de langues, de règles éthiques, de faits, de techniques, de théories scientifiques, de contenus culturels, d’observations expérimentales, de modes de vie et de travail en groupe, de façons de penser, permettant le bien-être durable de tous les humains, l’analyse et l’utilisation autonome de l’information, le décryptage critique des données et des situations, l’innovation, et octroyant les aptitudes nécessaires pour accomplir des actions utiles aux humains.

 

A.U.145 (développement) Création d’un Organisme International pour le Développement (OID) réunissant tous les pays volontaires. Durant la phase de préparation, chaque village est appelé à choisir un émissaire qui doit se rendre au centre de fourniture le plus proche (situé dans une ville). Au centre de fourniture, une formation lui est dispensée pour qu’il sache comment gérer ses futures responsabilités (les étapes du développement de son village – infrastructures, agriculture, éducation, etc., gestion des fonds en concertation avec les villageois…). À l’issue de la formation, un téléphone satellitaire lui est remis, qui porte une identification unique et qui permettra au village de communiquer avec l’OID. Grâce au téléphone, le village envoie l’OID la liste des biens et services nécessaires à son développement, par ordre de priorité. Un agent aléatoire de l’OID (spécialiste de la région ou du domaine concerné) enregistre la demande du village, accepte ou refuse les éléments à fournir au village et transmet au centre de fourniture les éléments auquel le village a droit. Le centre de fourniture commande aux fournisseurs de son choix les éléments auxquels les différents villages sous sa tutelle ont droit. L’OID accepte ou refuse les demandes selon un calendrier établi en fonction d’une estimation des biens et de la main d’œuvre disponibles. L’OID rejettera les demandes de développement trop avancés tant que les besoins primordiaux ne seront pas assurés partout.

Durant la phase de fonctionnement, l’OID donne chaque mois aux centres de fourniture de l’argent créé pour l’occasion (des DTS par exemple), selon les biens et services que le centre doit commander et selon une grille de prix qu’il aura établi. Un contrôle aléatoire est effectué par des agents de l’OID pour vérifier que les biens et services fournis sont utilisés comme prévu. Si une fraude est constatée, l’émissaire du village sera jugé et éventuellement sanctionné (il risque une peine de prison).

 

Pour les grosses infrastructures – celles qui nécessitent d’intervenir dans plusieurs villages ou qui coûtent plus de 100 000$, comme la construction de routes, de centrales électriques, de voies ferrées, etc., l’OID émet des appels d’offre. Des règles strictes de droit du travail sont imposées (limitation du nombre d’heures hebdomadaire, salaire minimum, interdiction du travail des enfants, etc.) et des sanctions sont prises en cas de non-respect (comme l’exclusion de l’entreprise fautive des appels d’offres à venir). La politique la plus efficace possible est mise en place pour lutter contre les détournements de fonds. Par exemple, on pourrait imaginer la règle suivante : si quelqu’un révèle un pot-de-vin qui lui a été promis ou versé par une entreprise pour obtenir un contrat, on paie la personne du montant du pot-de-vin (pour qu’elle ait intérêt à le dénoncer), et l’OID, en plus de sanctionner par des pénalités l’entreprise fautive, interrompt tout contrat avec cette entreprise et l’exclut d’office des appels d’offre futurs. Ça devrait dissuader de la corruption les grosses entreprises, qui peuvent gagner beaucoup de contrats d’infrastructure.

 

L.4 (revenu de base) Dans les régions où chacun peut ouvrir un compte en banque, un revenu de base inconditionnel est assuré à chacun. Le montant du revenu de base permet d’assurer les conditions nécessaires au bien-être. En fonction de l’efficacité économique et du choix de la population, le revenu de base est financé par l’impôt, par création monétaire ou par un autre montage.

(…) »

 

Preuve : D’après le principe humaniste (A.1), les humains doivent s’assurer les conditions nécessaires au bien-être. Or dans les régions où chacun peut ouvrir un compte en banque, les conditions nécessaires au bien-être sont pour l’essentiel facilement accessibles avec de l’argent (achat de nourriture, paiement d’un logement, d’eau et d’électricité, éventuellement de soins et/ou d’éducation quand ces services ne sont pas assurés par le service public…). Ainsi, c’est une solution simple pour assurer les conditions nécessaires au bien-être à chacun que de verser mensuellement un revenu de base à tous : ça peut se faire automatiquement, en versant la somme sur les comptes en banque de chacun (après vérification que chaque personne ne détient qu’un seul compte en banque où on lui verse le revenu de base – en attachant un numéro de passeport au compte en banque, par exemple). En l’absence de meilleure solution (qui corrigerait des défauts éventuels de cette solution-ci), le revenu de base inconditionnel est adopté.

 

A.U.2 (transition écologique) Dans les régions que l’OID n’aide pas (ou peu) – les régions développées, des travaux de transition écologique (comme l’isolation des bâtiments) sont financés par don d’argent nouvellement créé (des DTS par exemple). Pour éviter l’inflation, la hausse de la masse monétaire sera limitée à 5% du PIB (ce qui d’après ce rapport, est largement suffisant pour financer la transition écologique).

We Give the 99 percents

J’ai publié sur ce site mon engagement à ne pas participer à la course à la richesse durant ma vie. Les visiteurs peuvent remplir un formulaire pour s’engager à limiter leur capital et/ou leurs revenus durant leur vie, la valeur de la limite restant à leur discrétion.

J’ai l’intuition que si les plus riches sur Terre, dont je fais partie, arrêtaient de vouloir toujours plus de richesses, alors la misère pourrait être éradiquée plus facilement. Et ceci pour deux raisons : la première, c’est que l’effort demandé aux pauvres pour fournir de plus en plus de luxe aux riches sera réduit, et que les employés au service du luxe pourront se reconvertir au service d’eux-mêmes. La deuxième, c’est que, n’ayant plus d’intérêt à gagner de l’argent, les riches qui se seront engagés auront le temps de fournir un travail qui profite à tous.

C’est ainsi que j’ai publié mon engagement à ne pas participer à la course à la richesse durant ma vie. Les visiteurs peuvent remplir un formulaire pour s’engager à limiter leur capital et/ou leurs revenus durant leur vie, la valeur de la limite restant à leur discrétion. Le site publie la liste des engagements et quelques statistiques sur ces engagements. J’ai reproduit ci-dessous mon engagement.

Il dénonce ce que j’appelle être richieur, c’est-à-dire vouloir être aussi riche que possible – tu auras compris le jeu de mot entre chieur et richer (plus riche que en anglais). C’est cette cupidité plus que la richesse même qui pose problème, car on n’en hérite pas.

Engagement personnel de limitation de la course à la richesse

 

 

 

 

Il y a un milliard de personnes qui vivent avec moins d’un euro par jour. La détresse de personnes qui ont une espérance de vie de 40 ans, qui ne peuvent pas se permettre d’aller à l’école et qui souvent ne peuvent même pas manger, me touche. Je suis humain, comme eux, et je comprends leur douleur. Aussi, j’ai envie de les aider à vivre mieux. Nous pouvons les aider à vivre mieux. Pour les aider, il faut une répartition plus équitable des richesses. Actuellement, je fais partie des quelques pourcents les plus riches de la planète, et je suis prêt à donner une part de ma richesse future aux plus démunis. Leur bien-être ne pourra que s’accroître, en outre mon bonheur n’en sera que grandi : je serai heureux d’avoir aidé quelqu’un.

 

Le but de ma vie n’étant pas d’accumuler des richesses, mais d’assurer mon bonheur et celui de mes proches, et de contribuer au bonheur des humains ; mesurant le coût de la vie à l’occidentale, aimant quand même jouir d’un certain confort ; je reconnais que 3 000 € par mois suffisent à la partie financière de mon bonheur et du bonheur de ma famille. Or, j’établis l’estimation (plutôt basse) qu’un capital de 1 000 000 € placé solidement (dans l’immobilier par exemple) rapporte, après impôts, 3 000 € par mois.

 

Ainsi, je m’engage vis-à-vis de moi-même, et aux yeux de tous, à ne pas accumuler plus de 1 000 000 € de capital à usage personnel à travers ma vie1, le surplus que je pourrais gagner pouvant servir à d’autres qui en ont plus besoin que moi ou ma famille. Ce surplus, je le donnerai à des organisations qui s’occupent des plus démunis.

Si je publie cet engagement, c’est tant pour me forcer à le respecter, que pour lancer un mouvement d’adhésion envers cet engagement : plus on sera nombreux à le signer, plus importante sera son action. Et l’effet de cette action ne peut être que positif, puisqu’elle véhicule les bonnes valeurs que sont l’empathie envers les humains et la générosité.

 

  Aussi, cet engagement n’a pas valeur légale, il a seulement une valeur humaine.

 

 

1 Chiffre à dater de 2012, et soumis à l’inflation. Cela étant, comme le capital croît généralement plus vite que l’inflation, si j’avais un 1 000 000 € de capital actuellement, il serait certainement suffisant pour le restant de mes jours.

 

Des technologies collaboratives

Il est grand temps d’utiliser Internet pour créer un réseau sociétal open source, c’est-à-dire un moyen de communication qui permette de s’adresser à n’importe quel membre de la société, de coconstruire des projets, de faire remonter des informations ou des idées, de consulter les citoyens avant de prendre une décision, de partager les documents.

Les connaissances seraient mieux organisées et plus disponibles si on avait un moteur de recherche sémantique collaboratif, où chacun peut trier un contenu selon ses critères et rechercher un contenu suivant les tris de chacun. Les logiciels de traitement de texte gagneraient à inclure les métadonnées dans le texte : résumé, références, commentaire, définition, tris, etc. On pourrait alors facilement afficher les métadonnées d’un mot ou d’un texte, consulter sa version traduite ou résumée, etc.

De nombreuses initiatives vont dans le sens d’un web sémantique et collaboratif, mais elles manquent de moyens et vont en ordre dispersé. Rien que pour l’e-démocratie française, il y a plus d’une trentaine de projets, ce qui divise la communauté d’utilisateurs potentiels et ralentit le développement des outils puisque les mêmes fonctionnalités sont développées en parallèle. J’ai d’abord pensé à l’État pour coordonner tous ces acteurs et prendre en main l’e-démocratie : en effet, il pourrait profiter du réseau sociétal ainsi créé pour offrir des services publics en ligne, ce qui attirerait la communauté requise. Aussi, j’ai proposé à l’administration le site de démocratie que j’ai conçu, l'@gora. Hélas l’État n’est pas un entrepreneur et l’administration m’a fait comprendre que, bien que ce soit un beau projet, il nous faudrait le développer sans leur aide. Les acteurs français de l’e-démocratie se structurent donc eux-mêmes, autour du réseau Démocratie ouverte, et l'@gora collabore maintenant étroitement avec plusieurs projets similaires.

Ces associations doivent trouver des moyens financiers, une organisation commune, et une méthode pour attirer une importante communauté autour du futur réseau sociétal. Je propose une application de débats mêlant chat et démocratie liquide, pour tenter de créer un produit viral.

Get up, stand up!
Stand up for your rights!
Bob Marley

Un réseau sociétal

Hélas, par bien des aspects, la toile ne parvient pas à tisser les liens entre des gens, des projets, des idées, qui gagneraient à se connaître et à échanger. De plus en plus de décisions doivent se fonder sur les observations, les travaux et les avis d'un grand nombre de personnes, donc il est temps de mettre en application des outils numériques de collaboration éprouvés. Un réseau sociétal d'envergure internationale permettrait aux internautes de communiquer aisément les uns avec les autres et de coconstruire la société. On pourrait sur un tel réseau communiquer avec n’importe quel membre de la société, comme une association ou une administration par exemple. Ainsi, on pourrait adresser des lettres ouvertes ou des pétitions, faire remonter des informations ou des idées, consulter les citoyens avant de prendre une décision, présenter les projets des uns et des autres, lire les documents publics (tels que les budgets publics), trier les contenus de façon collaborative (ce qui servirait lors d’une recherche)…

Connecter les humains : c'est la promesse d'Internet. Hélas, par bien des aspects, la toile ne parvient pas à tisser les liens entre des gens, des projets, des idées, qui gagneraient à se connaître et à échanger. De plus en plus de décisions doivent se fonder sur les observations, les travaux et les avis d'un grand nombre de personnes, donc il est temps de mettre en application des outils numériques de collaboration éprouvés. Un réseau sociétal46 d'envergure internationale permettrait aux internautes de communiquer aisément les uns avec les autres et de coconstruire la société. On pourrait sur un tel réseau communiquer avec n’importe quel membre de la société, comme une association ou une administration par exemple. Ainsi, on pourrait adresser des lettres ouvertes ou des pétitions, faire remonter des informations ou des idées, consulter les citoyens avant de prendre une décision, présenter les projets des uns et des autres, lire les documents publics (tels que les budgets publics), trier les contenus de façon collaborative (ce qui servirait lors d’une recherche)...

Sur une telle plateforme, les communes pourraient être l'échelle par défaut de distribution des serveurs, pour une meilleure sécurité des données ; elles pourraient également garantir l'identité des utilisateurs qui souhaitent s'exprimer en leur nom propre. Ce site inclurait différents modules :

-          un module d'actualités personnalisables (par filtres comme des abonnements à des groupes, à des domaines ou autre) ;

-          un module de débat conçu pour que les intervenants puissent élaborer collectivement des idées (qui ne se limitera donc pas à un simple forum où les interventions sont simplement ordonnées par ordre chronologique ou par popularité) ;

-          un module pour chaque système de vote possible, qui permettrait aux groupes de publier des contenus ou de prendre des décisions grâce aux règles qu’ils veulent ;

-          un module de présentation de projets, où chacun pourrait participer, par crowdsourcing ou crowdfunding par exemple ;

-          un module d'enquêtes et de sondages (anonymes par défaut), associé à un outil de statistiques sur ces sondages ;

-          un module d'hébergement et de partage des documents (notamment les articles scientifiques) où l'on pourrait trier et commenter tout document ;

-          un moteur de recherche basé sur le tri collaboratif et sémantique des contenus, qui permettrait de sélectionner les résultats non seulement en fonction des tris que les membres leur auront attribué mais aussi en fonction des membres qui auront attribué ces tris ;

-          une confidentialité de tous les contenus précise et entre les mains du créateur du contenu.

Ce devrait être un logiciel libre47, à la fois pour des raisons éthiques, pour assurer une meilleure sécurité informatique, et pour permettre à ceux qui le souhaitent de développer des modules complémentaires (on peut imaginer un module de budget participatif ou un agenda, par exemple).

Les différents modules évoqués ci-dessus peuvent être séparés dans différents sites (c'est d'ailleurs ce vers quoi le web s'oriente), mais ça limite l'étendue des fonctionnalités. Dans ce cas, il faut favoriser les échanges d'information entre les sites et l'authentification unique, afin qu'on puisse effectuer des recherches poussées comme "Quelle est la proportion de diplômés bac+5 qui vivent dans une commune de moins de 10 000 habitants en France ?", malgré une éventuelle séparation de l'outil d'enquêtes/statistiques et des pages de profil des membres (en respectant bien évidemment la confidentialité choisie par l'utilisateur).

Un moteur de recherche collaboratif

Alors que les moteurs de recherche classiques, tels que Google, ne prennent pas beaucoup en compte l’avis des utilisateurs pour fournir le résultat d’une recherche, un moteur de recherche collaboratif se baserait au contraire sur le tri des contenus par l’ensemble des utilisateurs. Ce tri prendrait toutes les formes imaginables : du mot-clé (le fameux hashtag) au classement dans des dossiers en passant par la notation, tous les contenus seraient triés de multiples façons. Aussi, la recherche serait-elle entièrement personnalisable. Ainsi, l’utilisateur peut choisir d’afficher de préférence les résultats plébiscités par ses amis, par les chercheurs, les contenus triés comme drôles ou encore ceux qui contiennent des coordonnées. L’utilisateur peut à son tour ranger les articles qu’il lit dans des dossiers, publics ou privés, noter les recettes de cuisine qu’il expérimente ou trier comme violente une vidéo.

L’usage d’Internet évolue dans ce sens, et bientôt nous naviguerons dans un cloud de dossiers aux confidentialités différentes. L’enjeu est désormais d’englober toutes les données des tris au sein d’une base de données sécurisée. La sécurité des données ne peut être assurée que si le système est open source : ainsi, n’importe quel informaticien peut s’assurer que la confidentialité est respectée et que la sécurité est maximale, et en cas de faille, proposer un correctif. Comme le montre l’espionnage de la NSA, confier nos données à des entreprises opaques est une manière certaine de se les faire voler.

Alors que les moteurs de recherche classiques, tels que Google, ne prennent pas beaucoup en compte l’avis des utilisateurs pour fournir le résultat d’une recherche48, un moteur de recherche collaboratif se baserait au contraire sur le tri des contenus par l’ensemble des utilisateurs. Ce tri prendrait toutes les formes imaginables : du mot-clé (le fameux hashtag) au classement dans des dossiers en passant par la notation, tous les contenus seraient triés de multiples façons. Aussi, la recherche serait-elle entièrement personnalisable. Contrairement aux moteurs de recherche actuels qui devinent de façon autonome le profil de l’utilisateur pour lui proposer des contenus (soi-disant) personnalisés, ce moteur de recherche permettrait à l’utilisateur de choisir selon quels critères les résultats vont être ordonnés. Ainsi, l’utilisateur peut choisir d’afficher de préférence les résultats plébiscités par ses amis, par les chercheurs, les contenus triés comme drôles ou encore ceux qui contiennent des coordonnées. L’utilisateur peut à son tour ranger les articles qu’il lit dans des dossiers, publics ou privés, noter les recettes de cuisine qu’il expérimente ou trier comme violente une vidéo. Ce côté inclusif du moteur de recherche, qui aurait vocation à proposer des fonctionnalités sur toutes les pages web, correspond bien à une extension des navigateurs – comme il en existe déjà, si on devait choisir la façon de l’implémenter.

L’usage d’Internet évolue dans ce sens, et bientôt nous naviguerons dans un cloud de dossiers aux confidentialités différentes. L’enjeu est désormais d’englober toutes les données des tris au sein d’une base de données sécurisée. La sécurité des données ne peut être assurée que si le système est open source : ainsi, n’importe quel informaticien peut s’assurer que la confidentialité est respectée et que la sécurité est maximale, et en cas de faille, proposer un correctif. Comme le montre l’espionnage de la NSA, confier nos données à des entreprises opaques est une manière certaine de se les faire voler. En outre, les géants de l’informatique ont bien compris l’enjeu du cloud, et sont en train de développer sous licence propriétaire les fonctionnalités que nous utiliserons à l’avenir : ainsi, lors de l’installation de Windows 8.1, l’option par défaut consiste à enregistrer par défaut toutes ses données sur OneDrive, le cloud de Microsoft (autant dire : à la NSA).

Comme il n’existe pas encore de moteur de recherche collaboratif hégémonique (même si des projets s’en rapprochent), c’est le moment de le créer. Dans quelques années, ça sera trop tard (il n’y a qu’à voir la domination de facebook sur les autres réseaux sociaux, comme Google+ – qui est selon moi mieux conçu que facebook, pour prendre la mesure de l’avantage du premier arrivé). J’en appelle à l’État (ou à l’UE) pour mener un tel projet : avec l’État, on est sûr que le projet ne sera pas corrompu par une logique de profit à base de publicité et, contrairement à la communauté du logiciel libre qui est diffuse, assez inorganisée, et surtout sans le sou, l’État peut mobiliser rapidement et efficacement de nombreux acteurs pour accomplir ce travail – même s’il n’a pas l’habitude d’être entrepreneur.

Un nouveau traitement de texte

Les traitements de texte devraient inclure une nouvelle gamme de fonctionnalités : l’inclusion de métadonnées dans le texte. Le principe serait le suivant : en surlignant une zone de texte puis en faisant un clic droit, on pourrait ajouter des métadonnées à cette zone de texte : résumé, références (livre, URL), commentaire (avec identité du commentateur), définition, tris. De même, un clic droit sur un mot montrerait toutes les métadonnées auquel il est lié. On pourrait depuis la barre de menu décider d’afficher les tris, grâce à une coloration des mots par exemple. Ce nouveau traitement de texte gèrerait aussi facilement les traductions.

Imaginons deux sortes de tris en guise d’exemples. Premièrement, un tri simple, qui serait appelé citations et qui engloberait toutes les citations d’un texte. Celui qui a créé ce tri a pu choisir un mode d’affichage par défaut du tri, par exemple, les citations sont affichées en italique. Afficher le tri depuis la barre de menu consiste alors à rendre en italique tout ce qui est trié comme citations. Deuxièmement, un tri multiple, comme le tri mon opinion qui aurait quatre valeurs possibles qui par défaut seraient colorées respectivement en vert, jaune, gris et rouge : j’adhère, idée à creuser, je suis indifférent, mauvaise idée.

Les traitements de texte devraient inclure une nouvelle gamme de fonctionnalités : l’inclusion de métadonnées dans le texte (ça pourrait se faire en générant un texte au format HTML + CSS). Le principe serait le suivant : en surlignant une zone de texte puis en faisant un clic droit (ou en accédant aux différentes options par la barre de menu), on pourrait ajouter des métadonnées à cette zone de texte : résumé, références (livre, URL), commentaire (avec identité du commentateur), définition49, tris. De même, un clic droit sur un mot montrerait toutes les métadonnées auquel il est lié. On pourrait depuis la barre de menu décider d’afficher les tris, grâce à une coloration des mots par exemple. Ce nouveau traitement de texte gèrerait aussi facilement les traductions.

Imaginons deux sortes de tris en guise d’exemples. Premièrement, un tri simple, qui serait appelé citations et qui engloberait toutes les citations d’un texte. Celui qui a créé ce tri a pu choisir un mode d’affichage par défaut du tri, par exemple, les citations sont affichées en italique. Afficher le tri depuis la barre de menu consiste alors à rendre en italique tout ce qui est trié comme citations. Deuxièmement, un tri multiple, comme le tri mon opinion qui aurait quatre valeurs possibles qui par défaut seraient colorées respectivement en vert, jaune, gris et rouge : j’adhère, idée à creuser, je suis indifférent, mauvaise idée. Lors de l’affichage du tri, on pourrait très bien décider de n’afficher que les idées à creuser, et en bleu, par exemple. (Lors d’un conflit avec un autre affichage de tri, on demanderait à l’utilisateur de trancher.) On pourrait également faire une recherche dans le texte grâce aux métadonnées (par exemple, rechercher tous les commentaires du CEA dans un rapport d’Areva concernant la construction d’une centrale 5è génération).

Ces fonctionnalités existent de façon embryonnaire sur les logiciels de traitements de texte existants, et il serait bon de les développer. Par exemple, sur Open Office, on peut trier comme citation toutes les citations d’un texte, grâce à l’outil Style (qui facilite la mise en page en définissant les titres, sous-titres, etc.). Cependant, cet outil a un double inconvénient : il ne permet pas le tri multiple, et il ne permet pas d’appliquer plusieurs tris (ou styles) à une même zone de texte.

Si ce format est bien exploité, la longueur du texte serait modulable : on pourrait afficher le texte par défaut, le texte avec les digressions ou au contraire les résumés de chaque paragraphe. On pourrait aussi facilement écrire des textes à plusieurs, en attribuant une couleur différente à chaque auteur (d’ailleurs cette fonctionnalité est déjà présente dans les pads, textes collaboratifs en ligne).

Ce format inciterait les textes à être collaboratifs, collectifs et inclusifs. Inclusifs en ce sens que n’importe qui pourrait rajouter du contenu au texte, que ce soit sous forme de commentaire, de digression ou autre. Aussi, ça permettrait à quelqu’un de rédiger la trame d’un texte même s’il n’est pas compétent pour inclure les détails, qui seraient rajoutés plus tard par quelqu’un d’autre. Enfin, les textes créés de cette façon reflèteraient mieux la fractale qu’est la noosphère : on peut creuser un détail en explorant une digression ou des commentaires, ou continuer à suivre un raisonnement.

Qui pour créer le web de demain ?

De nombreuses initiatives (start-up, associations) vont dans le sens d’un web sémantique50 et collaboratif, le milieu de l’informatique saisissant bien les enjeux de l’organisation des connaissances. Il s’agit désormais de financer ces initiatives, de les faire coopérer pour qu’elles aient des standards communs et créent un site plus élaboré plutôt que plusieurs sites doublons. En effet, elles communiquent mal entre elles : il faut les faire sortir des silos. La multiplicité des projets présente des avantages (car diversité, adaptabilité et stabilité vont ensemble), mais l’absence de concertation entre eux, outre le gâchis de synergies, ralentit la diffusion d’informations et l’interaction entre communautés.

Ce phénomène est particulièrement vrai pour le secteur de l’e-démocratie, que je connais relativement bien maintenant. Rien qu’en France, des centaines de personnes travaillent sur un projet web de démocratie contributive, essentiellement bénévolement ; je peux citer pêle-mêle : Assemblée Virtuelle, Demos Kratos, Demosalithia, Demospart, Ggouv, Koom, Leadop, Newmanity, Nos députés, Parlement & Citoyens, Participons, pixel Humain, Questionnez vos élus, Social Planet, Solidées, Teragora, Voxe, W3RépubliqueUn fichier en annexe répertorie les différents projets dont j’ai connaissance reliés de près ou de loin à l’e-démocratie. Ces sites sont parfois spécialisés (comme Questionnez vos élus ou Parlement & Citoyens, qui permet d’écrire des lois avec nos parlementaires), parfois conçu comme un réseau sociétal (pixel Humain, Ggouv, Social Planet…). Dans tous les cas, ils ne regroupent pas une communauté assez grande (les plus importants sites français ne dépassent pas 10 000 membres) pour faire vivre la démocratie et le débat citoyen sur Internet.

Comment faire pour rassembler une importante communauté ? J’ai d’abord pensé à l’État (ou l’UE) : qui mieux que l’État pourrait inciter les citoyens à venir débattre, exposer son projet, exprimer les dysfonctionnements qu’il a constatés dans telle administration, etc. ? En outre, l’État pourrait utiliser une plateforme multi-usages pour d’un côté communiquer efficacement, de l’autre proposer des services en ligne, comme des démarches administratives (faire sa pièce d’identité, payer ses amendes, chercher un emploi…) ou, plus simplement, stocker ses documents officiels dans un cloud sécurisé (papiers d’identité, fiches de paie…), qui permettrait à l’utilisateur de transférer ce qu’il faut aux administrations qui en ont besoin. Avec un réseau sociétal, il n’y aurait presque plus besoin de courrier recommandé (qui représente un coût d’un milliard d’euros par an51), et les économies de courrier réalisées par l’administration compenseraient certainement largement le coût de développement du logiciel.

Ainsi, j’ai conçu en début d’année un réseau sociétal, l’@gora, qui rassemblerait des fonctionnalités de réseau social, de moteur de recherche sémantique, de partage de documents, et implémenterait l’e-démocratie. J’ai proposé ce projet à l’administration (CNNum, DILA, SIG). Les différents services étaient intéressés par le concept, mais ont refusé d’y donner suite, pour plusieurs raisons : ils ne croient plus en la démocratie participative (alors que l’@gora est pensée pour corriger les défaillances actuelles de la démocratie participative : trop-plein d’informations ou saturation par un groupe particulier), ils ne veulent pas contrôler l’identité réelle des utilisateurs pour les débats publics et les enquêtes (ce qui est pourtant indispensable pour que ces dernières soient crédibles, et pour éviter des propos déplacés dans les débats), ils ne veulent pas que ce soit l’État qui gère l’e-démocratie, ils ne veulent pas imposer aux administrations un moyen de communication donné.

Ainsi, j’ai conçu en début d’année un réseau sociétal, l’@gora, qui rassemblerait des fonctionnalités de réseau social, de moteur de recherche sémantique, de partage de documents, et implémenterait l’e-démocratie. J’ai mis en annexe la présentation de ce projet, que j’ai proposé à l’administration (CNNum, DILA, SIG52). Les différents services étaient intéressés par le concept, mais ont refusé d’y donner suite, pour plusieurs raisons (je relate ici mon rendez-vous avec des responsables du SIG) :

-          ils ne croient plus en la démocratie participative : ils partent du principe que l’État doit répondre à chaque message qu’il reçoit, donc s’il encourage la participation citoyenne il sera submergé de demandes auxquelles il ne pourra pas faire face. En réalité l’État ne devrait répondre qu’aux messages les plus plébiscités par les internautes. Ils ont peur que les citoyens ne s’impliquent pas dans les débats s’ils n’ont pas la garantie que leur implication servira à quelque chose, s’ils n’ont pas un certain pouvoir (dans ce cas-là, donnons-leur un certain pouvoir) ou, au contraire, que certains groupes bien organisés mais non représentatifs obstruent les débats. Ici, ils n’ont pas confiance dans la conception de l’outil de débats, qui permettra justement grâce au tri collaboratif de masquer de façon personnalisée les propos qu’on ne veut pas voir. Ils ont admis que ça pouvait être utile pour des collectivités locales (les sujets sont moins sensibles et compliqués qu'au niveau national), mais que les collectivités se débrouillaient très bien toutes seules. Mais si Paris fait sa plateforme d’e-démocratie et Marseille la sienne, développant la même technologie en parallèle, comment faire débattre ensemble marseillais et parisiens quand on se décidera à lancer des débats nationaux ?

-          ils ne veulent pas d’un gros méta-site unique : c'est soi-disant trop compliqué à gérer, les gens ne s'y retrouveraient pas, il faut faire différents sites ciblés sur une fonction précise. Au contraire, beaucoup de gens ont du mal à utiliser Internet et avoir un site connu qui rassemble tout ce dont ils ont besoin pour leurs relations officielles, dont on peut enseigner l'usage, simplifierait la vie. En outre, l'intérêt de tout rassembler c'est qu'on profite de synergies (on évite de développer diverses choses en parallèle, on peut choisir ses actualités en fonction des tris sur les auteurs établis notamment grâce à leurs interventions dans les débats, on peut associer directement un groupe de gens à un projet, etc.). Cette obsession d’avoir des sites simples répondant à un besoin précis se retrouve parmi les start-ups et se comprend aisément : le développement d’un projet informatique doit se faire petit à petit de façon incrémentale pour être viable. Mais cette segmentation atteint ses limites quand les sites sont trop petits et trop nombreux pour attirer une communauté. Il faut donc les unir d’une façon ou d’une autre : il faut les concevoir interopérables et les faire communiquer à l’aide d’API53. Dans ce cas je suis d’accord, il faudrait que l’État commence par développer une partie du gros site, comme un service d’annuaire et de messagerie interne aux administrations, avant d’intégrer le reste.

-          ils ne dévoilent pas le code source de leurs logiciels : selon eux ça les rend plus vulnérables aux attaques. La plupart des informaticiens jugeront que c’est une méconnaissance grotesque du logiciel libre, justement réputé moins vulnérable.

-          ils ne veulent pas contrôler l’identité des utilisateurs (avec le numéro de passeport par exemple) : ça effraierait les gens, ils se sentiraient espionnés, surtout si sur une même plateforme étaient les offres d'emploi, les débats politiques et les documents personnels. En effet dans l’@gora je proposais que les citoyens révèlent leur vraie identité, tant pour éviter qu’il y ait trop de propos anonymes déplacés ou insultants que pour empêcher l’usurpation d’identité et garantir que personne ne vote plusieurs fois lors d’une enquête. Sur ce point ils ont raison et j’ai découvert depuis d’autres méthodes moins intrusives pour certifier l’identité des utilisateurs54.

-          ils ne veulent pas que ce soit l'État qui gère l'e-démocratie : l'État souffre d'une mauvaise image, les français seraient réticents à aller sur un site géré par l'État, et reprocherait à ce dernier toutes les défaillances du site. Au contraire, les français ne seraient à mon avis pas mécontent si l'État offrait, pour une fois, quelque chose d'innovant qui permet de démultiplier ses capacités d'interactions sociales.

-          ils ne veulent pas imposer un cadre unique à toutes les administrations : elles sont réticentes au changement, et le fait d'avoir différents sites avec différentes technologies rend le tout plus résistant aux attaques. C’est vrai, il serait dangereux et inefficace de recoder tous les sites des administrations qui fonctionnent déjà. Mais les inclure ne serait-ce que graphiquement dans un cadre unifié55 simplifierait peut-être la navigation de l’utilisateur, sans toucher aux sites existants ni à leur sécurité. Le citoyen pourrait alors facilement se mettre en contact avec telle ou telle administration ou laisser son avis sur tel ou tel sujet.

 

De mon expérience avec l’administration, j’ai conclu ce que la communauté de l’e-démocratie avait déjà compris : l’État français n’est pas un entrepreneur, il est trop prudent pour prendre le risque de mener un projet sans être sûr qu’il fonctionnera, surtout en période de restriction budgétaire. Ceci dit j’espère que ça changera, sous l’impulsion de la DISIC56 (qui cherche à harmoniser les services informatiques de l’État – et serait selon moi bien avisée de commencer par créer un service informatique partagé entre toutes les administrations à partir d’une fraction des 20 000 informaticiens de l’État, en donnant aux développeurs une force de proposition et en développant des logiciels libres) ou peut-être dans la lignée d’Etalab, organisme public qui promeut l’open data parmi l’administration et se conçoit comme une start-up d’État57 aux méthodes de management agiles, voire encore en reprenant les technologies développées par le quai d’Orsay dans leur nouveau portail Diplomatie. En tout cas, il serait grand temps que l’État français se modernise, à l’image de ses voisins : en Belgique les citoyens disposent déjà d'un compte sécurisé qui simplifie les démarches administratives58, au Royaume-Uni, un effort particulier est fait pour dématérialiser les échanges officiels et libérer les données non sensibles, l’Estonie n’est pas en reste, etc.

 

Si l’État ne soutient pas l’e-démocratie, vers qui se tourner ? Deux réseaux, qui rassemblent les acteurs français qui veulent approfondir la démocratie, semblent tout indiqués : Gouvernance contributive, animé par Michel Briand, qui a su insufflé à Brest un élan de coopération numérique ; et surtout Démocratie ouverte, qui relie la plupart des initiatives d’e-démocratie. Démocratie ouverte n’a malheureusement pas pour but d’unir les différents acteurs afin d’offrir une plateforme pour notre démocratie : ses objectifs, au-delà de sa fonction de réseau, sont de créer le label Territoire Hautement Citoyen pour accompagner puis certifier les communes dans leur engagement démocratique, d’organiser un festival sur le thème de la gouvernance transparente, et de mieux exploiter le site Parlement & Citoyens. Il faut donc se tourner vers d’autres projets pour trouver les personnes qui développeront un réseau sociétal. J’en citerai trois, qui sont ceux qui m’ont le plus plu.

Airesis, tout d’abord, est un joli site, qui manque encore d’outils à mon goût, utilisé par 13 000 italiens, permettant de débattre et de voter des propositions.

Pixel Humain, ensuite, est très bien conçu : je ne saurai trop te recommander de regarder la présentation vidéo d’une minute. pH (c’est son petit nom) ne réunit pour l’instant que 5 000 membres autour de son concept de communection : être connecter à sa commune, notamment pour les informations locales ; mais ses choix technologiques, notamment la conception du site en modules interchangeables, et son état d’esprit collaboratif, en font un candidat idéal. D’ailleurs pH est en passe de fusionner avec Unisson (un collectif qui a les mêmes valeurs), Cocoriko (un site de débat québécois) et Assemblée Virtuelle, et implémente un site annuaire/calendrier pour les États Généraux du Pouvoir Citoyen, un regroupement de plus d’une centaine d’associations (ce qui représente des dizaines de milliers de membres).

Enfin Assemblée Virtuelle, qui regroupe une cinquantaine de personnes dont une bonne partie de développeurs, est un très beau projet mais de plus long terme : il s’agit de bâtir le web distribué et sémantique. Dans un web totalement distribué tel que le conçoit Assemblée Virtuelle, nos données sont stockés sur notre box (donc chez nous), et nous décidons entièrement de leur confidentialité, c’est-à-dire des gens qui ont le droit de les consulter.

Citoyens, développons nous-mêmes cette plateforme. Appelons-en au bénévolat et au mécénat, notamment de la part des collectivités territoriales, pour achever un grand réseau sociétal. Avec une centaine de communes prêtes à le financer entre 1 000€ et 10 000€ par an chacune, nous serions en mesure d'offrir un service réellement complet. Organisons-nous pour ne pas développer des doublons, laissons par exemple à Assemblée Virtuelle le soin de construire l’architecture distribuée, à pixel Humain celui d’implémenter l’interface utilisateur, à Parlement & Citoyens celui d’y intégrer son module pour écrire des lois avec le législateur, aux États Généraux du Pouvoir Citoyen celui d’amener une communauté initiale conséquente sur le site, à telle ou telle personne d’étudier et contacter les projets similaires, etc.

Si l’État ne soutient pas l’e-démocratie, vers qui se tourner ? Deux réseaux, qui rassemblent les acteurs français qui veulent approfondir la démocratie, semblent tout indiqués : Gouvernance contributive, animé par Michel Briand, qui a su insufflé à Brest un élan de coopération numérique ; et surtout Démocratie ouverte, qui relie la plupart des initiatives d’e-démocratie et dont le conseil d’administration regroupe des personnalités aussi variées que le président du Conseil Économique, Social et Environnemental, le digital champion français ou la vice-présidente de la Commission Nationale du Débat Public. Démocratie ouverte n’a malheureusement pas pour but d’unir les différents acteurs afin d’offrir une plateforme pour notre démocratie : ses objectifs, au-delà de sa fonction de réseau, sont de créer le label Territoire Hautement Citoyen59 pour accompagner puis certifier les communes dans leur engagement démocratique, d’organiser un festival sur le thème de la gouvernance transparente, et de mieux exploiter le site Parlement & Citoyens. Il faut donc se tourner vers d’autres projets pour trouver les personnes qui développeront un réseau sociétal. J’en citerai trois, qui sont ceux qui m’ont le plus plu.

 

Airesis, tout d’abord, est un joli site, qui manque encore d’outils à mon goût, utilisé par 13 000 italiens, notamment des membres du mouvement 5 étoiles, permettant de débattre et de voter des propositions, d’une façon plus ergonomique que Liquid Feedback, utilisé par le parti pirate, ou que Ggouv, basé sur elgg, une technologie un peu dépassée.

Pixel Humain, ensuite, est très bien conçu, par une équipe sympathique et dynamique de la Réunion : je ne saurai trop te recommander de regarder la présentation vidéo d’une minute. pH (c’est son petit nom) ne réunit pour l’instant que 5 000 membres autour de son concept de communection : être connecter à sa commune, notamment pour les informations locales ; mais ses choix technologiques, notamment la conception du site en modules interchangeables, et son état d’esprit collaboratif, en font un candidat idéal. D’ailleurs pH est en passe de fusionner avec Unisson (un collectif qui a les mêmes valeurs), Cocoriko (un site de débat québécois) et Assemblée Virtuelle, et implémente un site annuaire/calendrier pour les États Généraux du Pouvoir Citoyen, un regroupement de plus d’une centaine d’associations (ce qui représente des dizaines de milliers de membres).

Enfin Assemblée Virtuelle, qui regroupe une cinquantaine de personnes dont une bonne partie de développeurs, est un très beau projet mais de plus long terme : il s’agit de bâtir le web distribué et sémantique. La toile actuellement est centralisée : les données sont concentrées dans des serveurs appartenant aux gros sites Internet ou à des hébergeurs. Ainsi, nos mails sont stockés dans les serveurs de Google ou Microsoft, nos photos sont chez Facebook, etc. Ces entreprises privées n’ont aucune obligation envers nos données, et nous sommes ainsi tributaires de leur bonne gestion. Dans un web totalement distribué tel que le conçoit Assemblée Virtuelle, nos données sont stockés sur notre box (donc chez nous), et nous décidons entièrement de leur confidentialité, c’est-à-dire des gens qui ont le droit de les consulter. Ça peut paraître anodin, mais les serveurs centralisés sont bien plus vulnérables aux attaques, et il y a des informations qu’on ne veut pas révéler publiquement : travail en cours, dossier médical, code de carte bleue, mots de passe, etc. Cette distribution des serveurs s’accompagnerait d’une gestion de l’identité telle que proposée par Capucine : une carte permet l’authentification grâce à un tiers de confiance (la mairie par exemple s’il faut prouver l’identité réelle) et ensuite l’utilisateur peut naviguer tranquillement sur Internet, sans avoir à fournir de mot de passe. Ce système serait selon ses défenseurs bien plus simple et sécurisé que le système actuel, notamment pour les paiements, et il mérite qu’on l’étudie en profondeur. Enfin, l’Assemblée Virtuelle partage aussi une philosophie de partage de pair à pair, et a par un habile jeu de mots choisi quatre types de contenus principaux pour son implémentation : les Projets, les Acteurs, les Idées, les Ressources. Voici une petite histoire imaginée par son fondateur qui décrit très bien le fonctionnement de l’AV :

Imaginons qu’un citoyen décide de venir en aide à une personne sans-logis nommée Pauline, qu’il croise quotidiennement dans son quartier. Il crée et géolocalise un projet sur l’Assemblée Virtuelle intitulé Un toit pour Pauline. Il s’agit d’un projet local s’inscrivant dans un projet global : Un toit pour tous.

Ce citoyen relie donc Un toit pour Pauline à Un toit pour tous qui fédère plusieurs dizaines d’acteurs et de projets. Ces dizaines d’acteurs ont relié Un toit pour tous aux idées qui les animent, par exemple : droit au logement, droits de l’Homme, dignité humaine, combattre les injustices, etc. Ils ont lancé d’autres projets locaux, par exemple : Un toit pour Ishem, Un toit pour Jean-Marc, (...), et recensé un certain nombre de ressources (documentaires, financières notamment) et d’acteurs (association Un toit pour tous, fondation Abbé Pierre, etc.).

Le citoyen créateur du projet Un toit pour Pauline décide d’utiliser le moteur d’inférences de l’Assemblée Virtuelle. Une inférence est une déduction logique, par exemple : les amis de mes amis sont mes amis. Il enrichit donc en un clic l’écosystème de Un toit pour Pauline des Acteurs, Idées, Projets et Ressources associées à Un toit pour tous.
Imaginons maintenant qu’un internaute du quartier que Pauline se balade sur l’Assemblée Virtuelle. S’intéressant à la question des droits de l’Homme, il consulte la page de cette idée et explore l’écosystème des projets liés à cette idée et présents sur son territoire.
Un toit pour Pauline apparaît, il contacte le citoyen qui l’a créé, ils se rencontrent et décident de lancer une campagne de crowdfunding dans leur quartier pour venir en aide à Pauline.

Dans les actualités du quartier, les riverains voient apparaître cette campagne, dont l’objectif est de rassembler 500€ de dons mensuels. 50 personnes décident de donner 10€ chacune par mois à l’association Un toit pour tous, grâce au module de crowdfunding, complétés ensuite par des aides qui étaient recensées dans l’écosystème des ressources du projet. Une éducatrice spécialisée du quartier en dernière année de formation propose quant à elle de se charger des démarches administratives et d’accompagner Pauline dans sa nouvelle vie à hauteur de quelques heures par mois. Des personnes retraitées, ayant entendu parler de ce projet lors d’une conversation informelle au marché, décident également de soutenir Pauline dans sa nouvelle vie.

Nous pouvons changer le monde ;-)

Alors que le logiciel libre est présent dans tous les domaines60, il peine à rassembler les internautes autour d’un réseau qui permettrait, comme Twitter, de s’adresser à n’importe qui, comme Facebook, de publier de longs articles et de s’abonner à ceux qu’on apprécie, comme Google Docs, d’écrire à plusieurs, comme Delicious, de partager ses meilleurs liens, et qui en plus, permettrait de trier collaborativement des contenus et de s’en servir pour une recherche sémantique, permettrait de voter et d’organiser des prises de décision, qui serait sécurisé et utilisé pour les relations officielles et le débat citoyen.

 

Citoyens, développons nous-mêmes cette plateforme. Appelons-en au bénévolat et au mécénat, notamment de la part des collectivités territoriales, pour achever un grand réseau sociétal. Avec une centaine de communes prêtes à le financer entre 1 000€ et 10 000€ par an chacune, nous serions en mesure d'offrir un service réellement complet. Organisons-nous pour ne pas développer des doublons, laissons par exemple à Assemblée Virtuelle le soin de construire l’architecture distribuée, à pixel Humain celui d’implémenter l’interface utilisateur, à Parlement & Citoyens celui d’y intégrer son module pour écrire des lois avec le législateur, aux États Généraux du Pouvoir Citoyen celui d’amener une communauté initiale conséquente sur le site, à telle ou telle personne d'étudier et de contacter les projets similaires, etc. Je t’invite à lire la présentation de l’@gora en annexe pour te faire une meilleure idée de ce que serait un réseau sociétal. Ce ne sont pas les personnes motivées qui manquent : ce sont l’organisation et les moyens. Et je dirais que l’organisation est le plus important : selon moi il faudrait un ou plusieurs coordinateurs pour distribuer les rôles à chacun et s’assurer que les modules développés séparément sont bien compatibles. Et dans quelques années, ce rêve sera devenu réalité !

Une application de débats

Ça prendra le temps qu’il faudra, mais je suis confiant dans le fait qu’un réseau sociétal verra le jour : nous disposons déjà de toutes les briques nécessaires pour faire un logiciel efficace. Le plus difficile, en revanche, est d’attirer une communauté importante, comprenant en même temps des experts pour donner des avis pertinents sur les différents sujets, et des simples citoyens pour tirer un enseignement des débats. L’État n’étant pas prêt à forger ce réseau, nous devons trouver une autre solution pour amener le débat politique sur Internet, dans un format approprié. Nous n’avons d’autre choix que de créer un produit viral, qui se diffusera parce qu’il plaira aux gens. Ainsi faut-il multiplier les tentatives de sites offrant un service simple, tout en les concevant d’une façon à être insérés très vite dans un logiciel plus complet. En effet, je pense qu’une raison pour laquelle de nombreuses personnes, dont je fais partie, ne fréquentent pas les services simples, c’est précisément parce qu’ils ne permettent pas l’usage sophistiqué qu’elles souhaiteraient. Je vais présenter une idée d’application que j’ai eue qui pourrait peut-être remplir ce rôle. L’idéal serait qu’un site existant proposant un usage proche, tel Leadop ou Cocoriko, reprenne le concept, pour ne pas disperser une fois de plus nos efforts et la communauté potentielle61.

L’idée est d’impliquer l’utilisateur, de le faire interagir : il ne doit pas se contenter de lire, ce qui est vite lassant, il doit discuter avec d’autres en direct. En outre, tant pour sélectionner les bonnes idées que pour introduire un côté ludique, on implémenterait la démocratie liquide non pas sur les propositions, mais sur les personnes. Le principe serait le suivant : sur son profil on pourrait rédiger son avis sur différents thèmes ou sous-thèmes (politique, mais aussi musique, films ou sexualité – il faut attirer une communauté je le rappelle – seraient des thèmes proposés, économie, mœurs, éducation des sous-thèmes, fiscalité, finance, retraites des sous-sous-thèmes). Ensuite, une fois connecté à l’application ou au site, on irait dans une salle de discussion autour d’un thème. Les utilisateurs pourraient à tout moment déléguer la totalité ou une fraction de leur compétence sur un thème ou sur un sous-thème à la personne de leur choix : ils pourraient le faire rien qu’en lisant les différents profils, mais également après avoir été convaincus dans une salle de discussion. Ainsi, quelqu’un ayant reçu les délégations de plusieurs personnes sur un sujet pourra les déléguer à nouveau à quelqu’un qu’il estimera en conformité avec ses opinions mais plus pointu. On peut ensuite proposer des raffinements : on choisirait le niveau moyen de compétences de sa salle de discussion ou sa tendance politique majoritaire, ou encore on fermerait les salles de discussion dont l’un des participants a reçu plus de 70% de délégation de compétences des autres. Enfin, les délégations sont modifiables à tout moment : ainsi on peut reprendre sa compétence pour soi sur un sujet si on s’estime finalement meilleur sur le sujet que les autres. En outre, on pourrait interroger les personnalités publiques pour rajouter leurs avis sur le site, ce qui créerait du contenu. Si cette application est créée et a le succès escompté, les politiciens devront faire leurs preuves dessus, et se confronter à ceux qui auront été reconnus comme experts sur un sujet par la communauté (c’est-à-dire qui auront gagné beaucoup de compétences), ça pourrait même être à terme une méthode pour repérer leurs compétences des gens et les sélectionner.

Cocoriko serait ravi d’implémenter ce concept… s’il en avait les moyens. C’est une application de ce genre, avec un potentiel de diffusion virale, qui peut permettre de rassembler la communauté nécessaire au réseau sociétal. Une fois la communauté suffisamment large, l’application se fondrait dans un outil plus élaboré, avec bien plus de fonctionnalités, notamment celles proposées par les utilisateurs.

Ce concept est proche de celui de Leadop, à ceci près que sur Leadop on ne peut pas donner son avis sur un sujet depuis son profil et ne plus participer (ce qui serait utile pour les personnes très occupées comme les chercheurs), et que les débats prennent le format de duels (ce qui est plus à même de susciter des échanges polémiques plutôt qu’un débat pédagogique ou une réflexion collective). Mais le principal reproche qu’on peut faire à Leadop, c’est de ne pas être un logiciel libre, et de ne pas être ouvert à une intégration dans un projet plus vaste.

EDIT : Bonne nouvelle : Cocoriko va finalement développer le concept que j'ai proposé ci-dessus.

Des réformes pour notre pays

Il est grand temps que ça déménage
Il n'y a jamais de tendance irrémédiable
Youssoupha

Cette dernière partie propose des mesures pour notre pays, moins cruciales mais plus précises que celles de la première partie. Le premier chapitre est consacré à une refonte en profondeur du système d’imposition et de prestations sociales français, inspirée de la Révolution fiscale ; il fait appel à des notions fiscales et mathématiques et doit donc être lu à tête reposée (ceux n’ayant pas ces notions peuvent quand même lire distraitement le chapitre : ils en capteront la substance). Le deuxième propose plusieurs petites mesures, presque anecdotiques, pour montrer que chaque bonne idée, aussi petite soit-elle, est bonne à prendre et à donner. Enfin, le troisième chapitre résume des propositions avancées par des groupes ou des économistes qui me semblent pertinentes.

La réforme des budgets

Pour une Révolution fiscale. Le principe global est de simplifier un système très complexe (impôts, chômage, retraites), d’informatiser et d’automatiser les transferts d’argents récurrents (comme les salaires ou les loyers) pour éviter les fraudes et les retards de paiement, de redéfinir démocratiquement la redistribution des richesses opérée par l’impôt, et enfin d’instaurer un revenu de base de 600€/mois pour tous les adultes, tout ça dans un souci de justice sociale. Un système de retraites dont le budget est par construction à l’équilibre est présenté. Les différences de cette réforme fiscale par rapport à la Révolution fiscale sont l’automatisation des transferts, la suppression des cotisations sociales, la suppression de l’ISF en contrepartie d’une hausse de l’impôt sur les successions, et le lissage temporel du revenu pris en compte pour le calcul de l’impôt (qui inclue les revenus pondérés des périodes antérieures). Enfin, mon site implémente la méthode proposée pour déterminer démocratiquement le barème de l’impôt, basée sur les préférences des citoyens.

Je vais présenter ici une refonte complète du système d’imposition et de prestations sociales français, inspirée de la Pour une Révolution fiscale. C’est peut-être le seul chapitre de la version simplifiée qui reste un peu technique. Le principe global est de simplifier un système très complexe (impôts, chômage, retraites), d’informatiser et d’automatiser les transferts d’argents récurrents (comme les salaires ou les loyers) pour éviter les fraudes et les retards de paiement, de redéfinir démocratiquement la redistribution des richesses opérée par l’impôt, et enfin d’instaurer un revenu de base de 600€/mois pour tous les adultes, tout ça dans un souci de justice sociale. Pour une explication plus simple du sujet et simuler soi-même la réforme des budgets, j'ai consacré une partie à part entière de ce site.

Une réforme bienvenue

Le système fiscal français est une grosse usine à gaz et nos dirigeants, qui cherchent obstinément comment réduire les dépenses de l’État, seraient bien avisés de s’intéresser à la façon de rendre ce bazar plus simple, plus juste et plus efficace. Non seulement on pourrait empêcher tout un tas de fraudes, mais on pourrait certainement réaffecter à des tâches moins ingrates la grosse portion des 150 000 fonctionnaires du ministère de l’Économie et des finances chargée de récolter l’impôt. Je vais proposer deux réformes majeures pour atteindre ces buts de lisibilité de l’impôt et de lutte contre les fraudes, les escroqueries et autres retards de paiement : l’automatisation et l’unification ; avant de proposer une nouvelle forme de l’impôt en fonction du revenu imposable, pour plus de justice sociale. Cette dernière proposition est nécessairement plus controversée que les deux premières, car les taux d’imposition doivent découler d’un débat démocratique, et je ne prétends pas détenir la vérité sur le choix de ceux-ci. C’est à cet effet que je proposerai en dernier lieu une approche alternative, pour que les français choisissent démocratiquement les taux d’imposition. Ce chapitre est le plus technique du livre, pour une explication plus simple du sujet et simuler soi-même la réforme des budgets, j'ai consacré une partie à part entière de ce site.

À ce stade, il convient d’expliquer brièvement ce qu’est l’impôt : c’est une obligation légale de verser une partie d’un revenu ou d’un patrimoine à une collectivité publique. Cela permet à la fois de financer les services publics (et certains services ne peuvent pas être délégués au secteur privé, même dans un système complètement libéral : la justice par exemple), et de redistribuer les richesses. En effet, pour un même effort certains sont rétribués bien plus que d’autres, soit par le hasard des choses, soit parce que leurs compétences sont plus recherchées, soit par des déterminismes historiques. Ainsi l’impôt – associé aux prestations sociales qu’il finance – permet-il de corriger en partie cette inégalité qui fait que certains gagnent 1000 fois plus que d’autres. Je ne détaillerai pas dans ce chapitre les arguments qui me conduisent à proposer cette réforme plutôt qu’une autre car ils sont très clairement expliqués dans Pour une Révolution fiscale, ouvrage aussi court et pédagogique qu’instructif, qu’il faut avoir lu pour comprendre mon travail, qui en est un approfondissement. Je donnerai quand même ce qui me semble l’idée clé de ce livre, et qui incite à vouloir unifier les impôts : les revenus, quels qu’ils soient, finissent toujours chez une personne physique. Ce sont principalement les personnes physiques qui profitent des services publics, et c’est également entre personnes physiques qu’apparaissent les inégalités. Aussi devrait-on à terme taxer uniquement les revenus des personnes physiques (y compris les héritages). Enfin certaines taxes ont une autre fonction : celle d’orienter les comportements (taxes écologiques, droits d’accise sur les drogues, etc.) ; celles-là évidemment n’entrent pas dans le cadre que j’évoque ici.

Deux comptes informatisés par contribuable

La première réforme consiste à informatiser tous les transferts d’argents récurrents des citoyens. Ainsi, chaque compte en banque devra être rattaché à un compte auquel l’administration aura accès de façon anonymisée29.

Une personne physique est un agent dont le compte n’est détenu par aucun autre. À l’inverse, les personnes morales sont détenues par d’autres agents, auxquels reviennent les revenus nets et le patrimoine dans les proportions dans lesquelles ils sont propriétaires. Dans la réforme proposée, chaque agent économique dispose d’un double compte bancaire accessible par lui seul30 sur Internet. Sur le premier, appelé compte revenu, il peut classer ses dépenses et ses revenus dans les différentes catégories de la page suivante. Le classement doit coïncider avec ce qu’annonce l’autre agent impliqué dans le transfert d’argent, dans le cas contraire une enquête est ouverte.

La première réforme consiste à informatiser tous les transferts d’argents récurrents des citoyens. Ainsi, chaque compte en banque devra être rattaché à un compte auquel l’administration aura accès de façon anonymisée62. Certains craindront une surveillance accrue des services de l’État, mais si l’anonymat des agents est assuré dans cette surveillance, elle ne peut que permettre de lutter contre la fraude et le blanchiment d’argent, en analysant les mouvements d’argent suspects, et pas de viser un individu particulier. Certes, si la justice a les moyens techniques de lever l’anonymat, ces moyens pourraient toujours être détournés de façon frauduleuse, mais c’est déjà le cas actuellement : les banques communiquent nos informations bancaires à la justice, aux services de répression des fraudes, et même sans doute aux services secrets. En tous cas, une lutte efficace à la fois contre la fraude individuelle et contre l’abus de pouvoir de l’administration, ne peut passer que par une transparence sur les algorithmes utilisés pour traiter les données financières, elles-mêmes stockées selon une structure décentralisée (ou mieux, distribuée) et accessibles publiquement pour un traitement automatisé choisi collectivement.

Une personne physique est un agent dont le compte n’est détenu par aucun autre. À l’inverse, les personnes morales sont détenues par d’autres agents, auxquels reviennent les revenus nets et le patrimoine dans les proportions dans lesquelles ils sont propriétaires. Dans la réforme proposée, chaque agent économique dispose d’un double compte bancaire accessible par lui seul63 sur Internet. Sur le premier, appelé compte revenu, il peut classer ses dépenses et ses revenus dans les différentes catégories de la page suivante. Le classement doit coïncider avec ce qu’annonce l’autre agent impliqué dans le transfert d’argent, dans le cas contraire une enquête est ouverte.


Revenus d’une entreprise :

-          Vente de biens et services

-          Revenus du capital de la société : revenus fonciers, dividendes, intérêts, plus-values

-          Investissements, emprunts, émission d’obligations

-          Dons

Dépenses d’une entreprise :

-          Salaires, cotisations sociales

-          Achat de biens et services

-          Loyers

-          Factures (eau, chauffage, électricité, gaz, téléphonie, Internet, télévision)

-          Impôts sur les bénéfices (IS)

-          Remboursement d’emprunts, d’obligations

-          Travaux, assurances

-          Versement de dividendes

-          Investissements, prêts, achat d’actions et d’obligations, achat d’entreprise


 


Revenus d’un particulier :

 

-          Salaires, retraites, indemnisation chômage

-          Allocations sociétales

-          Pensions

-          Loyers et autres revenus fonciers

-          Dividendes, intérêts, plus-values

-          Vente de biens et services

-          Dons

Dépenses d’un particulier :

-          Loyers

-          Achats de la vie quotidienne (alimentation, transports, voyages, objets divers, restauration)

-          Factures (eau, chauffage, électricité, gaz, téléphonie, Internet, télévision)

-          Impôts : impôt sur le revenu, impôts locaux (taxe foncière, taxe d’habitation…), ISF, etc.

-          Travaux

-          Assurances

-          Investissements : achats immobiliers, achat de produits financiers, épargne

-          Pensions, dons


 

Sur le second, appelé compte patrimoine, figurent les actifs traçables de l’agent : ses biens immobiliers, ses actions et ses voitures par exemple, mais pas ses bijoux (qui ne sont pas identifiables lors de la revente). Si l’agent est endetté (car il a contracté un emprunt immobilier, par exemple), le montant de sa dette initiale figure dans son compte patrimoine et les intérêts qu’il rembourse chaque mois figurent dans les dépenses de son compte revenu. De même, tout contrat financier (bail, obligation, pension, salaire) peut être enregistré dans les comptes des personnes impliquées dans le contrat et les revenus et dépenses idoines sont automatiquement transférés d’un compte à l’autre, ce qui évite les escroqueries et retards de paiement. Ainsi, les revenus et dépenses à venir peuvent figurer sur le compte revenu. S’il fait une plus-value, l’agent n’est pas taxé tant qu’il ne transfère pas cette plus-value dans son compte revenu, ce qui en fait alors un revenu comme un autre (et taxé comme tel, cf. infra). En fait, la taxation des plus-values est un peu plus subtile que ça, pour éviter de taxer une plus-value alors que l’agent a fait une moins-value plus importante par ailleurs. On enregistre tout transfert d’argent du compte revenu d’un agent à son compte patrimoine (dans le registre : achat de patrimoine) et tout transfert d’argent dans l’autre sens (vente de patrimoine). Le registre vente de patrimoine ne concerne que les transferts d’argents du compte patrimoine au compte revenu : on peut parfaitement vendre un appartement et en racheter un sans transférer d’argent du compte patrimoine vers le compte revenu. Ne sont taxés que les ventes de patrimoines (au sens du registre) qui excèdent les achats de patrimoine : si un agent a acheté 40 000€ de patrimoine au cours de sa vie, seules les ventes de patrimoine au-delà de 40 000€ seront imposables. Ainsi, si l’agent achète 40 000€ de patrimoine à 30 ans et ne franchit le cap des 40 000€ de patrimoine vendus qu’à 60 ans, ce n’est qu’à partir de cet âge-là qu’il est imposé sur ses ventes de patrimoine. En revanche, les revenus qui n’altèrent pas la valeur du patrimoine (loyers, dividendes…) sont taxés comme les autres.

Un impôt

En présentant l’informatisation, j’ai légèrement anticipé sur la deuxième réforme: la fusion du plus d’impôts possibles en un seul. En effet, personne ne s’y retrouve en l’état actuel entre l’impôt sur le revenu, la CSG, la CRDS, les cotisations sociales patronales et salariés, l’impôt sur les sociétés (IS), la TVA, l’ISF, la taxe professionnelle, la taxe foncière, la taxe d’habitation, la taxe sur les salaires… qui ont des montants variables selon diverses règles, et la liste n’est même pas exhaustive ! Avant de poursuivre, je tiens à préciser qu’unifier les impôts n’implique pas nécessairement de changer le montant de l’impôt (même si je proposerai ceci par ailleurs) : en effet, en connaissant le revenu disponible (i.e. le revenu après impôt et après transferts) actuel, on peut très bien à l’aide du compte informatisé caler le niveau du revenu futur sur le niveau actuel, et déduire l’impôt en conséquence.

Fondre tous les impôts en un seul est malheureusement utopique, à cause d’une réalité qui n’est pas prête de s’effacer : les frontières. En effet, il y a des impôts qu’on ne peut pas fusionner, du fait de l’existence de frontières nationales : les impôts sur les revenus espagnols et français, par exemple ; et d’autres qu’on ne peut pas supprimer du fait de frontières locales : les impôts locaux (taxe foncière, taxe d’habitation, taxe professionnelle). En effet, il est du ressort de chaque collectivité de décider quelle part de ses revenus elle va mettre en commun. En théorie, tous les impôts nationaux d’un pays pourraient être fondus en un seul, sans que les revenus disponibles pour chacun ne changent. En pratique, c’est plus difficile, notamment à cause du Traité sur le Fonctionnement de l’Union Européenne, qui interdit de taxer les transferts de capitaux entre États : si on supprimait l’IS dans ce cadre, les dividendes versés dans des pays européens à la fiscalité plus légère seraient moins taxés, ce qui avantagerait les actionnaires. C’est ainsi qu’il faut défendre un niveau minimal d’impôt sur les bénéfices non réinvestis des entreprises européennes, avant une harmonisation fiscale européenne plus complète. De même, si les taxes sur la consommation ont été historiquement créées parce que leur collecte était plus aisée que la collecte de l’impôt sur les revenus, ce qui ne serait plus le cas si on centralisait toutes les informations sur les revenus, supprimer la TVA n’est pas autorisé par la législation communautaire. En outre, suivant les différents profils de consommateurs, tous les contribuables ne paient pas le même montant de TVA (en faisant l’hypothèse que, in fine, c’est le consommateur qui paie cette taxe) : ainsi supprimer la TVA avantagerait les gros consommateurs par rapport à ceux qui investissent, ce qui est critiquable64 dans un monde de raréfaction des ressources.

Ainsi, je propose ci-après la solution qui permet à mon sens sur le court terme de réunir le plus d’impôts en un seul, pour le plus de simplicité possible.

Tous les impôts existant qui ne sont pas des impôts locaux, des impôts écologiques, des taxes spéciales ou des droits de successions : IRPP, CSG, CRDS, ISF et cotisations sociales65, sont remplacés par un impôt unique individualisé progressif calculé sur la base du revenu imposable de chaque personne physique. Les entreprises remplacent les nouveaux salaires nets par les anciens salaires superbruts. Les dividendes et autres revenus du capital versés d’un compte d’une personne morale française vers l’étranger (hors UE) sont taxés pour éviter que les entreprises se soustraient à l’impôt en transférant de l’argent dans des pays à la fiscalité plus légère. L’impôt est prélevé mensuellement et prévisionnellement, sauf si le contribuable demande de payer l’impôt moins fréquemment et/ou au titre de la période de temps passée. Le passage de l’impôt sous sa version actuelle au nouvel impôt doit se faire progressivement : l’année précédant l’application de la mesure permettrait aux agents de prendre conscience de leur futur budget et à l’administration de résoudre les bugs, puis sur les 5 premières années d’application de la mesure, le montant acquitté au titre de l’impôt par les particuliers et les entreprises évoluerait linéairement de l’ancien vers le nouveau66.

 

Revenu mensuel d’un particulier dans le cadre de la réforme proposée :

-          Revenu déchargé : salaires, retraites, allocations chômage, revenus fonciers, dividendes, intérêts, plus-values, pensions de réversion, allocations pour handicapé…

-          Pensions et dons reçus depuis un compte revenu d’une personne physique

-          Forfait pour les dépenses de base : 300€/mois (220€ pour les dépenses de la vie quotidienne (alimentation, vêtements, transport…), 10€ pour l’assurance obligatoire, 20€ pour l’accès à Internet et au téléphone, 20€ pour l’eau et 30€ pour l’énergie)

-          Forfait logement dépendant de la zone d’habitation, du nombre de personnes à charge, majoré pour les étudiants vivant seuls : 300€/mois en moyenne (prix moyen du m² en France : 15€, le forfait assure 20m²)

-          Forfait par enfant à charge : 200€/mois (ou 100€/mois par parent)

 

On instaure ainsi un revenu de base de 600€/mois en moyenne pour chaque contribuable. Cela permet que chacun ait le minimum pour vivre de façon autonome, puisse refuser d’exercer un travail dans des conditions qu’il désapprouve ou se consacrer à un projet qui lui tient à cœur, même si ce projet est incertain.

 

Revenu imposable, sur la base duquel est calculé le nouvel impôt :

+          Revenu déchargé

+          Loyer fictif si la personne est propriétaire non accédant

–          Cotisations retraites

–          Impôts locaux et européens

–          Dépenses de travaux certifiés écologiques

            Quelle que soit la forme de l’impôt retenu, le montant de l’impôt ne devra pas excéder le revenu déchargé (ce se produirait sinon pour quelqu’un ayant un revenu déchargé nul et un loyer fictif non nul).

Forme de l’impôt, taux d’imposition

Il faut que le revenu final à l’issue de la réforme dépende uniquement du revenu final avant la réforme33, et non du revenu imposable. Ce n’est pas compliqué à mettre en œuvre : il suffit d’imposer les gens au taux qui correspond à celui du revenu imposable moyen de ceux qui ont leur revenu final actuel. Informatiquement c’est très simple, et ça n’ôte rien à la simplification qui consiste à unifier bon nombre d’impôts en adoptant la nouvelle notion de revenu imposable, même si ça lui substitue la notion de revenu final comme variable privilégiée pour choisir la forme de l’impôt.

Je vous ai peut-être largué dans les dernières phrases, alors regardez plutôt la figure ci-dessous, qui explique la nouvelle approche.

Si la simplification et l’informatisation de l’impôt me semblent assez naturelles, il n’en est pas de même pour les différents taux d’imposition. La forme de l’impôt doit être décidée démocratiquement. Comment connaître les préférences de chacun et les agréger ? C’est un vrai problème. L’important c’est qu’à l’issue du processus de décision on ait un relatif consensus. Ce consensus ne peut être idéologique, car chacun a des motivations différentes (même si la plupart du temps ces motivations se résumeront simplement à gagner plus personnellement), on doit donc s’accorder sur la forme de la (re)distribution. Et pour cela il faut dans un premier temps nous accorder sur la façon de décider collectivement cette forme de l’impôt. Je vais te présenter les deux approches qui se sont succédées lors de l’écriture de ce chapitre, quant à la forme que je veux donner au nouvel impôt.

Approche initiale : l’impôt comme fonction simple du revenu imposable

Ma première approche était la suivante : trouver puis proposer la courbe d’imposition qui me semblait la plus juste, afin qu’un gouvernement la mette en pratique. Je cherchais une formule mathématique qui ajuste automatiquement la recette totale de l’impôt au montant qu’elle doit atteindre : . En outre, je cherchais une formule simple et progressive. Ça m’a conduit à imaginer la forme suivante, où l’impôt est noté  et le revenu imposable r :

 est tel que  où  est les dépenses imposantes de l’État définies comme :

       

En pratique, on approxime  en utilisant une estimation de la fonction de répartition des revenus  telle que 
et on a alors.

Simulation du nouvel impôt

J’ai pu simuler le nouvel impôt grâce au remarquable travail effectué par T. Piketty, C. Landais, E. Saez et G. Saint-Jacques à travers le site revolution-fiscale.fr. J’ai dans un premier temps simulé la répartition des revenus imposables dans la population française, et obtenu le graphe ci-contre :

Lecture : environ 40 millions d’adultes ont un revenu imposable inférieur à 50 000€.

Ensuite, j’ai trouvé le paramètre  tel que les recettes du nouvel impôt soient égales à . J’ai estimé  grâce au livre Pour une révolution fiscale (p. 43), en le prenant égal à la somme des recettes des impôts sur le revenu (IRPP, CSG), des cotisations sociales (cotisations chômage, retraite68, famille, maladie, formation, etc.), de l’ISF, du coût de revenu de base et du forfait par enfant à charge, remplaçant les multiples prestations pour la famille, le logement et la solidarité, dispensées par la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF). Le coût de ces nouvelles prestations est de 397 milliards d'euros, tandis que les économies réalisées sont de 74 milliards d'euros. Tous les calculs ont été faits pour l’année 2010, on a  et on trouve . Le graphique ci-dessous représente l’impôt net dû par quelqu’un sans enfant à charge, en fonction de son revenu imposable, dans le nouveau système (i.e. ) (en jaune).

Lecture : les personnes sans enfant à charge avec un revenu imposable de 21 807€ ont une contribution nulle à l’impôt (leur impôt compense exactement les prestations de l’État qu’ils reçoivent).

Pour reproduire ma simulation, il te faut télécharger les données de revolution-fiscale.fr, utiliser le logiciel de statistiques STATA, exécuter ma simulation71, ce qui générera la fonction de répartition des revenus imposables72, utilisée pour mon estimation de 71.

Je tiens à signaler le principal problème de la réforme proposée (et non des moindres) : dans ce nouveau système, le contribuable le plus fortuné de France, qui a un revenu imposable de 100 millions d’euros, aurait un revenu net d’impôt de… 80 000€ ! Il risque de ne pas être content… Ainsi, il faut imaginer une autre formule pour l’impôt.

Nouvelle approche : une forme choisie collectivement

La première approche ne convenait pas : la formule que j’ai proposée est trop rigide, elle impose une forme, simple certes, mais arbitraire, à l’impôt. J’ai d’abord cherché à introduire un degré de liberté dans ma formule, une sorte de coefficient de forme, qu’on pourrait faire varier pour modifier la forme (notamment la progressivité) de l’impôt afin de le soumettre au choix citoyen. En effet, la plupart des gens auraient sans doute trouvé trop progressive la forme que donne ma première formule. La deuxième formule que j’ai trouvée,
, où  est un revenu maximal théorique qui constitue le degré de liberté, a en réalité quasiment la même forme que la première formule (sauf à la limite si on prend  extrêmement grand, mais dans ce cas-là mon ordinateur n’a pas pu calculer ). En outre, je me suis rendu compte en manipulant les données fiscales qu’il y avait une dispersion des valeurs du revenu imposable en fonction du revenu final actuel. En d’autres termes, des gens avec un même revenu final (i.e. revenu net de tout impôt) n’ont pas le même revenu imposable, au sens défini ci-dessus. Les écarts sont parfois importants, et sont principalement dus à des différences dans les taux de cotisation. Ainsi, il faut dans tous les cas, pour que la réforme soit juste socialement, que le revenu final à l’issue de la réforme dépende uniquement du revenu final avant la réforme73, et non du revenu imposable. Ce n’est pas compliqué à mettre en œuvre : il suffit d’imposer les gens au taux qui correspond à celui du revenu imposable moyen de ceux qui ont leur revenu final actuel. Informatiquement c’est très simple, et ça n’ôte rien à la simplification qui consiste à unifier bon nombre d’impôts en adoptant la nouvelle notion de revenu imposable, même si ça lui substitue la notion de revenu final comme variable privilégiée pour choisir la forme de l’impôt.

Je t’ai peut-être largué dans les dernières phrases, alors regarde plutôt la figure ci-dessous, qui explique la nouvelle approche.

Le graphe est l’inverse de la fonction de répartition du revenu final actuel (hors allocation) et du revenu initial (j’aurais dû mettre le revenu imposable, qui est heureusement très proche, mea culpa). En d’autres termes, le point A correspond au revenu final du 40 millionième contribuable le plus pauvre : en l’occurrence 26 800€/an. Le petit graphique est en fait le graphique non tronqué, qui montre jusqu’où va le pic que fait la courbe sur la droite. Les courbes en pointillés correspondent à des proportions fixes du revenu initial : 140%, 120%, 80%, 60%, 40% et 20%, appelons-les les iso-revenus initiaux. Choisir une nouvelle courbe pour l’impôt va se ramener à choisir une nouvelle forme pour la courbe  en noir : la courbe verte est un exemple. La nouvelle courbe doit respecter certaines conditions :

-          Le taux d’imposition doit être progressif, c’est-à-dire qu’elle ne doit traverser les courbes d’iso-revenu initiaux que dans un sens : en allant vers des iso-revenus de plus en plus bas

-          La nouvelle courbe doit être située entre la courbe actuelle et la droite légèrement croissante  qui passe par  : en effet, on ne va pas taxer davantage les plus pauvres ni attribuer un meilleur revenu après impôt à quelqu’un qui gagnait moins avant (on conserve le classement des gens en fonction de leurs revenus, en somme).

-          Les deux aires hachurées en vert doivent être égales : elles correspondent à l’argent prélevé aux riches et transféré aux pauvres, par rapport à la situation actuelle : .

4 paramètres sont essentiels pour déterminer la nouvelle forme de l’impôt :

-           : le revenu de base ()

-           : le nombre de contribuables avantagés par la réforme ( ).

-           : le revenu final maximal ( ), ou de manière équivalente, : le taux d’imposition maximal

-           : la somme d’argent transféré des riches vers les pauvres par la réforme, qui est bornée par le choix de .

On peut proposer un algorithme qui propose une nouvelle forme d’impôt en fonction de ces 4 paramètres, et de la distribution actuelle des revenus. Ça donnerait quelque chose comme :

1.      Trouver pour les deux intervalles (avant et après a), la courbe naïve qui permet de transférer . La courbe naïve étant définie comme : , où  est la droite légèrement croissante passant par  et  la courbe du maximum entre le revenu final actuel et le revenu de base,  étant le minimum des aires entre  et  sur l’intervalle à gauche ou sur l’intervalle à droite de .

2.      Lisser la courbe naïve de sorte qu’elle corresponde à un impôt progressif.

Mais ce qui est intéressant avec cette approche, c’est que, plutôt que de laisser le travail à un algorithme, on peut demander aux citoyens de décider la forme du nouvel impôt. Dans un premier temps, on pourrait offrir à l’internaute un outil de simulation où il choisirait la forme du nouvel impôt, soit en testant l’algorithme ci-dessus avec ses propres valeurs des paramètres, soit en lui laissant la possibilité de déplacer une quinzaine de curseurs pour définir la nouvelle courbe verte. Il suffirait alors d’appliquer l’algorithme ci-dessous pour rendre la courbe proposée en adéquation avec les contraintes :

1.      Détermination de  : point où la courbe proposée croise la courbe actuelle.

2.      Détermination de  : moyenne entre ce qui est prélevé aux riches et ce qui est transféré aux pauvres.

3.      Ajustement de la courbe proposée à la valeur de , en la rapprochant de la proportion qu’il faut de  ou de  sur chacun des deux intervalles.

4.      Vérification que l’impôt est progressif et respecte les conditions ci-dessus, avertissement de l’internaute dans le cas contraire (exemple à l’appui).

On pourrait, en demandant à un échantillon représentatif de la population de choisir, après autant de tentatives qu’il souhaite, la forme de l’impôt qu’il préfère, pour connaître les préférences citoyennes des taux d’imposition. Ensuite, on pourrait déterminer les 4 paramètres ci-dessus comme la moyenne des propositions, et on obtiendrait les choix des points ,  et  ainsi que . Enfin, on pourrait déterminer la courbe préférée des citoyens comme la courbe respectant la forme moyenne des courbes proposées et les paramètres moyens proposés, la forme moyenne étant définie par la moyenne des courbes respectant les contraintes quand on dilate chacun des deux morceaux (avant et après ) de sorte que les extrémités des deux morceaux coïncident avec les points ,  et , ajustée grâce à l’étape 3 de l’algorithme ci-dessus.

Pour clore ce processus, on pourrait soumettre la nouvelle forme d’impôt à un référendum, ce qui concilierait l’approche initiale (ou on vote pour ou contre une forme donnée) et la nouvelle approche, où on cherche à tenir compte des préférences de chacun. On pourrait ensuite conserver l’impôt tel quel, ou trouver la meilleure approximation affine par quelques morceaux, si on est attaché aux calculs avec des taux marginaux.

Enfin, la nouvelle approche peut se décliner en deux variantes (on a implicitement choisi la deuxième jusqu’ici) :

-          Le réajustement perpétuel : l’impôt maximal serait relativement faible, mais l’opération consistant à déterminer le nouveau revenu final en fonction de l’ancien se renouvellerait chaque année, donc chaque année des gens seraient avantagés et d’autres désavantagés par l’impôt (en ce sens qu’ils gagneraient plus ou moins que l’année précédente à revenu imposable égal)

-          La transition vers le nouvel impôt : la courbe verte choisie serait définitive, c’est-à-dire qu’après la réforme (qui s’étalerait je le rappelle sur plusieurs années pour que l’économie ait le temps de s’adapter à la nouvelle distribution des revenus et aux nouvelles habitudes de consommation qui en découleront), la répartition des revenus finaux ne changerait pas à cause de l’impôt.

Je ne suis pas le premier à réfléchir à ces questions, et d’autres approches sont possibles : flat tax, propositions de la fondation Copernic ou de la Révolution fiscale, etc. Les idées essentielles à retenir de ce chapitre sont l’unification des impôts, et l’informatisation, qui permettent de simplifier notre système fiscal (et donc de réduire le coût de la collecte des impôts) et de lutter contre les fraudes et retards de paiement : elles devraient être mises en place sans plus tarder. Pour la forme de l’impôt, j’ajoute ma proposition au débat public mais je ne prétends pas que j’apporte la meilleure solution. J’appelle simplement nos dirigeants à réformer la forme de l’impôt de façon transparente et démocratique, pour une meilleure justice sociale.

Dans un premier temps, on pourrait offrir à l’internaute un outil de simulation où il choisirait la forme du nouvel impôt, en lui laissant la possibilité de déplacer une quinzaine de curseurs pour définir la nouvelle courbe verte.

On pourrait, en demandant à un échantillon représentatif de la population de choisir, après autant de tentatives qu’il souhaite, la forme de l’impôt qu’il préfère, pour connaître les préférences citoyennes des taux d’imposition. Pour clore ce processus, on pourrait soumettre la nouvelle forme d’impôt à un référendum.

Justification de l’unification des impôts proposée

Le marché du travail ne permet pas d’attribuer les salaires proportionnellement aux efforts ou aux mérites, pour plusieurs raisons. D’abord, les salaires sont des constructions historiques déterminés par des luttes sociales ; ensuite, ceux qui ont un talent ou une compétence rare percevront une rente indue par rapport aux efforts qu’ils fournissent, parce qu’ils seront très demandés ; enfin, les revenus dépendent pour une grande partie des déterminismes sociaux de chacun, plus que des efforts mis en œuvre. En effet, notre société repose sur l’héritage (financier, culturel, relationnel), et les rôles de chacun sont quasiment déterminés par l’héritage (les exceptions ne peuvent devenir la règle). Aussi, je soutiens cette règle morale : « les autres humains feront autant d’efforts pour toi que tu en fais pour eux ». Pour se rapprocher de cette règle, il convient de limiter les défaillances du marché du travail qui produisent des écarts de revenus bien au-delà du raisonnable, en adoptant un impôt progressif sur le revenu. Le salaire horaire unique est la fausse bonne idée, car il ne permet pas de récompenser ceux qui font plus d’efforts que d’autres, et expose l’économie à un marché noir parallèle.

Un impôt progressif sur le revenu, même si on le rend plus progressif qu’actuellement, ne suffit pas à contrer l’inégalité des chances due à l’héritage. Pour rééquilibrer le revenu obtenu en fonction des efforts, augmenter les droits de succession est inéluctable. Actuellement, un couple français peut transmettre sans payer de droits de succession 600 000€ par enfant en 30 ans74 (à comparer aux 42 000€ de patrimoine médian des adultes français). Même sans tenir compte des abattements, la fiscalité de l’héritage est faible : le taux marginal supérieur n’est que de 45% (en d’autres termes, la personne la plus fortunée de France transmettra plus de 55% de son patrimoine à ses descendants). Évidemment, l’héritage s’oppose à la règle morale que j’ai donnée, car elle confère un revenu potentiel (le patrimoine financier produisant un revenu) à des gens qui n’ont pas fait d’effort pour l’obtenir. Accessoirement, l’héritage peut amener certains à souhaiter la mort de leurs parents, ce qui est vraiment ignoble. Ainsi, je soutiens une forte hausse des droits de successions, qui prendrait par exemple la forme suivante :

-          Suppression des abattements lors de donations

-          Impôt nul pour les héritages inférieurs à 100 000€ par enfant

-          Au-delà, impôt fortement progressif : par exemple un taux marginal de 10% entre 100 000€ et 200 000€, 20% entre 200 000€ et 400 000€, 30% entre 400 000€ et 700 000€, 40% entre 700 000€ et 1 000 000€, 50% entre 1 million d’euros et 2 millions d’euros, 60% entre 2 millions et 5 millions, 70% entre 5 millions et 20 millions, 80% entre 20 millions et 100 millions, 90% entre 100 millions et 1 milliard, 99% au-delà d’un milliard d’euros.

Avec les taux proposés à la va-vite ci-dessus, qui ne sont pas non plus démesurés, quelqu’un recevant un héritage de 400 000€ devra s’acquitter de 50 000€ d’impôts, 260 000€ pour un héritage d’un million d’euros, 2,56 millions pour un héritage de 5 millions d’euros…
EDIT : D'après un calcul très approximatif, et en choisissant des règles que je ne détaille pas concernant la taxation des donations, j'obtiens que cette réforme de l'impôt sur les successions rapporterait environ 2% de PIB par an à l'État - soit autant que la taxe "Piketty" sur le patrimoine a(ce qui invite à la prudence : une taxe aussi élevée ne peut qu'avoir de grosses conséquences sur la société).

Une telle réforme devrait s’étaler sur une longue durée (un demi-siècle par exemple), pour passer progressivement des taux actuels aux nouveaux taux sans avantager ceux d’une même génération qui ont déjà perçu leur héritage. L’État pourrait proposer de devenir propriétaire d’une partie des biens des héritiers, pour éviter que ceux-ci ne doivent vendre le bien immobilier dont ils héritent pour payer les droits de succession. Enfin, pour les importants patrimoines, l’État pourrait permettre aux héritiers de conserver la gestion des biens hérités, contre un éventuel salaire, et de leur accorder un pouvoir décisionnel sur l’avenir à donner au bien (souvent immobilier), mais en ôtant aux héritiers tout droit de propriété sur les biens en question, pour que la gestion des châteaux, des usines, etc., auxquels les héritiers sont potentiellement attachés, profite de leur expérience du lieu.

Impôt progressif sur le revenu, héritage fortement taxé : cela suffit-il pour ramener la société vers la règle morale fixée au début ? Non, il manque un élément : une taxation différenciée des revenus du travail et des revenus du patrimoine. En effet, les revenus du patrimoine demandent un effort bien moins grand pour être perçus (même si cet effort est non nul : entretien des lieux et relations avec les locataires pour le patrimoine foncier, travail d’information et de prises de décision sur l’entreprise dont on est actionnaire pour le patrimoine financier). Aussi, c’est le gros défaut de la réforme que je propose ci-dessus de ne pas différencier l’impôt sur les revenus du patrimoine et l’impôt sur les revenus du travail (même si les premiers sont de fait légèrement plus taxés puisque ceux qui ont un patrimoine s’acquittent de la taxe foncière et/ou de l’IS en plus de l’impôt sur le revenu). Ce ne serait pas compliqué de pallier ce problème, par exemple en décrétant que le taux d’imposition de l’un est le double de l’autre (en réalité il faudrait étudier quelle proportion est la proportion juste entre les deux taux). C’est un raffinement qu’il faudra prévoir si la réforme que je propose est effectivement mise en œuvre.

À ce stade, je crois que nous arrivons à un une proposition de système fiscal plutôt juste. Seuls deux bémols subsistent : le degré de progressivité (qui doit être établi démocratiquement, et que je trouve personnellement encore trop faible dans mes dernières propositions75 – pas dans l’approche initiale), et l’absence de redistribution internationale (mais ce sujet est traité dans d’autres chapitres pour ce qui est du financement du développement, et succinctement dans ce chapitre pour le financement de l’UE, quand j’évoque un impôt commun sur les bénéfices des sociétés). Aussi, on pourra s’étonner que je préconise de supprimer l’impôt sur la fortune. C’est dû au fait que je considère le patrimoine comme une charge (qui représente un travail certes plus faible qu’un emploi à revenu égal, mais un travail quand même), et que je classe les avantages liés au patrimoine dans les revenus du patrimoine. C’est ceux-ci que je propose de taxer, plus qu’un patrimoine éventuellement non rentable (maison familiale à l’île de Ré ou château dont l’entretien coûte une fortune, par exemple).

Un ultime raffinement de cette réforme fiscale : le lissage temporel

Actuellement les impôts sont calculés sur les revenus annuels. Dans la réforme que je propose, ils seraient calculés sur les revenus mensuels. Or, calculer un impôt progressif sur une période de temps trop courte est source d’injustice, car ceux dont les revenus varient d’une période sur l’autre paient plus d’impôts que ceux qui ont des revenus stables (à moyennes sur les périodes égales), alors même que c’est plus avantageux (car on peut mieux prévoir son budget) d’avoir des revenus stables. Pour éviter ce problème, le revenu pris en compte dans le calcul de l’impôt pourrait être l’ensemble des revenus passés de l’individu, pondérés par leur « récenteté » : on pourrait par exemple calculer l’impôt sur un agrégat formé à 50% du revenu la période en cours, à 20% de la dernière période, à 15% de l’avant-dernière période, à 10% de celle d’avant, etc.

Actuellement les impôts sont calculés sur les revenus annuels. Dans la réforme que je propose, ils seraient calculés sur les revenus mensuels. Or, calculer un impôt progressif sur une période de temps trop courte est source d’injustice, car ceux dont les revenus varient d’une période sur l’autre paient plus d’impôts que ceux qui ont des revenus stables76 (à moyennes sur les périodes égales), alors même que c’est plus avantageux (car on peut mieux prévoir son budget) d’avoir des revenus stables. On pourrait pour éviter ce problème calculer l’impôt non pas sur les revenus annuels, mais sur la moyenne des revenus depuis que la personne a commencé à travailler. Mais alors se poserait un autre problème : on calculerait l’impôt essentiellement sur les revenus passés au lieu de prendre en compte les revenus en cours, et quelqu’un qui a cessé de gagner de l’argent pourrait continuer à payer des impôts. Nous sommes finalement obligés de faire un arbitrage entre une égalité parfaite face à l’impôt par rapport aux revenus sommés dans le temps et une dépendance totale de l’impôt par rapport aux revenus en cours (lié à la capacité de payer). Le revenu pris en compte pourrait être l’ensemble des revenus passés de l’individu, pondérés par leur « récenteté » : on pourrait par exemple calculer l’impôt sur un agrégat formé à 50% du revenu la période en cours, à 20% de la dernière période, à 15% de l’avant-dernière période, à 10% de celle d’avant, etc.

Le revenu pris en compte aurait alors la forme suivante, avec  le revenu imposable,  le nombre de mois depuis le premier travail du contribuable et  la fonction de lissage temporel (une densité de probabilité croissante et convexe à choisir) :

 + µ

où µ est un coefficient facultatif qui, s’il est choisi strictement positif (plutôt que nul), permet de payer moins d’impôts quand nos revenus baissent (et en contrepartie d’en payer plus quand ils augmentent).

Un revenu de base et une assurance chômage à la danoise

La réforme proposée inclue un revenu de base, de 600€ par personne et par mois en moyenne (les variations étant dues à la zone d’habitation), majoré de 200€ par enfant à charge (soit 100€ par parent dans la plupart des cas), qui permet à toute personne en situation régulière de s’assurer les conditions nécessaires au bien-être, et qui remplacera RSA, allocations familiales, prestations aux jeunes enfants, et prestations légales indirectes financées par la CNAF.

Dans la réforme proposée, comme dans le système danois, l’allocation chômage dépend de façon régressive du salaire antérieur (plus il était élevé, plus l’allocation chômage est élevée en valeur absolue, mais moins elle est élevée en proportion du salaire antérieur) et l’accent est mis sur la formation ; mais contrairement au système danois, l’allocation diminuerait progressivement au cours du temps, pour inciter le chômeur à retrouver rapidement un travail : de 100% du salaire antérieur lors du premier mois de chômage, l’allocation tomberait au revenu de base à la fin de cinq années cumulées d’inactivité.

La réforme proposée inclue un revenu de base, de 600€ par personne et par mois en moyenne (les variations étant dues à la zone d’habitation), majoré de 200€ par enfant à charge (soit 100€ par parent dans la plupart des cas), qui permet à toute personne en situation régulière de s’assurer les conditions nécessaires au bien-être, et qui remplacera RSA, allocations familiales, prestations aux jeunes enfants, et prestations légales indirectes financées par la CNAF.

La réforme de l’impôt s’accompagnerait efficacement d’une réforme de l’assurance chômage. Celle-ci peut continuer à être gérer par les partenaires sociaux, s’ils y tiennent (car même si les cotisations sociales sont supprimées, l’État garantirait d’allouer un montant au moins égal à ces cotisations, pour les remplacer), mais dans ce cas-là il faudrait encourager la syndicalisation (en promouvant la présence de représentants salariés dans les conseils d’administration par exemple). La réforme de l’assurance chômage est inspirée de la flexicurité danoise, fondée sur trois piliers : une grande flexibilité dans les règles d’embauche et de licenciement, qui permet une forte rotation de la main d’œuvre ; une indemnisation généreuse du chômage : 90% du revenu antérieur pour les salariés dont le revenu était inférieur à deux-tiers du salaire moyen, 60% pour un revenu autour du revenu moyen ; entre la deuxième et la quatrième année de chômage, le chômeur doit suivre une formation pendant au moins 75% de son temps (la première année, il est libre de chercher son emploi par lui-même).

Dans la réforme proposée, comme dans le système danois, l’allocation chômage dépend de façon régressive du salaire antérieur (plus il était élevé, plus l’allocation chômage est élevée en valeur absolue, mais moins elle est élevée en proportion du salaire antérieur) et l’accent est mis sur la formation ; mais contrairement au système danois, l’allocation diminuerait progressivement au cours du temps, pour inciter le chômeur à retrouver rapidement un travail : de 100% du salaire antérieur lors du premier mois de chômage, l’allocation tomberait au revenu de base à la fin de cinq années cumulées d’inactivité. Faute de données, je n’ai pas pu simuler cette réforme du chômage (il faudrait une convention spéciale avec l’Unedic pour obtenir les données).

Une grande réforme des retraites

Il y a actuellement 35 régimes différents de retraites, personne n’est en mesure de calculer ses futurs droits à la retraite, tellement le système est compliqué, et des injustices se nichent forcément dans les myriades de régimes différents. C’est pour cela que je propose une simplification du système des retraites, reprenant la logique des propositions d’Antoine Bozio et Thomas Piketty. Cette réforme s’étalerait, comme celle des impôts, sur une quinzaine d’années, le montant reversé aux retraités passant linéairement de l’ancien au nouveau. Encore plus que la réforme des impôts, les dirigeants, s’ils peuvent s’appuyer sur le système très simple que je propose, devront prendre le temps d’élaborer la réforme sur plusieurs mois (voire plusieurs années), et la rédiger en concertation avec les différents membres de la société, pour bien prendre en compte tous les cas particuliers. Voici les quelques règles qui suffiraient quasiment à décrire un bon système de retraites :

On choisit le montant qu’on cotise pour notre propre retraite chaque année, avec cependant quelques contraintes :

-          On doit cotiser minimum de quoi pouvoir toucher le revenu de base pendant 30 ans pour avoir le droit d’arrêter de cotiser77

-          On ne peut pas cotiser si on touche sa retraite (mais on peut continuer à travailler)

-          Quand on cotise, on doit cotiser au maximum 50% de son revenu déchargé chaque et année, et au minimum 25% du SMIC horaire multiplié par le nombre d’heures travaillées dans l’année.

Chaque année , le citoyen  cotise une fraction  de l’ensemble  des cotisations retraites françaises (, donc ).

L’année du départ à la retraite de , on calcule les droits à la retraite  qu’il a accumulés et son espérance de durée de retraite  (égale à son espérance de vie moins son âge) – elles ne seront pas recalculées ensuite. On a le montant total cotisé par l’individu j , tandis que l’espérance de vie est estimée en fonction de la catégorie socio-professionnelle (CSP). On calculera pour cela chaque année l’espérance de vie d’une vingtaine de CSP. Si  a travaillé dans différentes CSP au cours de sa vie,  vaudra la moyenne pondérée des espérances de durée de retraite correspondantes.

Le montant reversé à  chaque année de sa retraite vaut alors :

Le montant est proportionnel aux cotisations versées durant la vie active et inversement proportionnel à l’espérance de durée de retraite, ce qui assure qu’en moyenne on touche autant durant sa retraite que ce qu’on a cotisé avant.

Les règles de ce système empêchent le retraité de choisir de gagner temporairement moins ou de continuer à cotiser (contrairement au système proposé par A. Bozio et T. Piketty), mais présente l’avantage que le budget retraite est par construction chaque année à l’équilibre (contrairement à leur proposition). Si les citoyens décident que les pensions (i.e. les cotisations) ne sont pas assez élevées, ils peuvent cependant décider d'emprunter de l'argent pour les augmenter ; ou au contraire, ils peuvent décider d'épargner s'ils trouvent que les retraites sont trop élevées, ce qui aurait pour effet de déséquilibrer le budget retraite. Mais par défaut, le budget dévolu aux retraites serait équilibré.

Remarques d’Antoine Bozio et d’Alain Trannoy :

J’ai rencontré Antoine Bozio, qui poursuit le travail de Révolution fiscale, et a fait trois remarques pertinentes sur mon travail :

-          Les hauts fonctionnaires de Bercy, nos dirigeants, les syndicats, le patronat : une grande partie du pays est opposé à une réforme fiscale de grande ampleur, il faut donc proposer une réforme robuste à toutes les critiques possibles

-          Mon travail exclue toute étude des réactions comportementales. Or on constate empiriquement que redistribuer davantage les richesses entraîne des réactions comportementales, en particulier une baisse des recettes fiscales (due à une baisse du nombre d’heures travaillées)

 

Ø  À cette dernière remarque je réponds que, la réforme s’étalant sur plusieurs années, nous mesurerons les réponses comportementales sur le moment (on se trompera moins sur leur mesure que si on les estime à l’avance), et pourrons adapter la réforme en fonction de ces réactions.

J’ai aussi rencontré Alain Trannoy, spécialiste de la fiscalité. Je lui ai seulement expliqué la partie informatisation de ma réforme : il m’a fait la remarque que je n’étais pas clair dans le montage pratique : qui ordonnerait les transferts d’argent à l’issue de ma réforme ? J’ai effectivement négligé ce problème, car j’estime que tout accord qu’on pourra trouver sur ce terrain conviendra, il faut simplement que l’accord conserve le fait que les transferts d’argent soient automatiques, programmés au moment de la signature du contrat (bail, contrat de travail, etc.) du début à la fin du contrat, pour éviter les retards de paiement.

Quelques mesures qui ne feraient pas de mal

Étendre le service civique

Convoquer une fois par mandat chaque électeur en conseil de quartier

Financer de façon collaborative des projets d’ESS

Réduire l’exposition aux dettes en supprimant les cycles de dettes

Renseigner sur l’emballage s’il est recyclable

Créer un guide recensant les meilleures pratiques pour nos maires

Passer à l’heure d’été en hiver

Attribuer des fréquences radio nationales plutôt que locales

Le service civique

Les actions caritatives sont parmi les plus bénéfiques pour l’humanité, en ce qu’elles permettent généralement d’assurer des droits fondamentaux aux plus démunis. C’est ainsi que l’État doit fortement encourager et financer un service civique d’un an sur la base du volontariat pour les jeunes entre 16 et 25 ans. Un tel service civique existe déjà, mais il manque cruellement de fonds et d’envergure : il y a à peine une place pour 5 demandes. Si tous les jeunes qui sont prêts à partir en Afrique pour enseigner ou à servir des repas aux restos du cœur le faisaient, grâce au soutien financier de l’État, cela constituerait une force de travail gigantesque qui permettrait de réduire la misère et de répandre la solidarité, apportant un double confort, matériel et psychologique, aux humains.

Des études devraient être menées pour étudier la rentabilité du service civique sur le long terme. En effet, il ne serait pas étonnant que les retombées économiques de l’aide apportée aux plus démunis dépassent largement l’investissement financier initial de l’État (car bon nombre de jeunes choisiraient un service civique en France, et permettraient l’intégration des marginaux : toxicomanes, clochards, anciens détenus…). Ces études serviraient à convaincre les hommes politiques, qui doivent inclure dans leurs décisions la limitation de l’endettement et qui ne peuvent pas se fier aux seules avancées immédiates sur les droits fondamentaux des humains pour fonder leurs choix.

Les conseils de quartiers

Nous pouvons imaginer comme mesure la convocation obligatoire de chaque citoyen à un conseil de quartier durant le mandat du maire.

Pour inventer une politique harmonieuse, qu’elle soit de nature économique ou autre, il faut prendre en compte les intérêts et les bonnes idées de chacun. Pour obtenir l’information détenue par chaque citoyen, et pour faire fructifier les bonnes idées, rien de tel que la démocratie participative. Si les forums Internet de concertation politique sont appelés à se développer, il ne faut pas négliger l’efficacité, tant sociale que politique, des conseils de quartiers. Ceux-ci devraient être généralisés, afin que les voisins se rencontrent, apprennent à se connaître et à nourrir une réflexion politique collective qui sera forcément plus tolérante et sage qu’une réflexion personnelle. Les décisions locales seraient débattues dans ces conseils, qui, même s’ils ne conservent qu’un rôle consultatif, auraient un fort pouvoir incitatif sur les collectivités territoriales, tout en aidant l’administration dans son travail de conception des politiques.

Nous pouvons imaginer comme mesure la convocation obligatoire de chaque citoyen à un conseil de quartier durant le mandat du maire. Si les conseils fonctionnent bien, les citoyens y retourneront d’eux-mêmes. En plus d’améliorer les politiques publiques grâce à la confrontation des points de vue et à la concertation qui devra en découler, ces conseils ont un important impact social, en ce qu’ils véhiculent le sentiment de cohésion, favorisent les rencontres et réduisent l’isolement. En outre, la hausse de la quantité d’informations partagées entre voisins et transmises aux décideurs ne peut être que bonne pour la compréhension de notre société, préalable indispensable à l’élaboration d’une politique.

Un financement collaboratif des projets d’ESS

Les subventions publiques pourraient devenir collaborative, pour que la démocratie prenne le pas sur la bureaucratie. Une partie de l’argent prélevé au titre de l’IS (ou de manière équivalente, une fraction du budget de l’État équivalente aux subventions actuelles), sur les entreprises rentables donc, pourrait être reversé aux organisations à but social, environnemental ou non lucratif. L’allocation se ferait de façon collaborative (comme décrit au I. 2. b). L’État ne vérifierait les conditions requises pour que les projets rentrent dans le champ de l’ESS qu’une fois les projets choisis par les citoyens (pour réduire la tâche à accomplir). L’État se garderait ainsi le droit de refuser de financer un projet s’il ne correspond pas à certains critères. Les comptes des projets retenus auraient l’obligation d’être disponibles sur le site, en open data, pour vérifier à bas coût le bon usage des deniers publiques – seules les plaintes occasionneraient une enquête de la part de l’État. Des juges spéciaux auraient le rôle de déclarer un projet obligatoire si quelqu’un a demandé de statuer sur ce projet et qu’il permet de pallier une situation de non-respect des droits fondamentaux : l’accès à la nourriture, aux soins, à un logement, à l’éducation, à la sécurité. Si un projet est obligatoire, l’argent nécessaire à son financement est automatiquement accordé par l’Etat.

Outre un sentiment nouveau que l’avis du citoyen compte pour l’État, cette proposition permettrait de donner une grande visibilité à l’ESS, et encouragerait les citoyens à monter leurs propres projets. Tous les projets d’ESS pourraient être présents de façon ordonnée sur le site, permettant aux acteurs de l’ESS de communiquer plus facilement entre eux. Ainsi, le coup de pouce donné à l’ESS au niveau de son organisation attirerait sûrement de nouvelles sources de financements, pour les projets qui n’auraient pas été retenus par le site.

Réduire l’exposition aux dettes

Imaginons que A doive 10€ à B, B doive 10€ à C, et C doive 10€ à A. Comme il y a un cycle, les trois dettes pourraient être annulées, ôtant quelque préoccupation à nos trois comparses. Or à l’heure actuelle cette annulation simultanée n’est pas possible : A doit attendre que C le rembourse, et sera réticent à rembourser B avant ce moment. Dans un contexte où les cycles de dettes comme celui-ci sont importants (bien qu’impossibles à estimer), il serait avantageux d’annuler régulièrement tous ces cycles.

Imaginons que A doive 10€ à B, B doive 10€ à C, et C doive 10€ à A. Comme il y a un cycle, les trois dettes pourraient être annulées, ôtant quelque préoccupation à nos trois comparses. Or à l’heure actuelle cette annulation simultanée n’est pas possible : A doit attendre que C le rembourse, et sera réticent à rembourser B avant ce moment. Dans un contexte où les cycles de dettes comme celui-ci sont importants (bien qu’impossibles à estimer), il serait avantageux d’annuler régulièrement tous ces cycles. Cela ne modifierait pas la dette totale d’un agent envers le reste du monde, mais ça réduirait son exposition au risque de défaut d’un de ses débiteurs. En outre, il me semble que les banques se prêtent beaucoup d’argent entre elles et que ça ne leur ferait pas de mal d’éliminer leurs cycles de dettes superflus. Une application pour smartphone, Tricount, permet de simplifier les dettes que des amis se doivent entre eux quand ils partent en vacances. Grâce à un ami, Li-Yao Xia, j’ai connaissance d’un algorithme efficace (que je ne détaillerai pas ici) qui permettrait de généraliser cette simplification à un grand nombre d’agents. Pourquoi dès lors, ne pas lancer une plateforme où chacun (y compris les banques) pourrait s’inscrire et renseigner les dettes qui l’impliquent, la plateforme se chargeant d’annuler les dettes cycliques ?

Clarifier ce qui est recyclable

Le seul endroit où est indiqué si un produit est recyclable ou non, c’est sur la poubelle de tri. Or ces indications ne sont pas toujours très claires. Certes, un même produit peut être recyclé à un endroit et pas à un autre, car ça dépend des usines avoisinantes, mais pourquoi ne pas indiquer sur chaque emballage la probabilité pour que le produit soit recyclable ?

Un guide pour nos maires

On pourrait recenser collaborativement sur Internet les meilleures pratiques de collectivités territoriales de par le monde, et les compiler en un guide à destination de nos élus locaux, pour poursuivre le travail qu’Armel Le Coz a commencé à l’échelle de la France avec son livre Le monde de demain s’invente aujourd’hui. On pourrait également faire un guide des pays en fonction des lois et pratiques qui y règnent, et compiler les meilleures idées à destination de nos gouvernements. En fait, on devrait recenser les bonnes pratiques pour tous les acteurs. D’ailleurs c’est ce qui commence à être fait sur http://issuu.com/sustainia/docs/sustaini100_2014?e=4517615/8110227 !

Du soleil même en hiver

Pourquoi ne pas adopter l’heure d’été même en hiver dans toute la zone de l’Union Européenne qui est sur notre fuseau horaire, pour gagner une heure de luminosité les soirs des longs mois froids ?

Je ne sais pas toi, mais je suis toujours éveillé quand le soleil se couche, et souvent dans mes draps quand il se lève. De même en hiver, je préférerais que le soleil se couche plus tard, pour que les heures sombres soient mieux réparties entre le matin et le soir. Aussi, les études sont incapables de montrer une quelconque économie d’énergie si on change d’heure dans un sens ou dans l’autre, et au mieux cette économie d’énergie serait négligeable78. Aussi, pourquoi ne pas adopter l’heure d’été même en hiver dans toute la zone de l’Union Européenne qui est sur notre fuseau horaire, pour gagner une heure de luminosité les soirs des longs mois froids ?

Les radios sur la même longueur d’onde

Je n’ai jamais compris pourquoi, quand on passe d’une région à l’autre, la fréquence des radios change. Ne serait-il pas plus simple d’attribuer une fréquence nationale à chaque radio nationale, et une plage de fréquence pour les radios locales ?

Propositions bienvenues

Dans ce chapitre je recense les propositions lues dans différents livres et rapports qui m’ont parues pertinentes.

T. Piketty, E. Saez, C. Landais, Pour une révolution fiscale :

-          suppression de l’IRPP, de la CSG et de toutes les règles qui vont avec (quotient conjugal et familial, plafonnements, règles dérogatoires, etc.) au profit de la création d’un unique impôt sur le revenu, progressif, individuel, prélevé à la source

-          suppression de toutes les allocations familiales (AF, CF, ARS, ASF, PAJE) pour les remplacer par un crédit d’impôt forfaitaire pour chaque enfant (avec éventuellement un montant plus élevé à partir du troisième enfant) de 90€ par parent

-          présentation des taux d’imposition effectifs plutôt que présentation des taux marginaux

-          remplacement des différentes bourses et aides aux jeunes par un revenu jeune équivalent à un RSA à taux réduit, pour tous les jeunes entre 18 et 25 ans

-          suppression du bouclier fiscal, des niches et de la TVA sociale

-          remplacement de l’allocation logement par une allocation forfaitaire tenant uniquement compte de la zone d’habitation

-          à terme, suppression des cotisations sociales (représentant 23% du salaire brut) au profit d’une augmentation du salaire brut

-          entre temps, création de la Cotisation Patronale Généralisée qui remplacerait toutes les cotisations sociales (contribution retraite, chômage, santé, logement, formation, transport, etc.) et aurait comme assiette les revenus du capital des ménages (incluant les loyers fictifs)

-          instauration d’un impôt européen sur les bénéfices des sociétés

Les économistes atterrés, Changer d’économie !

-          Une gouvernance économique mondiale doit être progressivement mise en place, sous le contrôle des gouvernements et des peuples

-          Les pays de la zone euro doivent retrouver leur capacité à pratiquer des politiques budgétaires autonomes. Cela passe par l’engagement de la BCE à garantir les dettes européennes et par l’affirmation d’une solidarité totale entre les États membres

-          Une nouvelle dynamique européenne doit être impulsée par la mise en place d’une planification fédératrice intégrant de grands programmes européens destinés à faire face aux défis économiques, sociaux et écologiques auxquels l’Europe est confrontée

-          Toute politique de croissance doit être subordonnée à la qualité de la production car la croissance en soit n’est pas une finalité

-          Transition énergétique à base d’économies d’énergie et d’énergies renouvelables

-          Priorité aux transports collectifs et au fret ferroviaire

-          Relocalisation de certaines activités pour éviter les transports coûteux et redonner un équilibre aux régions

-          Réduction du temps de travail et des inégalités

-          Introduction d’une fiscalité écologique dans le cadre d’une refonte globale de la fiscalité qui soit juste

-          Instauration d’un « serpent fiscal européen » : définition d’un taux effectif minimal et d’assiettes larges, limitation des dispositifs dérogatoires (niches), fixation d’un nombre minimal de tranches, pour la taxation des revenus, des patrimoines et des profits

-          Création de deux nouvelles tranches d’impôt sur le revenu (taux de 50% à partir de dix Smic, taux confiscatoire au-delà de vingt Smic)

-          Une politique de soutien à l’activité et d’augmentation des impôts sur les plus riches afin d’élargir les marges de manœuvre budgétaires

-          Une réhabilitation de la dépense publique remettant en cause les partenariats public-privé et les politiques de démantèlement des services publics (RGPP, T2A, LRU, etc.)

-          Un plan pluriannuel de relance budgétaire, en particulier autour de trois volets ! l’enseignement et la recherche, la santé, l’écologie

-          Augmenter les garanties minimales et améliorer les couvertures de base (remboursement de soins, taux de remplacement) à travers une protection sociale solidaire et non marchande

-          Réhabiliter la notion de service public et étendre son champ à la dépendance et au logement

-          Assurer son financement à travers une hausse des ressources obtenue en particulier par une politique de plein emploi de qualité, qui se fonderait notamment sur la réduction collective du temps de travail

-          Réformer profondément la fiscalité sur les revenus des dirigeants et des actionnaires et leurs modes de rémunération ; pénaliser la distribution des profits non réinvestis ; plafonner les plus hauts revenus

-          Élargir les compétences et les pouvoirs des comités d’entreprise ; donner aux salariés des droits nouveaux en matière de choix et de stratégie économiques

-          Assurer au sein de l’entreprise la représentation des principales parties prenantes concernées par ses activités

-          Construire une véritable diplomatie internationale du travail dont l’Europe serait un des moteurs

-          Saisir l’occasion de la transition écologique pour faire des nouveaux emplois et métiers créés un outil de reconquête des conditions de travail et de la condition du travailleur

-          En France, remettre le travail au centre des préoccupations de l’État normalisateur, employeur et donneur d’ordres

-          Limiter immédiatement le recours aux heures supplémentaires en supprimant leur défiscalisation, et réaliser le passage aux 35 heures dans toutes les entreprises ; à plus long terme, poursuivre la réduction de la durée du travail

-          Œuvrer pour un salaire minimum européen (établi en pourcentage du salaire médian national)

-          Séparer banques d’investissement et banques de dépôt

-          Réformer la gouvernance des banques pour passer du modèle actionnarial au modèle participatif

-          Recentrer les banques sur la distribution du crédit pour une meilleure maîtrise des risques et pour réduire au maximum la spéculation

-          Recréer un pôle bancaire et financier public pour financer les collectivités locales et les PME et pour engager la reconversion écologique et sociale

-          Réformer le Système européen de banques centrales pour mener une politique monétaire aux objectifs élargis et contrôlée démocratiquement

-          Interdiction des transactions de gré à gré et des investissements de marge (la spéculation avec des fonds empruntés) ; rapatriement de toutes les transactions dans des Bourses transparentes, contrôlées et nationalisées

-          Mutation des structures bancaires en un système socialisé du crédit

Frédéric Lordon, Pour en finir avec les crises financières :

-          désincitation (rendre les gains des traders possiblement négatifs)

-          détritrisation (par exemple limiter la part des titres dans un portefeuille à 5%, ou imputer aux banques la totalité des risques titrisés dans le calcul de leurs provisions prudentielles)

-          déleviérisation (mettre les dépôts de marge à 100% sur les marchés organisés)

-          régulation impérative de tous les opérateurs non bancaires de la finance de marché (comme les hedge funds : interdire les transactions avec les paradis fiscaux)

-          nationalisation (européenne) des entreprises de bourse

-          interdire les opérations OTC (over the counter) (qui bénéficient d’un levier infini)

-          adopter une politique monétaire anti-spéculative (subordination politique de la BCE)

-          encadrer les échanges avec les zones non régulées (en quantité et qualité)

J. Stiglitz, Price of Inequality (propositions concernant les États-Unis) :

-          Restreindre la léviérisation et la liquidité

-          Rendre les banques plus transparentes, notamment dans les transactions OTC, qui devraient être restreintes et ne devraient pas être garanties par le gouvernement ou le contribuable

-          Rendre les banques et les compagnies de cartes de crédit compétitives

-          Limiter les tarifs des banques et les taux d’intérêts qu’elles pratiquent

-          Limiter les bonus qui encouragent les prises de risque excessives et les placements à court-terme

-          Fermer les centres bancaires offshore

-          Renforcer les lois antitrusts

-          Améliorer le pouvoir de gouvernance : limiter le pouvoir des PDG au profit des actionnaires

-          Rendre la loi sur la banqueroute plus favorable aux emprunteurs

-          Arrêter les cadeaux et les aides du gouvernement aux entreprises

-          Réformer la justice américaine, qui profite aux riches

-          Rendre les impôts (plus) progressifs

-          Créer un impôt sur le capital aux États-Unis

-          Interdire (ou au moins arrêter de subventionner) l’éducation lucrative

-          Aider les américains à épargner (en apportant un peu de fonds propres aux premiers accédants à la propriété ?)

-          Sécurité sociale pour tous

-          Renforcer la protection sociale

-          Rendre la mondialisation plus juste, par exemple, taxer les profits tirés des ventes aux États-Unis et non plus des profits des activités faites aux États-Unis, pour éviter que les entreprises profitent de dumping fiscaux étrangers. Peser dans les négociations pour réguler les transferts internationaux de capitaux, pour qu’ils soient moins spéculatifs et prennent en compte les droits des travailleurs et le respect de l’environnement.

-          Une banque centrale plus responsable et représentative et une plus grande attention sur l’emploi et la croissance que sur l’inflation (cf. Ch. 9)

-          Équilibrer la balance des paiements (pour lutter contre le chômage)

-          Discrimination positive

-          Supporter les actions collectives

-          Rediriger les investissements d’une tendance à économiser du travail vers une tendance à économiser les ressources : faire payer les externalités négatives par exemple.

Attac, Sortir de la crise globale

-          Mise en place d’un pôle financier public européen, pour que la création monétaire soit contrôlée par la collectivité et non par des acteurs privés en fonction de critères de rentabilité

-          Socialiser le système bancaire, c’est-à-dire le mettre sous contrôle démocratique

-          Taux d’intérêts bas pour les financements d’investissements créateurs de richesses et d’emploi, taux très élevés pour les opérations spéculatives

-          Rendre possible la création monétaire par la banque centrale au profit des États

-          Abroger l’article 63 du traité de Lisbonne interdisant tout contrôle des mouvements de capitaux

-          Remplacer le pacte de stabilité et de croissance par un pacte pour l’emploi et l’écologie

-          Lever le secret bancaire et mettre sous contrôle public les organismes de compensation

-          Interdire les fonds spéculatifs (hedge funds)

-          Supprimer la titrisation et les marchés de gré à gré non contrôlés

-          Encadrer très strictement les produits dérivés – voire les interdire

-          Mettre sous contrôle public les agences de notation

-          Abandonner les normes comptables international financial reporting standards (IFRS) imposées par l’International Accounting Standards Board (IASB) pour évaluer les actifs des entreprises à la valeur du marché

-          Prélever sur les bénéfices consolidés des entreprises transnationales un impôt uniforme de 25% (qui rapporterait 500 milliards de dollars par an)

-          Créer une fiscalité internationale (notamment sur les transactions financières, la consommation énergétique et la production de déchets toxiques) pour financer les biens publics mondiaux et comme instrument de redistribution et de solidarité

-          Implication significative des représentants de salariés dans les conseils d’administration des sociétés

-          Fixation d’un revenu maximum versé par les entreprises, de sorte que la fourchette des revenus distribués reste entre 1 à 5

-          Taxation différenciée des dividendes, plus-values et des investissements

-          Suppression des stock-options

-          Fixation d’un salaire minimum égal au seuil de pauvreté du pays

-          Instauration d’un revenu garanti pour tous, assorti d’une protection sociale

-          Application de toutes les normes ratifiées au sein de l’Organisation internationale du travail ainsi que de la Convention pour l’élimination de toutes les formes de discrimination envers les femmes

-          Interdiction des licenciements et des délocalisations dans les entreprises qui font des bénéfices

-          Annulation de toutes les réformes des systèmes d’assurance maladie et de retraites ayant organisé le glissement vers la couverture individuelle et la capitalisation, et restauration de systèmes collectifs solidaires et égalitaires

-          Annulation de toutes les privatisations des services publics déjà effectuées et mise hors marché et hors concurrence de la culture, de l’enseignement, de la recherche, de la santé, de l’énergie, de la distribution de l’eau et de tous les biens communs de l’humanité

-          Création d’un service public du logement pour mettre fin à la spéculation immobilière et foncière

-          Création d’une Organisation mondiale de l’environnement dans le cadre de l’ONU

-          Reconnaissance et réparation de la dette écologique des pays les plus développés, ainsi que du pillage des ressources des pays dominés

-          Création d’un fonds global de financement pour le climat sous l’égide de la convention des Nations unies pour le changement climatique

-          Inclusion, dans le processus des négociations sur le climat, du Forum international des peuples indigènes (IIPFC)

-          Programme contraignant et différencié de réduction des émissions de gaz à effet de serre, avec une division par quatre au moins d’ici 2050 pour les pays développés

-          Interdiction du brevetage du vivant et abrogation de la directive européenne 84-44 CE qui l’autorise

-          Extension de la directive européenne REACH à l’ensemble des produis toxiques

-          Application du protocole de Carthagène, qui permet d’interdire l’importation de semences et d’animaux transgéniques, et de maintenir les organismes génétiquement modifiés en milieu strictement confiné pour des applications de recherche fondamentale et pour des usages médicaux

-          Application de la Convention sur la diversité biologique

-          Application de la Convention de Bâle sur les mouvements transfrontaliers et l’élimination des déchets

Paul Jorion, Misère de la pensée économique

-          Le prêt dans le cadre du crédit à la consommation devrait relever du service public et être exonéré du versement d’intérêts

-          Interdire les paris sur les fluctuations de prix, bannir la spéculation (i.e. les paris sur des produits non présents lors de l’achat)

-          Fédéralisme fiscal européen

-          Se passer du PIB comme indicateur de référence (notamment pour la règle d’or européenne)

-          Augmenter les bas salaires et baisser les dividendes

-          Interdire aux chambres de compensation de communiquer avec les paradis fiscaux

-          Redéfinir l’actionnaire comme un créancier et non comme un propriétaire

-          Établir les cours boursier par fixing journalier ou hebdomadaire

-          Éliminer le principe de prix de transfert qui permet aux sociétés d’échapper à l’impôt par des jeux d’écritures entre maison mère et filiales

-          Supprimer les stock-options pour instaurer une authentique participation universelle

-          Ré-imaginer les systèmes de solidarité collectifs pour l’immobilier et l’assurance-vie

Philippe Aghion & Alexandra Roulet, Repenser l’État

-          Investir et autonomiser les universités

-          Panacher les méthodes horizontales et verticales d’enseignement au primaire et au secondaire

-          Scolariser les très jeunes enfants (dès 2 ans)

-          Orienter les dépenses de santé en priorité vers les hôpitaux, augmenter le numerus clausus à l’issue de la P1, embaucher du personnel et des équipements hospitaliers, décentraliser pour réduire les coûts administratifs

-          Passer de 100 000 à 200 000 migrants nets par an

-          Améliorer l’intégration par les conditions d’éducation et la mixité urbaine (application de la loi SRU, incitations de salaires et d’effectifs pour les profs en ZEP)

-          Réduire les délais de paiement dans les crédits interentreprises, favoriser les PME dans les contrats publics

-          Augmenter la syndicalisation en luttant contre la discrimination salariales à l’encontre des salariés syndiqués (qui perçoivent un salaire plus faible), en associant l’adhésion syndicale à certains services (en Belgique, c’est parce que les syndicats gèrent l’assurance chômage qu’il y a autant de syndiqués), en promouvant la présence de représentants salariés dans les conseils d’administration

-          Éliminer les niches fiscales et la défiscalisation des heures supplémentaires, rendre l’impôt sur le revenu plus progressif

-          Augmenter les droits de succession

-          Évaluer par un organisme indépendant et doté de moyens toutes les politiques publiques, ex ante comme ex post

-          Permettre la liberté de la presse (interdiction à des conglomérats industriels de détenir des médias, nomination des directeurs de chaînes publiques par la société civile et non par le président)

Jean Pisani-Ferry (France Stratégie79), Quelle France dans dix ans ?

-          Transférer des compétences communales et départementales aux intercommunalités, clarifier les rôles et les compétences de chaque structure publique

-          Développer la concertation et la participation citoyenne, notamment grâce au numérique : les citoyens devraient disposer au niveau communal de pouvoirs de décision sur certaines actions locales (affectation de crédits dans certaines enveloppes budgétaires, choix d’implantation de structures, organisation de services) ; au niveau national, les grandes réformes devraient plus souvent faire l’objet de consultations et débats publics organisés, préalables à la décision politique

-          Progresser dans l’accessibilité universelle (aux handicapés)

-          Garantir dès 6 mois l’accès à un mode de garde

-          Investir dans le primaire (valoriser le travail des enseignants, permettre l’expérimentation pédagogique, autonomiser les établissements)

-          Droit à la formation avec une dotation inversement proportionnelle au niveau de qualification initial, certifier les formations, combattre l’illettrisme

-          Progresser dans l’e-gouvernement : transparence (open data), dématérialisation des procédures, mutualisation des services informatiques, dossier personnel, boîtes à idées, plateformes numériques de coconstruction avec le usagers

-          Ouvrir la fonction publique à d’autres qu’aux grands corps et aux fonctionnaires

-          Expérimenter et évaluer les politiques publiques

-          Investir dans la recherche sur les nouvelles énergies

-          Augmenter progressivement la contribution climat-énergie jusqu’à 75€ par tonne de CO2, ainsi que les taxes et redevances appliquées aux pollutions et aux déchets

-          Favoriser les échanges internationaux d’étudiants en maintenant les bourses quand ils partent, faire payer les étudiants étrangers non boursiers

-          Obliger les entreprises de plus de 5000 salariés d’avoir au moins quatre représentants des salariés dans leur conseil d’administration

-          Diminuer la hiérarchisation des entreprises

-          Intégrer les réductions de cotisations et le CICE dans un barème durable de cotisations sociales, progressif en fonction du salaire

-          Fusionner RSA activité et PPE d’une part, ASS et RSA socle d’autre part

-          Simplifier les réglementations de la construction

-          Prélever sur les occupants de HLM ayant dépassé le plafond une contribution croissante avec le temps

-          Harmoniser l’imposition des sociétés avec les pays européens qui y sont disposés

-          Établir une gouvernance de la zone euro

Jacques Attali et al., Pour une économie positive

-          Repenser profondément les objectifs des entreprises

-          Définir des indicateurs extra-financiers de référence

-          Œuvrer en faveur d’une évolution profonde des normes comptables internationales, notamment en revenant sur la valorisation market-to-market

-          Créer une agence européenne de notation prenant en compte les dimensions sociales et environnementales

-          Instauration d’une gouvernance financière internationale (de régulation)

-          Conditionner certains avantages fiscaux à l’épargne existants à un minimum de fonds d’Investissements Socialement Responsables (ISR)

-          Orienter les investissements publics vers les ISR

-          Créer un fonds d’économie positive d’environ 5% de la base monétaire mondiale

-          Encourager le financement participatif

-          Fiscalité modulée en fonction de la positivité de l’entreprise

-          Favoriser la microfinance

-          Lutter contre l’exclusion bancaire

-          Interdire les transactions avec les paradis fiscaux et exiger un échange d’information

-          Créer une taxe sur les transactions financières

-          Interdire les stock-options

-          Droits de vote aux CA proportionnels à la durée de détention des actions

-          Rendre obligatoire l’affichage de l’impact social et environnemental des produits

-          Développer l’e-administration et la gouvernance ouverte et transparente

-          Sensibiliser les élèves à l’altruisme et à l’économie positive

-          Rendre le service civique obligatoire et international

-          Faire de l’école un lieu de rencontres intergénérationnel

-          Créer un espace mondial de partage (gratuit) du savoir

-          Créer un Haut-Commissariat au long terme (en remplacement du CESE par exemple)

-          Rédiger une charte mondiale des responsabilités à l’égard des générations futures

-          Créer un tribunal mondial pour juger les crimes contre l’environnement

-          Intégrer au droit international de l’investissement le respect des conventions internationales de protection de l’environnement et des droits fondamentaux

-          Refonder l’architecture internationale en vue d’un futur état de droit mondial

-          Permettre un volontariat de service civique à tout âge

Programme du parti pirate

-          Reconnaître l’accès à Internet comme un droit fondamental

-          Imposer le passage par un juge avant toute atteinte à la vie privée (fichage)

-          Renforcer le droit de contrôle de ses données personnelles

-          Rendre effectif le droit d’accès et de modification aux fichiers de police

-          Contrôler les services de renseignement

-          Interdire les brevets sur les idées, les formules mathématiques, les algorithmes, les logiciels, les méthodes (psychologie, yoga, etc.), le vivant

-          Pénaliser les vendeurs de semences stériles si une alternative existe

-          Trouver une alternative aux brevets pharmaceutiques, réformer le financement de la recherche médicale

-          Autoriser le débridage sauf lorsque la sécurité est en jeu

-          Supprimer le droit d’auteur sur les travaux (enregistrement de musique, création graphique…)

-          Interdire le droit d’auteur sur l’information

-          Revoir et publier les règles précises de gestion et de répartition des bénéfices au profit des auteurs et artistes

-          Légaliser la copie et la diffusion d’une œuvre hors but lucratif et créer une licence de gestion collective sur Internet

-          Réduire le délai avant l’entrée d’une œuvre dans le domaine public

-          Mettre à disposition les données publiques, études scientifiques et statistiques, sous licence libre

Conclusion

Je t'invite à lire, à donner ton avis sur ce texte, et à répondre à la question suivante : quelle est selon toi ma réflexion la plus prometteuse, celle par laquelle un travail plus approfondi ajouterait la plus grande valeur à l'épopée humaine ?

Je t’invite à annoter ce livre (grâce la barre latérale, en haut à droite), à le commenter, à le critiquer, ou même à proposer des modifications. Je me trompe parfois et attends de toi que nous échangions pour que tu me corriges. En tout cas j’espère que tu as pu trouver des idées originales ou des réflexions intéressantes dans ce livre. Pour ma part il m’a servi à structurer et à livrer ma pensée, à comprendre l’importance de la pédagogie et la difficulté de se faire comprendre correctement (même si je n’y arrive pas encore très bien). Il me servira j’espère à faire avancer certains de mes projets, et à choisir mon futur travail. En effet, j’attends de toi que tu me dises quelle piste de ma réflexion te semble la plus prometteuse, celle par laquelle un travail plus approfondi ajouterait la plus grande valeur à l’épopée humaine.

Je ne t’ai pas parlé d’amour, de métaphysique, d’épistémologie, je ne t’ai pas écrit de poème ou parlé de ma vie, mais tu as une bonne idée du monde dans lequel j’aimerais vivre et de ce qui compte le plus pour moi quand je m’adresse à la foule humaine : mes convictions et mes recherches politiques.

Je t’invite à annoter ce livre (grâce à la barre latérale, en haut à droite), à le commenter, à le critiquer, ou même à proposer des modifications. Je me trompe parfois et attends de toi que nous échangions pour que tu me corriges. J’ai aussi pu t’énerver : il faut me le dire pour que j’apprenne de mes erreurs. J’ai par exemple déjà constaté un problème de méthode dans ce livre, trop dispersé et de ce fait pas assez exact : je devrai à l’avenir m’attacher à un (seul) problème et comparer minutieusement ses différentes solutions, plutôt que de proposer de simples propositions non justifiées. En tout cas j’espère que tu as pu trouver des idées originales ou des réflexions intéressantes dans ce livre. Pour ma part il m’a servi à structurer et à livrer ma pensée, à comprendre l’importance de la pédagogie et la difficulté de se faire comprendre correctement (même si je n’y arrive pas encore très bien). Il me servira j’espère à faire avancer certains de mes projets, et à choisir mon futur travail. En effet, j’attends de toi que tu me dises quelle piste de ma réflexion te semble la plus prometteuse, celle par laquelle un travail plus approfondi ajouterait la plus grande valeur à l’épopée humaine.

Annexe

You can make it if you try
Gene Allison

Présentation de l’@gora

Idée, buts et création de l’@gora

L’@gora est une idée ambitieuse, née du constat qu’Internet est un réseau accessible à (presque) tous qui n’est pas encore utilisé efficacement comme outil de communication et vecteur d’information entre les différents membres de la société française : personnes, collectivités territoriales, État, entreprises, associations. Dans l’@gora, chacun de ces membres pourrait avoir un profil et communiquer de diverses façons avec les autres. L’@gora repose sur quatre piliers :

 

1.      Relier : sur l’@gora, on pourra s’adresser à quiconque (pour peu que le profil existe et qu’il ne nous ait pas bloqué) : notre boulanger, notre maire, la communauté des physiciens, une émission de télévision, aux projets qui cherchent des compétences qu’on a…

2.      Inclure : l’@gora est plus qu’un simple site Internet, c’est un cadre dans lequel on peut naviguer sur les autres sites Internet, et interagir avec le contenu de ces sites pour se l’approprier dans l’@gora et classer les informations de façon collaborative. Ce caractère inclusif permettra à chaque personne ou organisation de continuer à avoir sa page personnelle tout en profitant des fonctionnalités de l’@gora (possibilité qu’on s’abonne à des contenus de la page, qu’on s’adresse à l’administrateur de la page, qu’on répertorie des informations sur la page pour que tous y accèdent depuis le moteur de recherche…), et en incluant du contenu dans l’@gora : l’@gora se veut pionner du web sémantique. En outre, l’@gora développera des partenariats pour inclure encore mieux sur le site ceux qui le souhaiteront : inclusion de sites donc, au-delà de l’inclusion de contenus. Enfin, l’inclusion concernera aussi les fonctionnalités : l’@gora est un projet open source, et chacun pourra contribuer à son développement, et permettre aux membres d’inclure de nouveaux plugins.

3.      Distribuer : outre l’information, qui sera distribuée à tous, l’@gora pourra également être distribuée physiquement. C’est-à-dire que les membres qui le souhaitent pourront stocker tout le contenu qui leur est relatif sur leurs propres serveurs, et utiliser la plateforme comme un réseau social distribué. Ce caractère distribué est la pierre angulaire d’une bonne sécurisation des données, qui n’est pas assurée à l’heure actuelle lorsqu’on confie nos données à des entreprises privées qui n’ont aucune obligation légale envers nos données.

4.      Économiser : en fournissant gratuitement une interface de communication complète, l’@gora permettra de rationaliser et de moderniser des processus impliquant une communication dépassée (lettres recommandées, déplacements auprès d’administrations pour fournir des documents, appels pour réaliser des sondages…). En outre, les différentes collectivités territoriales et les entreprises n’auront plus besoin de ré-implémenter pour elles-mêmes un petit réseau social : elles pourront constituer un groupe sur l’@gora.

 

Les buts de l’@gora sont multiples, le but originel étant de créer une démocratie contributive reliant tous les membres de la société et d’amener le débat politique sur un format écrit qui serait plus à même d’éviter les hausses de ton nuisibles à la concertation et qui apparaissent au moindre débat politique. Afin de réaliser cet objectif au mieux, l’@gora nous conduit à inventer un nouveau mode de traitement des informations, basé sur le concept original de tri, dans la mouvance du web sémantique, qui ne se limite pas à un usage politique. Énumérons les principaux buts de l’@gora :

-          Informer de tous les projets en cours ou à venir pour en accélérer la réalisation, notamment les offres et demandes d’emploi

-          Organiser un débat citoyen sur tous les sujets politiques

-          Donner le goût de la politique aux citoyens

-          Consulter les citoyens avant de prendre une décision politique

-          Informatiser certains échanges de façon à améliorer la productivité de certains services (notamment en fournissant un espace de stockage pour les documents officiels et personnels, partagés aux administrations et organisations choisies par le citoyen)

-          Permettre et rendre rapide l’accès à l’information, quelle qu’elle soit, grâce à un système de tri collaboratif des données

-          Créer des statistiques (notamment à l’aide de sondages) utiles aux prises de décision

-          Permettre facilement à n’importe quel membre de la société de s’adresser à un autre, notamment d’interpeller publiquement les personnes morales

 

Nous avons conçu la structure globale du site : ses fonctionnalités sont désormais connues et les usages possibles optimisés pour le meilleur fonctionnement démocratique, en respect avec la vie privée. Le plus difficile dans ce projet, c’est de trouver des partenaires bénévoles, ou des fonds, voici les différents partenaires potentiels que j’ai rencontrés :

-          La Direction de l’Information Légale et Administrative (DILA) où mon interlocuteur était séduit par l’idée mais n’avait pas le pouvoir d’impliquer la DILA dans un tel projet. Il m’a toutefois assuré que, si l’@gora voyait le jour, la DILA lui fournirait du contenu ;

-          La trentaine de sites français en rapport avec l’e-démocratie, notamment rassemblés dans deux communautés : Gouvernance contributive et Démocratie ouverte, qui mettent en relation ces différents acteurs pour qu’ils exploitent les synergies entre leurs différents projets ; ils fourniraient également du contenu à l’@gora (voire se fondraient à elle) ;

-          La Commission européenne, qui lance des appels d’offre ;

-          Cocoriko, une initiative d’e-démocratie québécoise, très enthousiasmée par le projet, et de laquelle nous allons peut-être nous rapprocher ;

-          Pixel Humain, un réseau sociétal déjà actif qui partage nos valeurs ;

-          L’Assemblée virtuelle, un rassemblement d’une quinzaine de développeurs expérimentés qui font de la recherche et du développement sur le web sémantique, et qui veulent lancer une plateforme distribuée multi-usages qui pourrait servir de base à l’implémentation de l’@gora.

 

Le projet est suffisamment avancé pour qu’on puisse désormais le soumettre à notre partenaire naturel et privilégié : l’État. En effet, l’@gora est un remarquable outil de démocratie contributive et l’idéal est qu’il soit créé et géré par l’État. Si l’État reprenait le projet à son compte, le gouvernement récolterait sans doute les fruits d’un engouement du public, et cela permettrait de toucher dès le départ une audience importante, en proposant des services à travers le site (démarches administratives, consultations citoyennes, etc.).

 

Le problème pour que l’État développe un tel site, c’est la réticence des citoyens comme des hauts fonctionnaires à l’idée que ce soit l’État qui le contrôle : ce n’est pas dans les habitudes de l’État de se comporter en entrepreneur, et bon nombre de personnes n’ont pas confiance en l’État pour gérer une telle innovation – ce n’est pas mon cas. J’imagine donc plutôt l’État comme catalyseur du projet : il apporterait les fonds pour son développement originel80, promouvrait officiellement le concept et le site, notamment en le vantant auprès des collectivités territoriales, et ensuite laisserait les membres de l’@gora choisir démocratiquement (dans des débats et des sondages prévus à cet effet sur le site) les nouvelles fonctionnalités à inclure, les modifications à apporter, et le mode de financement à adopter. Pour le mode de financement, j’imagine qu’un abonnement d’un euro par an de la part de chaque membre serait une bonne solution – quitte à ce que les collectivités territoriales qui le souhaitent paient pour leurs administrés. Néanmoins, l’État pourrait aussi reprendre le projet entièrement à son compte, et l’utiliser comme cadre de modernisation et d’unification des systèmes informatiques de l’ensemble des administrations.

Exemples d’utilisation de l’@gora

L’@gora sera utilisée pour de multiples usages. Voici six exemples d’applications possibles :

1.      Consulter les citoyens sur une décision politique. Par exemple, si un maire hésite entre offrir de nouvelles places en crèche ou construire une médiathèque, il pourra faire un sondage auprès de ses administrés.

2.      Consulter la presse de façon moderne. En effet, de nombreux français lisent la presse sur Internet. Le site permettra d’intégrer la lecture de la presse en son sein (en affichant les pages initiales des sites, ce qui ne nuira pas à leurs recettes), et offrira de nouvelles fonctionnalités qui plairont au lecteur : afficher en priorité les articles correspondant à ses goûts, trier les articles (comme favoris par exemple), considérer comme lu un article dont l’utilisateur a survolé le titre, ne pas afficher les articles déjà lus dans les actualités.

3.      Fournir à tous (en particulier aux chercheurs) une grande base de données statistiques, constituée des réponses aux sondages. Notamment, l’@gora permettra d’étudier les corrélations entre différentes variables, puisque les réponses aux sondages d’une personne, bien qu’anonymisée, sont regroupées. (Un mécanisme81 sera mis en place pour assurer l’anonymat des données, et empêcher de repérer quelqu’un grâce à ses réponses à quelques questions et d’obtenir ainsi ses réponses aux autres questions). En effet, le système de recherche de l’@gora permettra facilement de répondre à des questions du type : « Parmi les diplômés du supérieur, combien vivent en zone rurale ? ». De plus, n’importe qui pourra soumettre une question et chercher dans la direction qu’il souhaite. En outre, les chercheurs ont l’habitude de traiter le biais de sélection pour ceux qui choisissent de répondre à une question, et pourront produire des résultats même si seule une petite fraction de la population a répondu aux questions étudiées.

4.      Élaborer des politiques différemment. Grâce aux données statistiques, aux sondages qu’il peut effectuer auprès de la population, aux lettres ouvertes qu’il recevra (et dont il pourra mesurer le soutien parmi la population), le concepteur de politiques publiques (mais aussi le chef d’entreprise si l’entreprise choisit d’être sur l’@gora) aura une connaissance bien plus fine du problème à résoudre et aura à sa disposition des méthodes collaboratives pour élaborer un projet (les textes collaboratifs, les débats) qui lui donneront la possibilité d’élaborer ses politiques en concertations avec ses administrés, pour une meilleure satisfaction générale.

5.      Informatiser un plus grand nombre d’échanges entre particuliers et administration : l’@gora pourrait se substituer aux lettres recommandées pour bon nombre de démarches, et des documents seraient transmis simplement (après avoir été scannés), pour une rapidité accrue de la communication avec l’administration et des gains financiers en services postaux.

6.      Faire des sondages sur l’instauration d’une mesure politique locale et choisir pour l’expérimenter des collectivités territoriales qui sont majoritairement favorables à la mesure (exemple de mesure à proposer : remplacer la notation de 0 à 10 au primaire par des appréciations).

Détail des fonctionnalités de l’@gora

L’@gora comprend toutes les caractéristiques d’un réseau social (profils, actualités, amis, abonnements, groupes, partage de documents), d’un moteur de recherche (recherche basique et recherche approfondie, selon une multitude de critères possibles), d’un forum (débats, sondages) et bien d’autres encore : pétitions, projets, outil statistique... Le site est conçu pour être entièrement personnalisable, ainsi on peut laisser les paramètres par défaut organiser les données de façon basique, ou au contraire utiliser à fond les capacités de l’@gora pour étudier finement tel aspect ou telle facette de la pensée politique de nos concitoyens. L’aspect du site a été présenté ci-dessus, vous pouvez vous y reporter durant la lecture. Passons donc à la description des différentes pages82.

Les profils

Les profils contiennent obligatoirement l’identité d’une personne physique : nom, prénom, date de naissance, circonscription et commune. Contrairement à la plupart des réseaux sociaux où les pseudonymes sont tolérés, la véritable identité de la personne est exigée83. Si l’État reprend ce projet, il pourra vérifier cette identité en demandant le numéro du passeport ou de la carte vitale comme identifiant, sinon on ne pourra hélas pas s’assurer que personne ne vote plusieurs fois et les pétitions, ainsi que tous les tris, auront moins de sens.

 

Le citoyen peut choisir d’afficher de nombreuses sections sur son profil parmi celles-ci :

-          La section interventions qui rassemble les interventions du citoyen dans les débats publics (et les interventions dans les débats auquel le visiteur du profil a accès)

-          Les informations personnelles telles que la profession, le genre, l’adresse, le statut marital, le CV, les centres d’intérêt, les compétences, l’orientation politique, etc.

-          Les adhésions et les notes attribuées à un document, à une intervention ou à toute autre donnée.

-          Les abonnés au profil et les abonnements du profil

-          Les groupes dont le citoyen fait partie

-          Les débats dont il est censeur

-          Ses réponses aux sondages

-          Ses documents

-          Les projets dans lequel le citoyen est impliqué

-          Ses amis et blocages

-          Ses tris

-          Ses réactions

-          Les pétitions qu’il a signées

 

Dès que c’est possible84, le citoyen gère la confidentialité du contenu relatif à son profil. La confidentialité par défaut est de rendre toutes les données publiques et de ne bloquer leur accès qu’aux profils bloqués par le citoyen, sauf pour les sondages et les blocages qui sont privés par défaut – c’est-à-dire que personne à part le citoyen lui-même ne peut accéder au contenu. Sur son propre profil, le citoyen peut à l’aide des paramètres de confidentialité définir une confidentialité sur mesure pour ses contenus (une confidentialité qui varie selon le type de contenu et permet les choix : publique, restreinte à un ensemble de profils et/ou de groupes de profils (comme les amis), bloquée pour un ensemble de profil et/ou de groupes de profils, privée). Sur chaque contenu de son profil, le citoyen peut – à l’aide d’un clic droit – mettre en avant le contenu (c’est-à-dire le faire apparaître en haut des sections et des résultats d’une recherche) ou modifier sa confidentialité. C’est également depuis les options de confidentialité d’une section que le citoyen choisit ou non de diffuser les actualités de cette section à ses abonnés.

Les groupes

Un groupe se comporte comme un profil sur de nombreux aspects, notamment pour la forme de la page d’un groupe : elle comporte peu ou prou les mêmes sections que celle d’un profil. Toutefois, il y a plusieurs différences. Un responsable est forcément attaché à chaque groupe : c’est lui qui contrôle ce qui se passe sur le groupe, notamment les paramètres, les autorisations à rejoindre le groupe et le contenu. Le responsable peut changer si le prédécesseur et le successeur en conviennent. Les informations personnelles font place aux informations du groupe : type (et éventuellement sous-type et sous-sous-type) du groupe, nombre de membres, fonction du groupe, lecteurs, règles de parutions (qui concernent les interventions, les réactions, les notes, les adhésions et les réponses aux sondages faites par le groupe) précisant selon quelle procédure et dans quels champs le groupe publie. Les autorisations de parution peuvent être attribuées : seulement au responsable ; à tous les membres du groupe ; à des interventions ayant reçues l’unanimité, ou la majorité lors d’un sondage du groupe ; à un ou plusieurs interventions ou représentants élus – avec tous les systèmes de votes possibles. Les groupes n’ont ni ami ni blocage ni abonnement mais peuvent définir des lecteurs : l’ensemble des gens autorisés à voir le contenu du groupe. Par défaut tous les profils sont lecteurs. Enfin, des sections qui n’existent pas dans les profils sont :

-          les débats internes au groupe, que les membres du groupe créent et que les lecteurs peuvent voir – comme pour tout contenu du groupe

-          les lettres ouvertes qui sont des documents publics adressées au groupe de la part de n’importe quel lecteur

-          les membres du groupe, qui peuvent être éventuellement secrets. Cette section précise également par quelles modalités on devient membre du groupe

Tous les groupes possibles de type collectivité territoriale sont créés et ont obligatoirement pour membres les habitants de la collectivité et pour responsable un employé de la collectivité en question. Des groupes aussi variés que CNRS, Le Monde ou Le Sénat pourraient être dans l’@gora. Il y a un groupe @gora dont tous les profils font partie, qui diffuse les informations et sondages officiels concernant le site (en effet, les décisions importantes concernant le site – comme inclure de la publicité ou non – sont prises après consultation démocratique).

Les projets

Tout profil ou groupe peut créer un projet. En pratique le projet est un groupe avec des caractéristiques bien précises :

-          les besoins, complétés ou non (en main d’œuvre, compétences, argent, matériel)

-          les objectifs

-          l’avancement du projet

-          la description

 

À l’heure actuelle, il existe des sites Internet contenant de nombreuses offres d’emplois et des plateformes de financement collaboratif, mais aucun site ne rassemble les projets de toutes sortes, qu’ils aient besoin d’être financés ou non, qu’ils impliquent des embauches ou non. Si l’@gora a le succès escompté, la plupart des projets y seront présents et il sera aisé de rechercher le projet que l’on souhaite grâce aux performances de la recherche approfondie. Par exemple, on pourra aussi bien chercher un emploi correspondant à nos compétences et notre zone d’habitation qu’un projet humanitaire ponctuel, à une date et en un lieu précis. Chacun pourra aussi choisir d’être notifié quand un projet correspondant à ses critères sera créé.

Les débats

Les débats sont une amélioration des forums qui existent déjà sur Internet, en ce sens qu’ils sont personnalisables (dans l’affichage comme dans la conception) : par exemple, les interventions ne sont pas forcément ordonnées par ordre chronologique. Il y a deux types d’interventions sur les débats : les déclarations et les commentaires. Les déclarations répondent directement au thème du débat, tandis que les commentaires répondent à des déclarations ou à d’autres commentaires. Les principales caractéristiques des débats sont :

-          un titre

-          un ou plusieurs domaines (et éventuellement sous-domaines, sous-sous-domaines)

-          une confidentialité (qui peut lire ou intervenir)

-          un censeur, qui configure le débat et le censure : il gère sa confidentialité, ses paramètres (ordre d’affichage par défaut des interventions, affichage ou non par défaut des commentaires) et peut supprimer n’importe quelle intervention du débat.

Chaque débat a sa page mais il y a également une page débats où apparaissent les débats auxquels le citoyen s’est abonné, ceux que le citoyen a récemment consultés, ceux qu’il a consultés et où des déclarations nouvelles ont été faites, les débats les plus populaires et/ou (selon les paramètres que le citoyen a choisi) une arborescence des débats en fonction des domaines et sous-domaines.

On appelle discussion les débats privés (c’est-à-dire où seuls lecteurs sont les intervenants) réunissant peu de monde, où la liste des intervenants est exhaustive. On peut discuter avec un ami qui est en ligne (ou non). Les discussions offrent les options dessin et webcam. En outre, on peut choisir d’empêcher certains profils de discuter seuls avec soi (c’est le cas par défaut pour les profils bloqués).

Les documents

Les documents sont de trois types : textes collaboratifs (IE. Wiki), pétition ou document normal. Les documents et les débats sont en réalité deux variantes d’un même structure : les écrits ; ils diffèrent uniquement par le fait que dans les débats, plusieurs intervenants peuvent rédiger les déclarations et les commentaires alors que dans les documents (autres que les textes collaboratifs, qui ont un statut particulier), le seul intervenant est l’auteur du document (celui qu’on appellerait censeur dans le cas d’un débat) et il n’y a en pratique qu’une seule déclaration et aucun commentaire. Quand le document n’est pas un texte, cette déclaration est un lien vers le fichier (tous les formats sont acceptés), ouvert dans la fenêtre de l’@gora lors de l’affichage. L’auteur du document définit la confidentialité du document : qui y a accès. Il peut classer ses documents dans des dossiers et choisir que la confidentialité du document est celle du dossier. Un certain [mot-clé] (mis entre crochets) dans le corps ou dans l’objet d’un message (d’une discussion, d’une actualité et/ou d’un débat) trierait automatiquement celui-ci (ou sa pièce-jointe) selon les désirs du receveur, dans un dossier de documents par exemple.

N’importe qui peut réagir à un débat ou à un document même s’il ne fait pas partie des intervenants autorisés (en réalité, les intervenants interviennent et les non-intervenants réagissent). Ainsi, sur tout débat ou document, on peut afficher les réactions à cet écrit, qui se présentent sous la même forme qu’un débat (les réactions sont gigognes, c’est-à-dire qu’on peut réagir à une réaction), mais par défaut, les réactions ne sont pas affichées, ne provoquent pas de notifications et n’apparaissent pas dans les actualités si on est abonné à l’écrit – contrairement aux interventions.

Les pétitions

Les pétitions sont en pratique des documents adressés par lettre ouverte à un profil ou un groupe, auxquelles on peut adhérer (comme à n’importe quel document).

Les sondages

Chaque sondage a sa page mais il y a également une page sondages où apparaissent les sondages adressés au citoyen auxquels il n’a pas encore répondu, les sondages créés par le citoyen, les sondages auxquels il a déjà répondu, les sondages populaires et/ou (selon les choix du citoyen) une arborescence des sondages par domaines et sous-domaines. La page contient également un lien vers ses propres paramètres (quelles sections afficher, activation ou non de l’option toutes les … min un sondage apparaît à l’écran ou de l’option l’ouverture de l’@gora s’effectue sur un sondage) et vers un outil de traitement statistique. Tout sondage a :

-          un auteur (profil ou groupe) qui décide des profils ou groupes autorisés à répondre au sondage et à le consulter

-          des réponses avec confidentialité (décidée d’abord par le sondeur puis par le sondé)

Si la confidentialité choisie par l’auteur le permet, la réponse est quand même enregistrée (donc sert aux statistiques) mais anonymement.

Les abonnements et les actualités

Tout profil peut s’abonner à un profil, à un groupe, à un débat, à une intervention dans un débat, aux réactions d’un écrit, à un sondage ou à un projet. Si le citoyen est abonné à un contenu, les nouveautés de ce contenu apparaîtront dans ses actualités. Le citoyen peut personnaliser ses abonnements en général (recevoir ou non une notification à telle ou telle nouveauté) et peut également configurer chaque abonnement : l’abonnement peut être complet (avec notifications systématiques) ou partiel (sans notification et/ou ne concerner que certaines nouveautés spécifiques comme le profil a publié un nouveau document ou telle personne est intervenue dans le débat ou ce groupe a publié dans tel domaine). La page abonnement n’est donc rien d’autre que la page des paramètres des actualités.

Les actualités sont par défaut des données non lues. Elles comprennent les nouveautés des abonnements et selon le choix du citoyen, une dose d’actualités populaires et/ou une dose d’actualités vérifiant une statistique choisie (note moyenne supérieure à 4/5, plus de 35000 adhésions chez les profils socio-démocrates, etc.). Le citoyen peut décider si les actualités survolées sont automatiquement considérées comme lues (valeur par défaut) et si les actualités lues doivent ou non apparaître. Enfin, le citoyen peut choisir dans quel ordre afficher les actualités (par nombre d’adhésion, par niveau de la note moyenne ou par toute autre statistique de tri).

Les amis et les blocages

Les amis et les blocages sont en pratique des tris appliqués à des profils. On peut demander en ami n’importe qui, il devient ami s’il accepte. La relation d’amitié peut être publique ou non, tout comme le blocage. Les amis sont disponibles dans la discussion instantanée (comme sur facebook) et par défaut on est abonné à ses amis. Les profils bloqués ne peuvent pas rechercher un contenu relatif au citoyen ni discuter avec lui et leurs contenus n’apparaissent pas sur ses actualités.

Sur la page amis et blocages figurent les amis du citoyen, ainsi que les demandes en attente et les profils bloqués. Sur chaque ami des icônes permettent de voir le profil ou d’écrire un message. Sur chaque profil bloqué une icône permet en plus de débloquer le profil.

Les tris et la recherche

La sophistication du système de tri et de recherche est ce qui distingue l’@gora d’un simple réseau social. En effet, chaque donnée peut être triée de n’importe quelle façon, et on se sert des tris pour effectuer une recherche : pour trier une donnée, il suffit de faire un clic droit et de cliquer sur trier (ensuite différentes tris sont proposés, par exemple dans un débat, il se pourrait que les tris proposés soient propos de gauche, propos de droite, propos insultant, propos intéressant, autre tri). Les principales caractéristiques d’un tri sont :

-          un auteur (profil ou groupe) qui décide de la confidentialité du tri

-          un nom (si deux tris ont le même nom, on les distingue par leur auteur)

-          éventuellement une ou plusieurs valeurs (par exemple le groupe MoDem aurait les valeurs centristes et parti sans groupe parlementaire dans le tri partis politiques mais n’aurait pas de valeur dans le tri partis politiques centristes)

-          un champ d’application : profils, groupes, débats, interventions, paragraphes d’interventions, réactions, lettres ouvertes, sondages, documents, projets, tris et/ou pétitions

-          un sous-tri facultatif (ainsi qu’un sous-sous-tri) et éventuellement un sur-tri

-          une gamme de couleurs associée par défaut

-          une confidentialité (publique, limitée ou privée)

On peut choisir d’appliquer la coloration d’un tri, par exemple on peut choisir d’appliquer le tri adhésions avec la gamme de couleurs par défaut qui colorie du bleu clair au bleu foncé les propos des moins aux plus adhérés, et dès qu’on consultera un débat les interventions apparaîtront dans la teinte correspondante.

 

Les tris permettent de choisir les profils, documents, et activités qui s’affichent en utilisant des fonctions de recherche avancée.

 

Les citoyens sont acteurs des tris, et toute la structure de l’@gora repose sur les tris. Deux tris vont jouer un rôle majeur dans l’usage basique de l’@gora : l’adhésion et la note. Ils peuvent s’appliquer à toutes les données. L’adhésion à un propos signifie qu’on s’engage à supporter ce propos, cela se traduit par le fait que les abonnés à celui qui a adhéré voient apparaître dans leurs actualités cette adhésion. La note est une note dans {-2 ; -1 ; 0 ; +1 ; +2}, et l’adhésion à un contenu implique nécessairement une note +2. La recherche basique ainsi que les paramètres par défaut pour les actualités ordonneront les contenus en fonction du nombre de vues, du taux de partage et de la popularité, un indice construit à partir du nombre d’adhésions et des notes (peut-être

 ).

D’autres tris seront mis en avant pour chaque, et seront accessibles en un simple clic : les tris les plus employés par les membres pour trier le contenu en question. Tant que le contenu n’aura pas été beaucoup trié, l’@gora mettra en avant quatre ou cinq tris, en fonction du type de contenu, tels que : je recommande, faux !, à creuser, original, aucun rapport, je valide, bon à savoir, mouais, on s’en fiche, ahahah, wow ; le créateur du contenu pouvant personnaliser les tris qui seront mis en avant. Des tris seront proposés plutôt à la création du contenu, tels que : idée, histoire, fait, avis, annonce, cours, récréation, développement, résumé, critique, question, solution, problème, citation, traduction85. Enfin, des tris seront attribués directement par l’@gora, et les valeurs de ces tris affichées plutôt que les tris eux-mêmes : information (avec pour valeur la source d’information, pour les médias reconnus), longueur (avec comme valeur le temps de lecture), support du contenu (avec comme valeurs possibles : vidéo, musique, texte…), date de création, etc.

 

Grâce aux tris, la recherche ne se contentera pas de sa version basique : elle sera une page à part entière. On pourra chercher n’importe quel contenu de n’importe quelle façon, par conjonction et/ou disjonction de mots-clés, de domaines et sous-domaines, de valeurs dans un tri, et ordonner les réponses par n’importe quelle statistique sur les tris (ordre alphabétique, chronologique, popularité, une statistique personnalisée, etc.).

 

Exemple de recherche :

recherche d’interventions dans le domaine vie publique,

dans le sous-domaine discriminations

                        ET d’auteur trié par le tri association comme SOS racisme

ordonnées par le nombre d’adhésions.

 

Comme tout le reste du site, la recherche est personnalisable : on peut définir des recherches types, choisir les options de tri (par exemple quand on cherche un auteur trié par association comme SOS racisme, on peut exiger qu’au moins un profil ait fait ce tri, ou au contraire que tous les profils qui ont trié l’auteur avec ce tri l’aient rangé dans SOS racisme), configurer la recherche rapide…

Chaque utilisateur peut également créer des statistiques de tri sur un tri. Le nombre (décroissant) est une statistique de tri native qui s’applique aux adhésions par exemple, et on se sert de cette statistique de tri pour ordonner les résultats en fonction du tri adhésion. Un utilisateur peut créer une autre statistique sur le tri adhésion, comme par exemple a obtenu plus de 1000 adhésions en une journée, et ce couple tri/statistique de tri pourra être utilisé dans les recherches de l’utilisateur (si le site ne permet pas de créer une statistique de tri particulière, l’équipe de l’@gora se chargera de créer au cas par cas la statistique demandée).

Confidentialité

Chaque profil peut choisir qu’on ne puisse pas rechercher du contenu relatif à lui, ou qu’on ne puisse pas publiquement le trier (au moins pour certains tris : lui attribuer une note par exemple).

Les paramètres de confidentialité d’un contenu sont par défaut connus et accessibles par les profils autorisés pour ce contenu.

La confidentialité peut-être anonyme, c’est-à-dire que le fait qu’un citoyen ait posté le contenu est public (et est pris en compte dans les statistiques) sans qu’on puisse savoir qui est ce citoyen.

Implémentation

Nous avons conçu l’architecture du site et de la base de données. L’implémentation proprement dite requiert des moyens que nous n’avons pas, mais nous collaborons avec d’autres associations et développeurs qui travaillent sur des thématiques proches pour fournir un écosystème favorable à la facilitation d’implémentation de projets de ce type.

Nous avons choisi mongoDB comme système de gestion de base de données. Les types de base des contenus seront : les profils (incluant les groupes et les projets), les écrits (incluant les documents et les débats), les tris (incluant abonnements, amis, blocages, statistiques de tris, adhésions, notes, types de base des contenus), les publications (interventions et réactions) et les paragraphes de publications. Voici comment s’implémentera le tri : lorsqu’on trie un contenu (disons qu’on donne la valeur valeur1 au tri triTest au contenu 4532), la valeur valeur1 est ajoutée au tri et la référence du contenu est ajoutée au tri :

triTest := { valeur1 : {5464 ; 4532} ; valeur2 : {…} ; …}

contenu(4532) := {texte : " non à la peine de mort " ; tris : { triTest : { { valeur : " valeur1 " ; auteurs : [Adrien ; …]} ; { valeur : " valeur2 " ; auteurs : [ Chloé ; …]} } ; … } ; …}

 

  Quand on affiche la coloration d’un tri dans une page, on se sert des valeurs des tris dans les éléments, quand on recherche dans un tri, on se sert des références dans le tri.



1 En effet, il est tout à fait respectable de s’occuper uniquement de sa famille, mais si tout le monde fait ainsi, certaines familles seront favorisées et d’autres misérables (sans forcément que ce soit voulu). Aussi, ceux qui veulent s’occuper de l’humanité entière pour établir un équilibre ne doivent pas être gênés dans leur action. Comme je ne peux pas imposer à tous de s’occuper de l’humanité, je me satisferais d’une situation où seulement certains s’en occupent activement, les autres témoignant simplement leur soutien.

2 L’addiction à la drogue est un autre exemple où la préférence pour le plaisir de court terme doit être muselée par une ascèse pour assurer la santé de l’individu sur le long terme.

3 http://www.energiesactu.fr/environnement/le-train-moyen-de-transport-plus-ecologique

4 Et essentiellement non incorporable, car c’est avant tout un coût humain (en plus du coût financier de reconstruction après les catastrophes), qui n’est pas convertible en argent : des morts, des déplacés...

8 Les DTS sont alloués aux pays par le FMI comme réserve de change, ils sont convertibles en dollars, euros, yens et livres sterling. Dans cette proposition, leur usage serait étendu.

9 La FAO (Food and Agriculture Organization) chiffre, elle, l’éradication de la faim à 22 milliards d’euros par an : http://www.fao.org/NEWSROOM/en/news/2008/1000853/index.html

10 http://conte.u-bordeaux4.fr/Enseig/Lic-ecod/docs_pdf/confalim.htm, permet d’établir le chiffre d'1% de la production mondiale distribuée par les cantines : 200 milliards de calories distribuées par les cantines contre 16200 milliards produites mondialement.

12 Même si, par nature de l’échange, ces deux pouvoirs de commandement sont relativement équivalents.

15 Je ne sais pas si c’est très clair dit comme ça, mais ce n’est autre que la théorie de John Rawls.

16 En effet, imaginons que la masse monétaire soit égale à 2€, et que tu détiennes 1€ : ta part de La Propriété est de ½. Tu empruntes 1€ à la banque, tu as désormais 2€ et le reste des gens toujours 1€ : tu as une part de ⅔ de La Propriété quand tous les autres réunis n’en ont plus que ⅓ : ta part a augmenté.

17 C’est-à-dire qu’on peut le consulter gratuitement sur Internet.

18 Je n’ai pas cherché d’algorithme qui permette de résoudre cet intéressant problème de frontières.

19 Ce n’est autre que le principe des accorderies, à ceci près qu’on indique une valeur monétaire plutôt qu’une valeur temps (les accorderies ne permettent pas de donner des objets avec le choix de la valeur temps).

20 8 unités émises le 1er janvier se transforment en 4 unités le 1er mai, 2 unités le 1er septembre, et sont réduites à 1 unité un an après l’émission – ça suit une loi exponentielle. La valeur de la demi-vie τ est fixée à  années, où  est le ratio entre la production annuelle (i.e. le PIB) et la masse monétaire. Il vaut un peu plus de 2 en ce moment, d’où une durée de 4 mois. Ce choix découle de la volonté d’allouer démocratiquement l’équivalent de la production, il est donc arbitraire (si on injecte une part α de la production, on aura ).

21 On injecte chaque année  , où est la masse monétaire.

22 Cette architecture de système financier se rapproche à bien des égards de celle développée par le projet Duniter.

23 Bien sûr, il ne faut pas tomber dans la logique de l’assistanat : on ne peut sortir quelqu’un de la misère, notamment psychologique, qu’en lui faisant sentir qu’il peut apporter quelque chose d’utile à la communauté, donc il faut privilégier l’échange au don de ce point de vue-là, et trouver des tâches pour les inactifs. Mais la réalité est que, en particulier à cause du système financier international, de nombreuses personnes vivent misérablement alors même qu’elles travaillent et apportent déjà beaucoup à la société. Pour ces gens-là, les dons en nature ne seraient en fait qu’une maigre compensation de la richesse qu’ils produisent pour d’autres.

24 Le type de la voiture correspond aux différents matériaux et technologies employées pour sa fabrication. Ainsi, une voiture tout en acier ne sera pas du même type qu’une voiture avec 80% d’acier et 20% d’étain.

25 En tout cas l’idéal serait d’obtenir le maximum d’informations sur les préférences individuelles, i.e. que chacun définisse son ordre sur les matrices d’allocation. En effet, on peut ne pas être indifférent à ce qu’a le voisin, donc un simple classement de ses allocations individuelles possibles ne suffirait pas. On se rend alors bien compte de la difficulté de définir et de récolter ces préférences, avant même d’avoir eu à décider comment les agréger. En cela la monnaie reste un moyen très commode, car auto-organisé, d’allouer les ressources.

26 Food and Agriculture Organization, agence onusienne spécialisée dans la connaissance de l’agriculture.

27 La récente Constitution islandaise a été rédigée ainsi, avant d’être approuvée par référendum.

28 Cour Pénale Internationale, cour de justice rassemblant 122 pays, chargée de juger les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre et les génocides. Dans le scénario fictif, son pouvoir serait étendu.

29 On peut par exemple déléguer son vote à un parti pour qu’il le redélègue à des experts sur chaque sujet.

31  est la productivité du prolétaire et  son salaire – le salaire de subsistance.

32 Ce système ressemble d’ailleurs fort à l’Utopie de Thomas More, qui n’a su s’imposer malgré cinq siècles de diffusion – cela dit, nous avons désormais l’informatique pour réaliser les calculs, ne perdons pas espoir.

33 Les biens immatériels, contrairement aux biens matériels, prennent de la valeur quand ils se démultiplient parce qu’une fois passée la création, ils ne coûtent rien (leur diffusion ne coûte presque rien, et ce coût pourrait être un forfait obligatoire sur l'abonnement Internet), et que leur valeur réside dans leur partage.

34 Et arrêter de considérer le prix comme une juste mesure de la valeur. Le prix d’un bien est souvent déterminé par la loi d’offre et de demande, et non en fonction de la valeur qu’on lui accorde. En outre, la valeur humaine n’est pas incorporée dans le prix : les souffrances causées par le dérèglement climatique ne rentrent pas dans le prix des biens dont la production ou l’utilisation émet des gaz à effet de serre.

35 Ou du moins l’enseignement de ces théories est-il déconnecté du réel : les hypothèses ne sont quasiment jamais établies empiriquement ou justifiées économétriquement en cours, ce qui est un grave manquement à la scientificité de la discipline et ce qui délégitime complètement cette science sociale.

37 Feeling of happiness: Very happy/Quite happy/Not very happy/Not at all happy

38 Satisfaction with your life:  (All things considered, how satisfied are you with your life as a whole these days?)

 

39 La régression linéaire est une méthode statistique qui fournit le coefficient de corrélation, une mesure de la dépendance entre deux variables entre 0 et 1 : quand il vaut 1 les deux variables évoluent ensemble, elles sont parfaitement corrélées ; quand il vaut 0, elles sont complètement indépendantes.

40 Voici la démarche que j’ai employée pour obtenir ce résultat, qui est valable pour tous les indicateurs du bonheur que j’ai définis : j’ai classé les pays par PIB/hab. ; ensuite, j'ai calculé pour chaque pays l’écart-type entre le bonheur des sept pays entourant ledit pays dans le classement (les trois pays suivant ledit pays dans le classement par PIB/hab., les trois pays le précédant, et le pays lui-même) ; j’ai calculé l’écart-type du bonheur pour chaque macro-région ; enfin j’ai comparé la moyenne des écarts-type des macro-régions à la moyenne des écarts-type pour les PIB/hab. voisins : ce dernier est systématiquement plus élevé – cf. le document excel.>

41 L’ex-URSS est-elle malheureuse parce qu’elle a conclu que l’humain était vicié et préférait vivre dans une société non solidaire, avec l’échec du communisme ? Si oui, ce n’est pas une raison pour ne pas tenter de construire une société solidaire, mais il ne faut pas la rater, sinon les humains croiront encore plus que maintenant que l’humain est vicié et perdront encore un peu plus espoir.

 

42 En effet, les auteurs donnent sur les graphiques le coefficient R, plutôt que le R² (qui est plus standard), ce qui peut donner l’impression que le coefficient de corrélation est plus élevé que le chiffre réel, si on ne fait pas attention à cette subtilité.

43 En pratique, une des raisons possibles à un tel bonheur tanzanien est sa situation comparative par rapport à ses voisins : c’est un des seuls où la démocratie fonctionne, et qui ne connaît pas la guerre.

44 Cette appellation n’a rien d’officiel : la logique temporelle existe et désigne une autre sorte de logique.

45 Action Unanime

46 Un réseau sociétal est un réseau social sérieux qui relie les membres de la société, même s’ils ne se connaissent pas.

47 C’est-à-dire gratuit et dont le code serait complètement transparent et ouvert aux modifications de tous.

48 Ce qui est regrettable : il suffirait que Google demande à l’utilisateur de cliquer sur une case pour dire si le lien proposé a répondu à sa requête ou non pour améliorer la pertinence des propositions.

49 Par exemple, la définition de la faim, dans le chapitre sur les cantines pour tous, pourrait être incrustée comme métadonnée : en l’occurrence, c’est la situation où on a moins de 2300 calories par jour par personne.

50 La sémantisation des contenus sur le web consiste à leur attacher des métadonnées afin de les lier entre eux et de structurer les informations, ce qui permet ensuite leur traitement par des machines.

52 Respectivement Conseil National du Numérique, Direction de l’Information Légale et Administrative, Service d’Information du Gouvernement.

53 Application Programming Interface : fonctions qui permet à un logiciel de s’intégrer dans un autre.

54 L’identité réelle ne serait exigée que pour certains débats ou enquêtes (selon le choix du créateur), et on pourrait la vérifier préalablement soit grâce à un tiers de confiance (la mairie envoie un mot de passe par courrier à la personne par exemple), soit par vérification par les pairs (la personne doit montrer sa carte d’identité par webcam à 3 ou 4 utilisateurs déjà vérifiés).

55 Je parle ici de cadre graphique, comme proposé dans l’@gora.

56 Direction Interministérielle des Systèmes d’Information et de Communication

57 C’est-à-dire une administration indépendante qui se finance en vendant ses services à d’autres administrations.

59 On peut trouver que ça manque de professionnalisme d’utiliser l’acronyme du principe actif du cannabis pour un sujet aussi sérieux, mais bon, c’est un choix assumé de la part de Démocratie ouverte.

60 Systèmes d’exploitation (Debian, Ubuntu), navigateurs (Firefox), suites bureautiques (Framasoft), clients de messagerie (Thunderbird), moteurs de recherche (DuckDuckGo), systèmes de partage de documents (ownCloud), réseaux sociaux (Diaspora*, Friendica), wikis (Wikipedia), éditeurs de sites web (WordPress), appels vidéos (Mumble), plans (OpenStreetMap), monnaies (Duniter), etc.

61 D’ailleurs Cocoriko serait prêt à implémenter le concept s’il en avait les moyens financiers.

62 C’est-à-dire que l’administration fiscale, de même que les services secrets ou toute autre administration, n’aura accès qu’aux lignes de comptes, mais pas aux noms des titulaires de ces comptes. Seule une décision de justice, ou la demande explicite de la part du titulaire, permettra de lever l’anonymat.

63 Pour s’assurer que personne d’autre n’a accès à son compte, un particulier peut exiger que son empreinte digitale, par exemple, soit requise pour s’authentifier.

64 À ce stade, il convient d’expliquer ce que j’appelle supprimer la TVA ou l’IS : ça ne consiste pas à ôter leurs recettes du budget de l’État, ça consiste à augmenter sur les salaires bruts du montant approprié, puis d’augmenter l’impôt unique, afin de récupérer les recettes « perdues » : finalement, le revenu disponible du contribuable n’est affecté que par les mécanismes que j’ai expliqués (certains sont avantagés suivant leur profil).

65 La CSG et les cotisations sociales étant supprimées, le nouveau salaire net doit coïncider avec l’ancien salaire brut, sous peine de sanction envers l’employeur.

66 Par exemple, si quelqu’un paie 10 000€ dans le système actuel et 5 000€ dans le nouveau système, il paierait 9 000€ la première année d’application, 8 000€ la deuxième, 7 000€ la troisième, 6 000€ la quatrième, et le montant final la cinquième année de la mise en application : 5 000€.

67 Cette forme découle des contraintes suivantes qu’on se donne sur   : , ,  est concave. Je suis enclin grâce à ma formation mathématique à apprécier la simplicité et l’élégance de telle formule, mais je comprends qu’elle ne soit pas du goût de chacun ; aussi une fonction moins régulière, avec des seuils et des taux marginaux, conviendrait tout aussi bien.

68 Lorsque j’ai fait cette simulation, je ne déduisais pas les cotisations retraites du revenu imposable, et imputait donc à l’impôt le financement des retraites.

69 D’après l’INSEE, en 2010 il y avait  adultes et  mineurs. Le calcul est alors le suivant : .

70http://www.caf.fr/sites/default/files/cnaf/Documents/Dser/donnees_tous_regimes/prestations_familiales_2011.pdf La différence entre les deux peut paraître énorme, mais il faut bien se rappeler que les nouvelles prestations sont directement redistribuées (uniformément) à la population : c’est un transfert d’argent plus qu’un coût.

71 À ranger dans le dossier Programmes (sous-dossier du dossier source des données).

72 À ranger dans le dossier source des données.

73 Ou plus exactement du revenu hors allocation avant la réforme : quelqu’un qui gagne autant qu’un autre alors qu’il touche des allocations et pas l’autre, devra gagner moins après la réforme.

74 http://vosdroits.service-public.fr/particuliers/F14203.xhtml : en 2011, on pouvait transmettre 954 000€ en 20 ans à chacun de ses enfants sans payer d’impôt !

75 Personnellement, je serais pour instaurer un revenu maximum, qui permettrait que ceux qui ont un gros patrimoine soient ceux qui aient le pouvoir de décision (où est alloué l’argent, droits de vote au CA), qui est aussi un travail, sans avoir une rente indue car produite par le travail d’autrui ou par l’héritage de privilèges. Ça limiterait aussi la spéculation, et empêcherait certainement de nombreuses crises financières. On investirait son patrimoine dans les produits les plus rentables jusqu’à atteindre le revenu maximal, au-delà le patrimoine procurerait uniquement à son détenteur un pouvoir de décision d’allocation des ressources et de direction de l’économie, et aucun revenu supplémentaire.

76 C’est dû à la convexité d’une fonction d’imposition progressive. En effet, imaginons qu’un revenu annuel de 10 000€ soit imposé à 10%, un revenu de 20 000€ à 15% et un revenu de 30 000€ à 20% : celui qui gagne 20 000€ deux années de suite paie , tandis que celui qui gagne 10 000€ la première année et 30 000€ la deuxième paie .

77 Soit, pour un taux de cotisation de 25% (qui est celui observé actuellement en moyenne en France), et pour le SMIC, 35 ans de cotisations.

78 Un rapport du Sénat va dans ce sens : http://www.senat.fr/rap/r96-13/r96-13.html

79 France Stratégie est le nom marketing du Commissariat Général à la Stratégie et à la Prospective.

80 Un million d’euros, pour embaucher trois informaticiens, un graphiste et un chargé de communication à plein temps pendant quelques années, suffirait amplement.

81 Les résultats de demandes statistiques du type « Que répondent les gens à tel sondage parmi ceux qui ont donné telle et/ou telle réponse à tel et/ou tel sondage ? » ne seront pas communiqués si le nombre de personnes concernées par la condition est trop faible.

82 À chaque page on peut obtenir une adresse (une URL) spécifique à cette page, incluant tous les paramètres de la page, pour faciliter la communication des résultats d’une recherche.

83 L’identité véritable est exigée d’une part pour éviter qu’il y ait trop de propos anonymes déplacés ou insultants, d’autre part pour empêcher l’usurpation d’identité et garantir que personne ne vote plusieurs fois lors d’un sondage (ou d’un tri) – cette exigence ne pourra pas être satisfaite si le projet n’est pas soutenu par l’État, car la CNIL interdit une telle pratique.

84 C’est-à-dire dès que le choix de la confidentialité est aux mains du citoyen. En pratique il n’y a guère que pour les interventions lors de débats publics, pour les participations à des groupes publics et pour le fait d’être censeur de débats publics que le citoyen ne peut pas choisir de masquer ses données.

85 Pour la traduction, il y aura un sous-tri : en telle langue, et une valeur à ce sous-tri : le texte dans la langue originale.